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Crise en Ukraine
25 avril 2014

Depuis mardi, des blindés de l’armée ukrainienne ont attaqué des barrages tenus par des partisans de la transformation de l’Ukraine en Fédération. Cette manœuvre a provoqué la mort de plusieurs personnes et a accentué la tension. Elle a eu lieu dans un contexte particulier. D’une part, la visite du vice-président des Etats-Unis à Kiev pour rencontrer le gouvernement issu du coup d’État, et d’autre part le déploiement depuis mercredi d’un premier contingent de soldats américains en Pologne, Lituanie, Lettonie et Estonie. Cette étrange coïncidence interroge. Pendant ce temps, la Russie relance ses manœuvres militaires près de la frontière de l’Ukraine.
Au lendemain des premiers heurts entre les chars ukrainiens et les partisans du fédéralisme dans l’Est de l’Ukraine, le Pentagone a fait atterrir un contingent de 150 soldats en Pologne. C’est la première étape de que les officiels US décrivent comme une manœuvre pour assurer leurs alliés d’Europe de l’Est. Ce déploiement vise à montrer que les Etats-Unis les soutiennent en cas d’offensive de la Russie.
Cette décision est annoncée comme une réponse aux mouvements de troupe russes près de la frontière de l’Ukraine. Et le Pentagone insiste pour dire que ce déploiement non seulement en Pologne, mais aussi dans les Pays Baltes, n’est pas qu’un geste symbolique.
Selon l’amiral Kirby, chargé des relations presse du Pentagone, si ces soldats sont là, c’est pour faire des manœuvres qui seront de réels exercices d’infanterie, « et cela n’est pas insignifiant ».
Outre la Pologne qui accueille l’équivalent d’une compagnie d’infanterie US, 600 soldats au total seront envoyés cette semaine dans ce pays, ainsi qu’en Lituanie, Lettonie et Estonie.
Le Pentagone explique que cette action s’inscrit dans le cadre de la montée de la tension en Europe de l’Est. Kirby explique que les Etats-Unis prennent très au sérieux l’éventualité d’appliquer l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. Ce point évoque la réponse des membres de l’OTAN en cas d’attaque subie par l’un des leurs.
A Washington, des observateurs font du lobby pour que l’OTAN envoie des forces beaucoup plus conséquentes directement en Ukraine à l’invitation de Kiev. C’est ce que préconise le Dr. Blank, professeur à l’école de guerre de l’armée de terre US. Selon lui, les Russes comprendrait alors le message.
Ce contingent doit rester un mois. Mais les Etats-Unis n’excluent pas qu’il soit relevé afin d’établir une présence permanente de l’armée américaine en Pologne, Lituanie, Lettonie et Estonie.
Ce déploiement constitue déjà un fait très grave. Car depuis l’adhésion à l’OTAN d’anciens pays membres du Pacte de Varsovie et d’anciennes régions de l’Union soviétique, c’est la première fois que des troupes américaines s’installent de manière permanente dans un de ces pays.
La décision des Etats-Unis replonge l’Europe en pleine Guerre froide avec une différence de taille. Jusqu’à la chute du Mur de Berlin, la ligne de front passait par la frontière entre les deux Allemagnes et la frontière entre l’Italie et la Yougoslavie. Cela allait donc de l’Elbe à la Méditerranée avec l’Autriche comme État tampon.
Si les Etats-Unis installait des bases permanentes sur les lieux des manœuvres actuelles, alors la ligne de front se situerait à proximité de Saint-Petersbourg. Soit une avancée de plusieurs centaines de kilomètres vers l’Est sans que l’OTAN n’ait eu à tirer un seul coup de fusil.
C’est pourquoi les coups de main des blindées ukrainiens contre des partisans du fédéralisme font réfléchir. Ils ont fait 5 morts, selon le gouvernement ukrainien. Si Kiev n’avait pas eu ce renfort américain sur ses arrières, aurait-il utilisé la force ?
En réponse à l’opération lancée par le gouvernement ukrainien, la Russie a relancé des manœuvres près de la frontière ukrainienne. Son ministre de la Défense estime en outre que les exercices prévus par les forces de l’OTAN en Pologne et dans les Pays Baltes ne « favorisaient pas une normalisation de la situation autour de l’Ukraine ».
Plus que jamais, la négociation est nécessaire pour éviter une nouvelle division de l’Europe. Russie et Union Européenne ont développé des liens économiques importants au cours des deux dernières décennies. Elles peuvent constituer un grand ensemble allant même plus loin que le projet du général de Gaulle, qui évoquait une Europe de l’Atlantique à l’Oural.
Manuel Marchal
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