Mettre fin à la ’fuite des cerveaux’ et favoriser la ’circulation des cerveaux’

Les migrants sont les piliers de la cohésion du monde

10 juillet 2006

Le Parlement européen a voté à une large majorité un texte qui désavoue tout ceux qui veulent faire croire que c’est l’immigré qui est le responsable de la crise. Pour les élus de la seule institution européenne représentant l’expression populaire, il ne sert à rien de construire des murs pour empêcher ceux qui veulent vivre où ils souhaitent de réaliser leur rêve. C’est le contraire qu’il est proposé.

Les députés du Parlement européen ont adopté à une large majorité un rapport d’initiative qui préconise une autre politique d’immigration. Les déplacements des travailleurs doivent devenir un véritable pilier de la politique de coopération et développement de l’Union européenne sur la base d’un partenariat Nord/Sud,
Il part d’un constat : au début du XXIème siècle, le monde comptait 175 millions de migrants (3% de la population mondiale). Ce chiffre a presque triplé en 40 ans. 40% des migrants vivent dans les pays en développement.
En réponse au problème des immigrants clandestins toujours plus nombreux à débarquer sur les côtes européennes, la députée socialiste Marie-Arlette Carlotti, a élaboré un rapport d’initiative adopté ce jeudi 6 juillet par 472 voix pour, 24 contre et 30 abstentions.
Ce rapport souligne que la politique migratoire de l’Union, repose sur une double illusion : "celle que nous pouvons rendre les frontières étanches et celle que les migrations s’expliquent par la seule pauvreté".

Une nouvelle approche

Aussi, l’approche de l’Union européenne doit-elle être revue. Elle doit reconnaître et promouvoir le rôle des migrants dans la lutte contre la pauvreté et pour le développement. Il faut passer d’une logique "plus de développement pour moins de migration" à "une meilleure gestion de la migration pour plus de développement". Elle doit être davantage concentrée sur l’Afrique et sur les migrations Sud-Sud.
L’Union doit tout d’abord respecter les engagements politiques pris en 2005 en matière d’aide au développement (0,7% PNB d’ici 2015, doubler l’aide à l’Afrique d’ici 2010).
Deux objectifs doivent être poursuivis : intégrer d’une part la question des migrations et leur impact dans les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM) et d’autre part, placer la question des migrations au cœur du partenariat ACP-UE. Notamment la promotion d’un travail décent.

Au service du pays d’origine

Le rapport propose que l’Union doit aussi agir là où sont les migrants et sur les lieux où commence la migration. Il faut développer des actions et programmes d’information dans les "pôles migratoires" identifiés, en particulier pour les populations les plus vulnérables (femmes, mineurs isolés). L’action de l’UE doit aussi cibler les principales zones de départ des migrants pour y financer l’installation d’infrastructures (eau potable, école, routes, centre de santé....).
Dans ces zones d’extrême pauvreté, il faut s’appuyer sur les femmes dont le rôle spécifique doit être mieux pris en compte dans les politiques de l’UE.
Le rapport préconise des mesures très innovantes. Par exemple la prise en charge du différentiel de salaire pour certains migrants qui souhaitent rentrer dans leur pays ou des systèmes de "double chaire" pour les chercheurs ou les médecins, dans le cadre de partenariats institutionnels entre instituts de recherche, hôpitaux ou universités ;
Le document approuvé par le Parlement européen soutient la mise en œuvre, en concertation avec les pays d’origine, de politiques de migration et de retour temporaires et en généralisant le transfert des prestations sociales, notamment celui des retraites.
De telles mesures doivent permettre de remplacer la "fuite des cerveaux" par la "circulation des cerveaux".
Enfin, le rapport suggère aux États membres d’envisager la nomination d’un "interlocuteur privilégié" (ombudsman) au niveau national ou local pour traiter les demandes et les plaintes des immigrants sur leurs conditions de travail, leur sécurité juridique ou leur traitement discriminatoire.


Élargir la citoyenneté européenne

Parmi les nombreuses mesures suggérées par le rapport, figure notamment la demande d’un statut autonome et d’un permis de travail pour le conjoint et les enfants du détenteur du statut juridique principal, une fois qu’une demande de regroupement familial est acceptée, en vue d’assurer une protection juridique complète et de faciliter l’intégration sociale. De manière plus générale, les députés demandent à l’Union et aux États membres d’agir pour "rapprocher les statuts" des étrangers installés en toute légalité dans l’Union européenne de ceux des nationaux des États membres et de leur conférer le maximum de sécurité juridique pour avancer vers l’objectif de mise en œuvre d’une citoyenneté européenne ouverte aux extracommunautaires.
Le rapport mentionne également le problème de la traite des êtres humains et la nécessité pour tous les Etats membres de ratifier la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée et les protocoles s’y rapportant.


Représentants du peuple contre le racisme

Dans les institutions qui ont la responsabilité de diriger l’Union européenne, une seule est l’expression du suffrage universel direct : le Parlement européen. C’est à dire que les députés qui siègent dans cette assemblée sont la traduction de la volonté exprimée démocratiquement dans les peuples des 25 États-membres, dont ceux des régions ultra périphériques.
Jeudi, ces élus du peuple ont adopté un document qui va totalement à contre-courant de certaines thèses racistes qui malheureusement trouvent un écho à La Réunion, parmi des représentants de parti dont les responsables parisiens aspirent à diriger la République.
Défendue par une députée socialiste, le rapport adopté à une écrasante majorité est loin d’évoquer la mise en place de quota d’immigrés, ou d’habitants du pays, pour sortir de la crise économique. Au contraire, il vise à faire des migrants le moteur d’un nouveau partenariat entre les pays du Nord et du Sud.
Le vote des élus de l’Union européenne fait le pari de l’intelligence et de l’enrichissement culturel sur celui de la démagogie et du maintien dans le sous-développement. C’est un démenti à ceux qui misent sur la division et sur l’exacerbation des tensions due à la pénurie d’emploi pour arriver à leurs objectifs. C’est un message qui montre que d’autres solutions sont possibles.

Manuel Marchal


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