Présidentielle américaine

Les Africains ’votent’ Obama

18 octobre 2008

Jamais campagne présidentielle américaine n’aura autant déchaîné les passions en Afrique. Sur ce continent, les initiatives de soutien à la candidature de Barack Obama, sénateur noir démocrate de père kenyan, se multiplient sur fond de ferveur populaire et de dignité retrouvée.

« Barack Obama à Abuja ! » Sur de nombreux poteaux électriques de la capitale fédérale nigériane, on peut voir depuis plusieurs semaines des posters en couleur du candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine du 4 novembre prochain. À Lagos, la métropole économique, certains portent des pagnes, des T-shirt et des casquettes à l’effigie du sénateur noir de 47 ans, de père kenyan et de mère américaine. Aucun groupe ne réclame la paternité de cette campagne de soutien, pas même le très populaire comité Africa for Obama, créé en juillet dernier et dirigé par le Pr. Ndidi Okereke, directrice de la Bourse nigériane des valeurs. Selon elle, il est important de « créer une prise de conscience chez les Africains », afin qu’ils « poussent leurs amis ou frères vivant en Amérique à voter Obama ».
Comme au Nigeria, cette candidature suscite, dans la plupart des États africains, une grande ferveur. Jamais, de l’Afrique du Sud au Sénégal, du Kenya à la Côte d’Ivoire, élection présidentielle américaine n’aura autant passionné les gens. « Je le soutiens, car il s’est engagé à développer les nouvelles technologies, notamment les énergies renouvelables, ce qui peut profiter aux pays pauvres », déclare le frère dominicain nigérian naturalisé américain Godfrey N’zamujo, directeur du Centre agricole béninois Songhaï. Le rival d’Obama, John Mac Cain, ne bénéficie, lui, d’aucun mouvement de soutien. « Avec lui, ce serait la continuité après deux mandats de gestion catastrophique du pouvoir par le parti républicain. Nous voulons du neuf. Obama incarne ce changement », analyse James Kpaka, un étudiant béninois en diplomatie.
Deux points de vue qui tranchent avec l’indifférence de la plupart des Africains à l’égard des programmes des deux présidentiables. Obama prévoit pourtant de promouvoir la paix en Afrique (au Soudan, notamment) et d’augmenter de 50 milliards de dollars US l’aide américaine aux pays en développement. Bien souvent, l’argument racial l’emporte, en effet, sur les considérations politiques et économiques. « Je supporte Barack Obama et suis très fier de lui parce qu’il montre, une fois de plus, que les "nègres" ne sont pas faits uniquement pour chanter et danser, mais qu’ils ont aussi un cerveau », se félicitait dernièrement, à Lomé, le reggae-man ivoirien Alpha Blondy.

Une "revanche sur l’histoire"

Pour le politologue béninois Mike Kocou Azilinon, la candidature d’Obama est l’aboutissement de tout un processus de réhabilitation de l’image du Noir, souvent présenté, surtout en Occident, comme un être inférieur, réduit à l’assistanat. L’une des plus récentes manifestations de cette tendance a été la présence du Ghanéen Kofi Annan à la tête de l’ONU de 1997 à 2006. Aux États-Unis, ce processus a commencé vers la fin du 19e siècle avec les revendications identitaires des descendants d’esclaves noirs africains, les luttes des activistes et intellectuels comme William Du Bois, un des fondateurs du panafricanisme, dont le père était haïtien. Il s’est poursuivi au siècle dernier avec l’engagement politique de Martin Luther King et du pasteur noir Jesse Jackson, candidat malheureux à l’investiture démocrate en 1984 et 1988. « Pour les Africains, la candidature d’Obama est une revanche sur l’histoire », résume Mike Kocou Azilinon.
Les marques de soutien et de sympathie se multiplient. Au Bénin, un comité de soutien a été créé en juin dernier. « Les Béninois doivent comprendre à travers l’élection de Barack Obama que seul le travail est payant », souligne Francis Ahouadi, son fondateur, dans un entretien accordé le 12 septembre dernier au quotidien Le Matinal.

Tout un symbole

« Barack Obama, la prophétie est en marche ! », clame pour sa part Jah Kassé, un artiste togolais, auteur d’un morceau, mélange de raga et de funk, qui passe actuellement sur les ondes. Sa compatriote Lovejoyce Ayayi Amavi, cuisinière, a, elle, inventé une salade qui porte le nom du candidat démocrate... Au Nigeria, Africa for Obama a, de son côté, organisé, en août dernier, une soirée de gala au cours de laquelle 840.000 dollars US avaient été récoltés en espèces pour, dit-on, « sensibiliser toutes les personnes en âge de voter aux États-Unis à s’inscrire sur les listes électorales afin de voter Barack Obama ». Mais, sous la pression de la commission nigériane de lutte anticorruption (Economic and financial crimes commission), ce comité s’est engagé à rembourser tous les souscripteurs. La direction de la campagne Obama for America, aux États-Unis, a en effet rappelé que, dans le cadre d’une élection présidentielle, la loi américaine interdisait de recevoir des fonds extérieurs. Plus de 95% de l’argent ont déjà été restitués.
Mais, pour les nombreux fans africains d’Obama, le plus important ne semble pas être que leur idole soit élue ou non président de la première puissance mondiale. Être bien placé dans la dernière ligne droite pour obtenir ce poste est déjà, à leurs yeux, tout un symbole : celui de la capacité du Noir à faire mentir tous les préjugés à son sujet.

Fernand Nouwligbèto, Etonam Akakpo-Ahianyo, Daouda Aliyou, (Syfia Bénin, Togo, Nigeria)


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