Sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai

Le monde multipolaire s’affirme

3 septembre

Vingt-cinq ans après sa création, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) apparaît comme l’un des instruments majeurs de la transformation de l’ordre mondial. Réunis à Bichkek, les dirigeants de la Chine, de la Russie, de l’Inde, de l’Iran, du Pakistan et d’Asie centrale ont affirmé leur volonté de construire une coopération fondée sur l’égalité entre États, le dialogue et le refus des blocs. Une évolution saluée par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui a explicitement défendu l’émergence d’un monde « de plus en plus multipolaire »

Le sommet de Bichkek n’est pas une simple réunion diplomatique. Il souligne un basculement historique. Créée il y a 25 ans autour de la Chine, de la Russie et de plusieurs pays d’Asie centrale, l’OCS rassemble désormais des puissances représentant une part considérable de la population mondiale. L’Inde et le Pakistan l’ont rejointe, puis l’Iran. La Biélorussie est devenue membre à son tour.
Cette organisation ne prétend pas imposer un modèle au reste du monde. Elle défend au contraire un principe simple : aucun État ne doit pouvoir décider seul de l’avenir de la planète. Xi Jinping a rappelé que l’OCS repose sur la non-alliance, la non-confrontation et l’absence de ciblage d’un pays tiers. Les affaires régionales doivent être réglées par les pays concernés, et non par des puissances extérieures.

« De plus en plus multipolaire »

Ce principe constitue une rupture avec les pratiques de l’ordre international dominé par les États-Unis et leurs alliés depuis la disparition de l’Union soviétique. Pendant des décennies, l’Occident a bénéficié d’une position dominante dans les institutions internationales, l’économie, la finance et les grandes chaînes commerciales. Mais cette domination est aujourd’hui contestée par l’émergence de nouveaux pôles de puissance.
Le message d’António Guterres est particulièrement significatif. Le secrétaire général des Nations Unies a assumé devant les dirigeants de l’OCS que le monde devenait « de plus en plus multipolaire », ajoutant que c’était « une bonne chose » et que cette évolution devait être renforcée. Cette déclaration vient rappeler que la multipolarité n’est pas seulement une revendication de Pékin ou de Moscou : elle correspond à une transformation objective des rapports de force mondiaux.

De nouvelles solidarités se construisent

À Bichkek, l’OCS a également placé le développement au cœur de son action : commerce, investissements, énergie, transports, technologies, intelligence artificielle, environnement. La Chine propose 100 projets de coopération technologique avec les pays membres dans les trois prochaines années et veut développer des infrastructures communes.
Vingt-huit documents ont été adoptés. Les relations avec l’ONU, l’Union africaine, la Communauté des États indépendants et l’Union économique eurasiatique doivent être renforcées.
Le sommet de Bichkek montre ainsi que le monde ne se résume plus à une opposition entre « grandes puissances » décidant pour les autres. De nouvelles solidarités se construisent. Pour les peuples d’Afrique, de l’océan Indien et du Sud global, cette évolution ouvre une perspective essentielle : celle d’un ordre international où chaque pays, quelle que soit sa taille ou sa puissance, puisse enfin faire entendre sa voix et choisir librement ses partenaires.
La multipolarité n’est pas la promesse d’un nouveau maître du monde. Elle porte au contraire l’espoir d’un monde sans maître.

M.M.

A la Une de l’actuMondialisationChine

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus