Les JO seront-ils sauvés à Davos ?

9 janvier, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

Après 3 mois d’intervention israélienne à Gaza, les bombardements continuent. Preuve que l’objectif de ramener les otages à la maison n’a pas été atteint. Diverses initiatives convergent vers le Qatar pour sortir de l’impasse militaire. Mais, le Hamas a mis la barre très haut, en réclamant le cessez-le-feu complet avant tout nouvel échange de détenus. L’assassinat de leurs chefs au Liban est un acte de désespoir qui fait augmenter la pression sur Israël et ses alliés, susceptible d’impacter les JO, en juillet. D’où l’intérêt de Macron à Davos.

L’Occident panique

Le Secrétaire d’État Américain, Antony Blinken, s’est rendu en Turquie, ce week-end. Il s’est heurté à l’intransigeance d’Erdogan qui a fixé des préalables, avant une rencontre officielle. Le même jour, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell déclare que le conflit ne doit pas embraser le Liban. Il écrit dans un communiqué : « personne ne sortira gagnant d’un conflit régional ». Ainsi, l’allié européen considère qu’Israël ne peut pas gagner tandis que l’Américain subit un échec diplomatique. A quoi rime cet activisme ?

Les États-Unis et l’Union européenne sont 2 grands marchés économiques. Ils sont impactés par l’initiative des alliés du Hamas au Yémen qui ont verrouillé la Mer Rouge. Le trafic maritime entre l’Europe et l’Asie par le Canal de Suez est paralysé. Depuis le 23 décembre, le port d’Israël d’Eliat est à l’arrêt. Les compagnies maritimes ont peur de s’aventurer dans le détroit de Bab El-Mandeb qui sépare le Yémen de Djibouti et qui contrôle la Mer Rouge. Les États-Unis et les Européens ont échoué à construire une coalition armée contre les Yéménites. Cette situation est mauvaise dans une économie à flux tendu.

Enfin, sur le terrain judiciaire, l’Afrique du Sud a introduit un recours à la Cour Internationale de Justice contre Israël, accusé de contrevenir à la « Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide ». Il a déposé, avec Djibouti, Bangladesh, Colombie, Comores, une demande d’enquête auprès du Tribunal Pénal International. Pour une fois, Israël a décidé de plaider sa défense alors qu’il n’est pas membre des 2 juridictions internationales.

Au bout de 3 mois, Israël n’est plus maître de la situation. Il tue pour tuer. Les dizaines d’Israéliens retournés au pays ont été possibles car le Hamas était acteur de la solution. Dans le désespoir, des parents inquiets par la tournure de la situation préfèrent se rendre au Qatar…

Les JO menacés

La France tente de sauver les JO de Paris prévus dans 6 mois, en juillet. Elle a été ambiguë sur sa participation à la coalition américaine. Elle avait déjà voté à l’ONU la résolution favorable au cessez-le-feu. Macron a annoncé qu’il se rendra au Forum Économique Mondial de Davos, en Suisse, le 17 janvier. Sa réponse est très attendue sur la participation sportive d’Israël. Celui-ci est responsable de 25 000 crimes, de destruction massive d’habitations, de monuments culturels et d’hôpitaux. Il sera jugé sur sa capacité de promouvoir l’État Palestinien, dans les frontières de 1967. Paradoxalement, le président français peut sortir la tête haute. Son mandat se termine dans 3 ans, sans possibilité de rempiler. Il n’a donc plus rien à perdre. Israël est isolée. Son armée s’enlise. Sa moralité est au plus bas. La figure politique de De Gaulle tourne en boucle sur les réseaux sociaux.

La France peut se rattraper, après une diplomatie en zigzag qui lui a déjà fait perdre son influence au Sahel et, plus largement, en Afrique. C’est quand même Macron qui a reçu Netanyahu à l’Elysée pour inaugurer une exposition, en juin 2018. A l’époque, le Mouvement Réunionnais Pour la Paix avait déposé un courrier à la Préfecture à destination de l’Elysée les exhortant à ne pas l’accueillir. Les Chagossiens étaient présents à nos côtés, au Barachois, se comparant comme « les Palestiniens de l’Océan Indien ». Ils ont été expulsés de leurs îles, aujourd’hui occupées par les États-Unis et l’Angleterre qui ont construit la base de Diego-Garcia. La France n’a jamais levé le petit doigt pour défendre ce peuple courageux qui réclame le retour dans ses îles.

Dans le rapport de force actuel, la France peut avoir à ses côtés le monde arabo-musulman et les peuples progressistes. A Davos, cette grande force de résistance pèsera en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et l’urgence humanitaire. Avec à l’arrière-plan un État palestinien reconnu et respecté. Si la France suit les États-Unis, sous prétexte qu’Israël est une démocratie, le conflit ne sera pas terminé. Les JO 2024 se transformeront, alors, en tribune humanitaire. Les sportifs vont exalter les prouesses olympiques des Gazaouïs à survivre sous les bombes et les gravats.

Ary Yee-Chong-Tchi-Kan

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