Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Colombie
Une guerre interminable frappe le pays
10 février 2003

Un sanglant attentat a placé à nouveau la Colombie sous les feux de l’actualité. Pour comprendre les raisons de la violence dans le pays, on ne peut passer sous silence le rôle du gouvernement et des entreprises américaines qui trouvent, avec le FMI et les conservateurs colombiens, de précieux alliés. Pour sauvegarder leurs privilèges, les conservateurs au pouvoir organisent le pillage de la Colombie afin de "payer" l’aide militaire américaine.
Le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a accepté d’octroyer à la Colombie 2,1 milliards de dollars pour les deux prochaines années aussi longtemps que l’administration Uribe respecte l’ordre du jour économique mis en avant par l’institution internationale. Cet ordre du jour comprend la privatisation d’une des plus grandes banques du pays, Bancafe, la réforme du système des pensions et le licenciement de dizaines de milliers de fonctionnaires publics afin de surmonter le déficit budgétaire.
Tout en annonçant le nouvel accord, les fonctionnaires de FMI ont indiqué clairement qu’ils ne s’attendent pas à ce que la Colombie emploie cet argent, que le prêteur international classifie comme un "stand-by loan" (prêt de réserve). En d’autres termes, la Colombie s’est vue accorder une ligne de crédit de 2,1 milliards de dollars qu’elle peut utiliser en cas d’urgence économique. Tout ceci amène à nous poser une question : Pourquoi la Colombie a-t-elle accepté de mener de profondes réformes économiques d’austérité, touchant la majorité des Colombiens, en échange d’un prêt dont elle n’a pas vraiment besoin ? La réponse se situe dans le rapport militaire et économique complexe qui existe entre Washington et Bogotá.
Vers la fin des années 80, les narcotrafiquants lancèrent dans les villes une campagne d’attentats visant à convaincre le gouvernement colombien d’en finir avec les extraditions des trafiquants de drogue vers les États-Unis où ils devaient être jugés. À l’époque, Bogotá s’était tournée vers le père de George Bush au pouvoir à Washington afin de recevoir une aide militaire pour combattre les narcotrafiquants. Le président Bush fut plus qu’heureux de fournir l’aide nécessaire, quoique accompagnée de certaines conditions. En échange d’une aide de 2,2 milliards (Initiative andine), il exigea des réformes économiques basées sur « des politiques de marché ». Peu de temps après avoir reçu l’aide, le gouvernement colombien initia "une ouverture économique", qui permit la mise en application des politiques néolibérales réclamées par Washington.
Tandis que les fonctionnaires colombiens aiment pointer du doigt la violence comme grande responsable de la détérioration économique du pays durant la décennie passée, la faute en revient plus exactement à l’application de politiques néolibérales. Après tout, l’intensité du conflit colombien dans les années 1940 et 1950 a de loin dépassé celle des années 90, mais, pendant cette période, la Colombie a bénéficié d’une croissance économique impressionnante qui s’est poursuivie, en fait, jusqu’aux années 90, faisant de la Colombie un des pays les plus stables économiquement en Amérique latine pendant la deuxième moitié du vingtième siècle.
Mais, en 1999, l’économie colombienne est entrée dans sa plus grave récession depuis plus d’un demi-siècle. Plus inquiétant encore pour l’élite politique et économique colombienne fut la croissance de la force militaire des guérillas de gauche du pays. Pour la première fois en plus de 40 ans de lutte armée, les rebelles étaient capables de menacer sérieusement l’élite urbaine colombienne par les enlèvements et les bombardements.
Et comme elle l’avait fait une décennie plus tôt, confrontée alors à la campagne urbaine d’attentats du cartel de Medellín, Bogotá s’est à nouveau tournée vers Washington pour accroître l’aide militaire afin de combattre la progression des rebelles. Les administrations de Pastrana et de Clinton ont alors conçu le Plan Colombie, faisant appel à d’importants montants d’aide étrangère afin de booster l’économie colombienne, de diminuer nettement le trafic de drogue, et d’en finir avec la guerre civile.
Le composant économique du Plan Colombie consiste simplement dans une série de mesures d’austérité imposées par le FMI. En décembre 1999, un mois seulement après que l’administration de Pastrana se soit vue accorder un prêt de 2,7 milliards de dollars par le FMI, le président Clinton proposait à la Colombie 1,6 milliards de dollars, essentiellement sous forme d’aide militaire - dont 1,3 milliards de dollars approuvés par le Congrès en juillet 2000 faisant de la Colombie le troisième destinataire en matière d’aide militaire des États-Unis dans le monde, après Israël et l’Egypte.
À l’image de ce qui s’était passé dix ans plus tôt, Bogotá a adhéré à des politiques économiques qui ont favorisé les intérêts économiques des États-Unis et des sociétés multinationales en échange d’une aide militaire accrue servant les intérêts de l’élite politique et économique colombienne et de Washington.
Les termes du prêt accordé en 1999 par le FMI à la Colombie sont pratiquement identiques à ceux de l’accord du mois dernier. La Colombie a été forcée d’abaisser des tarifs douaniers, de privatiser des entités d’État, et de mettre en application des politiques fiscales acceptables pour le FMI. En dépit de la résistance des syndicats, des rebelles et même de la Cour constitutionnelle, Bogotá a satisfait les exigences économiques de Washington. Et en échange de l’application de ces politiques qui ont déjà échoué dans l’amélioration de la situation économique supportée par une majorité de Colombiens, Bogotá n’a pas reçu un cent du prêt de 2,7 milliards de dollars du FMI. Comme c’est le cas pour le nouveau prêt, l’argent a simplement servi de ligne de crédit inutilisée.
| L’extrémisme des privilégiés colombiens satisfait Washington |
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| Il est tragique qu’un pays soit forcé d’abandonner son autonomie politique et économique en fonction de demandes exigeant la mise en application de politiques appauvrissant ses citoyens afin de stopper, quoique seulement temporairement, l’hémorragie économique. Et pour ajouter l’insulte aux dommages, ces politiques imposées par le FMI garantissent pratiquement que l’emprunteur soit forcé de revenir pour demander une nouvelle aumône dans un proche avenir. Mais ce qui est bien plus tragique, et absolument ridicule, est qu’un pays soit obligé de mettre en application des mesures d’austérité néolibérales plaçant son bien-être économique dans les mains de sociétés multinationales en échange de rien du tout. Washington est parvenu à avoir sa part du gâteau et à la manger aussi. Le président colombien Uribe cherche désespérément l’aide militaire accrue des États-Unis, que Washington est plus qu’heureuse d’octroyer, particulièrement quand cette aide peut être employée comme un moyen d’obtenir les réformes économiques désirées. Comme cela a été démontré le mois dernier, les réformes économiques ont coïncidé de nouveau avec une escalade militaire des États-Unis en Colombie. En vertu du nouvel accord de prêt du FMI, l’administration d’Uribe a accepté l’application de nouvelles mesures économiques d’austérité... En même temps, Washington a expédié 70 militaires des forces spéciales pour protéger des ressources pétrolières en Colombie au nom de la guerre contre le terrorisme. En conséquence, les États-Unis ont réussi à augmenter nettement leur rôle militaire et économique en Colombie à la demande de cette élite politique et économique du pays, qui essaye désespérément de préserver son propre statut privilégié face à la menace croissante des rebelles. |
| Attentat meurtrier à Bogota |
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| L’attentat sanglant de Bogota, avec un bilan provisoire de 32 morts et quelque 200 blessés samedi matin, a frappé un symbole du pouvoir avec la destruction totale, attribuée à la guérilla des FARC par les autorités, du club El Nogal, lieu de rendez-vous de l’élite en Colombie. Le Nogal, présidé par Fernando Londono jusqu’à sa nomination comme ministre de l’Intérieur et de la Justice par Alvaro Uribe en août dernier, abritait salles de réunion pour les politiciens, restaurants, piscine couverte, terrains de suash, gymnase, saunas et jacuzzis. L’attentat a été attribué dès vendredi soir par le ministère public aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), principale guérilla avec 17.000 hommes. Après s’être rendu sur les lieux de la tragédie, Alvaro Uribe a lancé un appel à la communauté internationale. « Comme dans le cas de l’Irak à l’ONU, nous avons besoin que le monde prenne la décision de venir en aide à la Colombie afin de vaincre les terroristes », a-t-il estimé. |
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