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7 juin, par10 juin : signature de l’APE UE-Afoa
Un expert de Raffarin plaide pour le “non”
28 mai 2005

Vers la mi-mai a commencé à circuler sur Internet le courrier de Thibaud de La Hosseraye. Il s’agit d’un jeune cadre hautement diplômé, qui était partisan du “oui” au référendum de demain ; il avait été embauché par un groupe d’experts et de responsables politiques au service de Jean-Pierre Raffarin, le club “Dialogue & Initiative”, pour faire la propagande en faveur du projet de “Constitution Giscard”. Mais plus il a travaillé avec ce groupe de personnes et plus il a étudié ce texte, plus il est arrivé à la conclusion qu’il faut voter “non”. Finalement, il s’est décidé à raconter son histoire et à exposer son argumentaire contre cette Constitution et pour une autre Europe. “Témoignages” reproduit ci-après un court extrait de ce document fort intéressant que son auteur a intitulé ’Les 19 arguments inédits d’un revenu du “oui”’. Les intertitres sont de ’Témoignages’.
(Page 6)
À 15 jours de l’échéance électorale du 29 mai, je crois de mon devoir de citoyen d’apporter au débat public quelques éléments tirés de mon expérience personnelle. Je n’ai pas eu le courage d’en prendre le temps auparavant, je le fais maintenant sans plaisir.
De prime abord naturellement favorable au projet de Constitution européenne - un “oui du cœur” -, j’ai passé tout le temps de la campagne à l’intérieur de l’un des principaux états-majors du Oui jusqu’à ce que, progressivement confronté au texte lui-même par la nécessité de répondre aux arguments du Non, j’en vienne à m’opposer à moi-même dans la conscience du danger que ce projet de Constitution faisait courir à la démocratie républicaine.
Instruit par les incohérences argumentatives du “Oui”, se sont bien plutôt imposés à moi nombre d’arguments favorables au “non”, jamais entendus, qui m’ont retourné et engagé à soutenir résolument un "non de raison". S’ils m’ont convaincu, peut-être pourront-ils servir à d’autres.
Je m’appelle Thibaud de La Hosseraye, j’ai 28 ans et une formation à la fois commerciale (HEC, spécialisation “Europe”) et philosophique (D.E.A). Sur les mérites supposés de ces diplômes (et, peut-être, d’un prix de l’Académie des Sciences morales et Politiques), j’ai été recruté en décembre 2004 par le club “Dialogue & Initiative” pour participer bénévolement à leurs travaux. Laboratoire d’idées du courant de pensée de Jean-Pierre Raffarin, donc véritable “brain trust” du Premier ministre, “Dialogue & Initiative” est structuré en Commissions chargées d’approfondir différentes thématiques en vue d’alimenter la réflexion des parlementaires se reconnaissant dans cette sensibilité politique.
J’ai pour ma part intégré la Commission Europe. Mais ce que je n’avais pas prévu, c’est que, d’une réflexion de fond devant initialement porter sur le contenu de l’identité européenne, nous allions bientôt nous trouver engagés de plain-pied dans la campagne référendaire. Dès janvier 2005, il n’a plus été question de réfléchir posément à la définition de "la meilleure Europe possible", nous étions activement mobilisés pour produire des argumentaires en faveur du “oui”.
Ayant toujours été très favorable à la construction européenne et n’éprouvant aucune réticence à l’idée de la doter d’une Constitution, je me suis volontiers adapté, et j’ai commencé à étudier de près ce projet de Constitution pour produire des argumentaires de soutien. Cela était somme toute cohérent : c’est parce que ma spécialité supposée était l’argumentation que l’on me missionnait à présent en priorité sur la rédaction d’argumentaires.
"Comme on ne peut pas contrer les arguments du “non”, il faut le discréditer, le ringardiser"...
Alors que je m’acquittais du moins mal que je pouvais du travail que l’on m’avait confié, j’ai été, au milieu de la campagne, lors d’une de nos réunions hebdomadaires du lundi, troublé d’entendre le participant le plus autorisé énoncer sur le ton de l’évidence que "comme on ne peut pas contrer les arguments du “non”, il faut le discréditer, le ringardiser"... sans que cela ne soulève la moindre vague de protestation chez les participants.
Outre son caractère déontologiquement contestable, cette stratégie me paraissait se fonder sur la résignation à une déconvenue théorique : or, pour ma part, c’était parce que j’étais convaincu de la plus grande pertinence des arguments du “oui” que j’acceptais de militer en sa faveur.
Mais, du jour où je constatais que ceux-là même qui proclamaient haut et fort leur attachement au projet de Constitution n’hésitaient pas, dans le même temps, à reconnaître la supériorité théorique des arguments du “non”... sans en tirer pour eux-mêmes de conséquences, j’étais en droit de m’interroger sur leurs motivations réelles à soutenir leur camp. Si ce n’était pas par conviction, pour quelle raison, alors ?
(...) En revenant au texte, rien qu’au texte, je n’ai pu qu’être intrigué par son caractère disparate, mêlant curieusement dispositions institutionnelles et prescriptions de politique économique qui n’ont a priori rien à faire dans une Constitution. Pourquoi diable avoir brouillé le message proprement constitutionnel avec des prescriptions économiques relevant d’un autre ordre juridique, celui d’une loi-cadre ? Et quelle conclusion en tirer, sinon que cette Constitution poursuit manifestement d’autres objectifs que strictement constitutionnels ?
C’est par un tel raisonnement, aussi scrupuleusement impartial et documenté que possible, que j’ai peu à peu réalisé une chose qui a choqué le démocrate en moi, la fonction inavouée du projet de Constitution : servir de machine d’accréditation exclusive et définitive d’une idéologie politique déterminée, celle du libéralisme. (...)
L’unique principe normatif d’un processus qui s’affirme irréversible
Ce qu’il y a d’inacceptable, dans le projet de Constitution, c’est que le libéralisme n’y est pas présent seulement comme une politique parmi d’autres possibles, mais comme l’unique principe normatif d’un processus qui s’affirme irréversible et qui se subordonne explicitement l’ensemble des objectifs déclarés, y compris d’ordre social.
Et, ce qui est plus inacceptable encore, c’est que toutes les précautions soient prises pour le dissimuler à une lecture honnête.
C’est donc la prise de conscience que cette Constitution avait pour fonction d’être un écran de fumée constitutionnalisant une idéologie déterminée, qui m’est apparu comme un grave danger pour la démocratie, et qui a converti mon “oui du cœur” en un “non de raison”. (...)
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