Monde

Le vol de la vanille ou comment priver Madagascar de 200 000 emplois

Riposte européenne à l’augmentation du prix de la vanille

Jean / 29 décembre 2017

Comment, après l’île de La Réunion, spolier encore plus les anciennes colonies, y compris les plus pauvres parmi les plus pauvres ? C’est très simple, en volant même la vanille à Madagascar où, « À Antahala, les nouveaux riches de la gousse parfumée se pavanent en voitures de luxe ».

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« Île pauvre de l’océan Indien, Madagascar assure, malgré la concurrence d’autres pays tropicaux, plus de 80% de la production mondiale de vanille. La filière fournit 200 000 emplois directs. En 2016, 1600 tonnes de vanille ont été exportées pour un montant de près de 597 millions d’euros. Mais la vanille est passée de 17,05 euros le kilo en 2010 à 427 euros cinq ans plus tard ». Mais, mon bon Monsieur, c’est tout simplement intolérable ! Aussi, Filip Van Noort, remarquable botaniste à l’Université agronome de Wageningen, se donne un an pour terminer son étude sur la culture de la vanille sous serres aux Pays-Bas, puis une année de plus pour optimiser la production. Et il se frotte les mains d’avance : « Si ma démarche aboutit, je pense que j’aurai mis une sacrée pression sur les pays producteurs. » 

Eh oui ! Les Occidentaux peuvent, sans cesse, augmenter les prix des produits finis qu’ils déversent sur les pays moins développés, mais si les pays pauvres augmentent les prix de leurs productions agricoles, là, ça ne va plus du tout. Alors, on s’apprête à rendre Madagascar plus pauvre encore en y supprimant 200 000 emplois directs … au nom de la concurrence libre et non faussée, bien sûr !

« Nous vivons dans un monde intolérable » s’indignait, en 1988, l’agronome René Dumont [1] dénonçant les méfaits du libéralisme économique. Trente années plus tard, l’injustice est toujours la même : asservir encore et encore les peuples anciennement colonisés et les priver de leurs ressources.

Jean


Aux Pays-Bas s’invente la « Nethervanilla »

Alors que le cours de la vanille flambe, des horticulteurs néerlandais pourraient avoir trouvé la parade en maîtrisant la culture de la vanille, à l’abri dans des serres de haute technologie.

De longues lianes vertes caressent les visiteurs en blouse de laboratoire et sur-chaussures. « Pas la peine de coller votre nez, vous ne sentirez rien », chuchote Filip Van Noort, botaniste à l’Université agronome de Wageningen, classée première mondiale de sa catégorie. L’homme laisse pousser papayes, poivre noir et cannabis médicinal dans de grandes serres expérimentales à une heure de route du campus, à Bleiswijk.

Mais ce qui l’enthousiasme le plus, c’est la vanille dont il est parvenu à maîtriser le processus de production. Si tout se déroule comme prévu, les champs de tulipes néerlandais avoisineront un jour d’immenses serres de vanille, appelée « Nethervanilla ». 

Ile pauvre de l’océan Indien, Madagascar assure, malgré la concurrence d’autres pays tropicaux, plus de 80% de la production mondiale de vanille. La filière fournit 200 000 emplois directs. En 2016, 1600 tonnes de vanille ont été exportées pour un montant de près de 597 millions d’euros. Mais la vanille est passée de 17,05 euros le kilo en 2010 à 427 euros cinq ans plus tard. Cette explosion des prix a certes permis à des professionnels malgaches de devenir millionnaires en une récolte.

A Antahala, les nouveaux riches de la gousse parfumée se pavanent en voitures de luxe. En mars dernier, le cyclone Enawo endommageait 30% de la récolte annuelle, contribuant à raréfier encore un peu plus le produit, tout en altérant sa qualité. « La vanille que l’on développe aux Pays-Bas sera uniforme, promet Filip Van Noort. Grâce à la production sous serre, on connaîtra à l’avance la quantité et la qualité du produit. C’est ce qu’apprécie n’importe quel industriel de l’agroalimentaire. »

Filip Van Noort n’est jamais allé à Madagascar. Il avance à sa façon en s’appuyant notamment sur les travaux de Daphna Havkin, une scientifique israélienne spécialiste de la transformation de la vanille depuis vingt-cinq ans et qui, tous les deux ans, organise un symposium sur la vanilline, molécule responsable de l’arôme caractéristique de la plante, que les industriels ont parfaitement su recréer et exploiter. Il s’est aussi inspiré des méthodes de culture de Juan Hernandez, un botaniste mexicain qui tente de cultiver la vanille en variant les climats. Sa dernière expérimentation l’a emmené au Pérou, à 1200 mètres d’altitude, où il a constaté une forte floraison à l’automne.

Source : Le Temps

[1René Dumont : http://www.ina.fr/video/LXC02010984 13 Janv. 1989 01min 13s ’Un monde intolérable »
DUMONT, René. Un monde intolérable : le libéralisme en question. Paris, Editions du Seuil, Coll. « L’histoire immédiate », 1988, 215p. « La thèse de cette première partie est que, dans un monde où les inégalités étaient autrefois relativement modestes, la révolution industrielle a fabriqué un sous-développement que les actuelles « lois du marché » ne font qu’aggraver. En agronome, René Dumont cite d’abord le cas de l’agriculture mondiale où, aux progrès incontestables de l’agriculture paysannale, a succédé une dégradation accélérée des écosystèmes (emplois abusifs d’engrais, gaspillages d’énergies fossiles non-renouvelables, dégradation des sols tropicaux, avancées des déserts, etc..) René Dumont cite ensuite les dégâts causés aux forêts (pluies acides, surconsommation de papier, destruction des sols,...) et aux zones de pêche (prises excédant les taux de reproduction pour certaines espèces, océans transformés en poubelles, gaspillages de tous ordres). Plus généralement, l’auteur souligne ensuite les pollutions et gaspillages entraînés par « l’explosion productiviste ». (sur lesquels la communauté mondiale semble enfin vouloir se pencher) »