Monde

Les anciennes républiques soviétiques pas invitées au 75e anniversaire du débarquement en Normandie

Dangereuse réécriture de l’histoire alors que l’extrême droite progresse en Europe

Manuel Marchal / 7 juin 2019

Des dirigeants occidentaux ont pris la décision de ne pas inviter ceux des pays qui sont responsables de la victoire des Alliés en Europe. Rappelons que 27 millions de Soviétiques ont donné leur vie car l’URSS a fait face pendant 4 ans à l’essentiel des armées de l’Allemagne nazie.

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Sans les sacrifices des Soviétiques, les Alliés auraient sans doute été rejetés à la mer comme à Dieppe deux ans plus tôt.

Les cérémonies commémorant le 75e anniversaire du débarquement des Alliés en Normandie a commencé mercredi à Portsmouth en Angleterre et s’est poursuivi hier en France. Contrairement au 70e anniversaire, le président de la Russie n’était pas invité. Sur la photo des dirigeants présents à Portsmouth se figure d’ailleurs aucun invité venu des Etats créés à la suite de la fin de l’URSS.

Pour Moscou, les organisateurs de ces cérémonies sont les acteurs d’une « réécriture catastrophique de l’Histoire »
« L’apport des Alliés dans la victoire sur le Troisième Reich est clair. Mais il ne faut pas l’exagérer et minorer par là même la signification des efforts titanesques de l’Union soviétique, sans laquelle cette victoire n’existerait tout simplement pas », a déclaré mercredi aux journalistes la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

Tout en « rendant hommage à tous ceux qui sont tombés », Maria Zakharova a dénoncé une « réécriture catastrophique de l’Histoire », notamment dans les films et les articles de presse, donnant, selon elle, aux Etats-Unis et à leurs alliés un rôle prédominant dans la défaite des nazis. Selon elle, « le Débarquement en Normandie n’a pas eu d’influence décisive sur l’issue de la Seconde Guerre mondiale […] déjà déterminée par la victoire de l’Armée rouge, avant tout à Stalingrad, Koursk ».
Pour sa part, le Groupe d’amitié France-Russie du Sénat a également fait part de son regret que la Russie n’ait pas été invitée. « Le peuple russe a contribué à cette victoire au prix considérable de 27 millions de morts de 1941 à 1945. Il faut rendre hommage à ce sacrifice, qui a permis le succès des opérations alliées à l’ouest de l’Europe », a déclaré Gérard Longuet, président du Groupe, ajoutant qu’il aurait fallu « faire aujourd’hui de cette victoire commune un facteur de dialogue avec la Russie, plutôt qu’une source de divisions ».

Rappelons que le deux semaines après le débarquement, une importante offensive soviétique, Bagration, retenait à l’Est l’essentiel de l’armée allemande. Le 6 juin 1944, face aux forces d’élite venues des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, du Canada et de la France libre, l’armée allemande opposait des soldats beaucoup plus âgés, dont certains étaient des ressortissants de pays occupés, car sa préoccupation était de résister à l’Est. L’opération Bagration a donc permis aux Alliés de ne pas être rejetés à la mer comme à Dieppe deux ans plus tôt. Cette offensive avait été décidée à la conférence inter-alliée de Téhéran en 1943. C’était un engagement des Soviétiques pour que Britanniques et Américains n’aient pas à affronter le gros de l’armée allemande.

IFOP rappelle d’ailleurs qu’en 1945, la majorité des Français étaient convaincus que l’URSS était l’État qui avait contribué le plus à la défaite de l’Allemagne nazie. Ceux qui pensaient que c’étaient les Etats-Unis étaient 20 %. Aujourd’hui, ce rapport s’est inversé.
Pour sa part, le président de la Russie n’a pas paru très ému de ne pas avoir été invité. Sans doute avait-il anticipé cette éventualité en décidant d’inviter le 6 juin le président chinois à Moscou pour une rencontre au sommet.

M.M.