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Egypte
À l’occasion du congrès du parti au pouvoir
2 octobre 2003

Qualifiée de « changement historique » ou de « vieux vin dans une nouvelle bouteille », l’annonce d’une démocratisation de la vie politique égyptienne par la conférence du Parti national démocratique (PND, au pouvoir), qui s’est tenue les 26, 27 et 28 septembre dernier au Caire, a été accueillie à la fois avec enthousiasme et scepticisme par les commentateurs.
Cette conférence annuelle -la première du genre alors que le parti ne se réunit que tous les cinq ans à l’occasion de son congrès- a rassemblé plusieurs centaines de délégués. Elle avait été précédée par une vaste campagne d’affichage et de spots radiodiffusés ou télédiffusés mettant en avant le nouveau mot d’ordre du PND : « nouvelle pensée et priorité aux droits des citoyens ».
Cette approche prolonge l’ouverture maîtrisée du paysage politique initiée récemment avec la suppression des cours de sûreté de l’État et la mise en place d’une Commission nationale des droits de l’Homme. Au cours de son discours de clôture de la conférence, le président de la République et chef du parti, Hosni Moubarak, a ainsi annoncé « l’annulation des décrets promulgués par le gouverneur militaire lors de l’état d’urgence afin de renforcer la confiance entre le citoyen et l’État ». Bien que le chef de l’État ait aussitôt ajouté que certains décrets « nécessaires à la protection de la sécurité et de l’ordre publics » demeureraient en vigueur, cette annonce marque un premier pas vers l’assouplissement de l’état d’urgence mis en œuvre depuis l’assassinat de l’ancien président de la République, Anouoar Al-Sadate, en 1981 et qui bride la vie politique depuis plus de 20 ans.
Par ailleurs, au moment même où se déroulait la conférence, des sources policières annonçaient la libération de près d’un millier de militants repentis de la Jamaa Islamiya -dont leur leader, Karam Zohdi, 51 ans-, un groupe islamiste radical responsable notamment de l’attentat qui avait coûté la vie au président Sadate.
Le maître d’oeuvre de cette ouverture politique est, dans une large mesure, Gamal Moubarak, 39 ans, responsable du très influent secrétariat politique du parti au pouvoir et fils du président de la République. Dans son discours, prononcé le premier jour de la conférence, il a insisté sur son souhait de voir les partis politiques jouer un rôle plus dynamique dans la vie publique et a appelé à la suppression des freins à leur action. Cette ligne qualifiée de « pragmatique », défendue par la génération montante du parti au pouvoir entend également favoriser une plus grande libéralisation de l’économie, conformément aux prescriptions du Fonds monétaire international (FMI) notamment.
Elle paraît désormais avoir le dessus sur le courant "conservateur" -plus populiste en matière économique et politique- conduit par le ministre de l’Information et secrétaire général du PND, Safwat Al-Sherif.
Même si les "conservateurs" semblent être parvenus à différer le renouvellement des instances partisanes escompté par certains "pragmatiques", les observateurs considèrent que la nouvelle ligne adoptée et l’influence -croissante depuis un an- de Gamal Moubarak au sein du parti préfigurent un changement au sommet du PND, si ce n’est à la tête de l’État.
Selon eux, le président de la République, Hosni Moubarak, 75 ans, au pouvoir depuis 1981, serait en train de préparer son fils à lui succéder. Le redéploiement idéologique du parti au pouvoir intervient sur fond de crise socio-économique liée à une flambée des prix ainsi qu’à un moment où un fort sentiment anti-américain prévaut au sein de la population, alors que les États-Unis demeurent le partenaire privilégié de l’Egypte. Significativement, le jour même où s’ouvrait la conférence du PND, vendredi 26 septembre, plusieurs centaines de manifestants exprimaient pacifiquement leur opposition aux États-Unis et à Israël sur le parvis de la mosquée Al-Azhar du Caire, le haut lieu de l’islam sunnite. En outre, dimanche 28 septembre dans la soirée, alors même que la conférence se terminait, une autre manifestation se déroulait -sans incident- au centre-ville pour rejeter la politique libérale du gouvernement à l’appel d’organisations progressistes.
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