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Depuis quatre jours, plusieurs milliers de personnes maintiennent la pression sur le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan en occupant la place Taksim d’Istanbul, symbole du mouvement de contestation populaire du gouvernement islamo-conservateur turc depuis son arrivée au pouvoir en 2002.
Les manifestants, venus de la gauche à l’extrême gauche, ont vu défiler à leurs côtés des militants de la société civile turque. Ces derniers manifestent contre le gouvernement islamo-conservateur, mené par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et demandent son départ. Les Turcs considèrent le gouvernement trop conservateur et voulant « islamiser » la société turque.
Un climat tendu
Dimanche 2 juin, la police a tiré des gaz lacrymogènes et utilisé des canons à eau pour disperser les manifestants, rassemblés sur la place de Kizilay à Ankara. Les policiers ont également empêché près d’un millier de protestataires qui tentaient de se rendre vers les bureaux du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. « L’intervention est constante, la police n’arrête pas de repousser les manifestants qui ne les menacent absolument pas. Nous avons beaucoup de mal à respirer » , a expliqué à l’“Agence France Presse” Gözde Özdemir, une secrétaire âgée de 27 ans.
Selon l’agence officielle “Anatolie”, près de 200 personnes ont été interpellées et amenées à bord d’autocars de la police à la Direction de Sûreté dimanche 2 juin. Depuis le début du mouvement de contestation, plus de 1.700 manifestants ont été arrêtés. Le Ministère de l’Intérieur a annoncé la libération de ces 1.700 manifestants, ajoutant que pas moins de 235 manifestations ont été recensées dans tout le pays.
De son côté, le Premier ministre a été contraint d’ordonner à la police de quitter la place Taksim à Istanbul et le petit parc Gezi, dont la destruction annoncée a donné le signal de la révolte. En effet, un projet d’aménagement urbain est contesté par les Turcs, car la municipalité d’Istanbul prévoit la suppression de ce parc et de ses 600 arbres. Les autorités prévoient la construction de la réplique d’une caserne militaire de l’Empire ottoman qui accueillera un centre culturel, voire un centre commercial.
La contestation monte au sein du gouvernement
Plusieurs voix dissonantes se sont fait entendre au sein du gouvernement. Ces dernières regrettent l’usage de la force qui a fait, selon les ONG, plus d’un millier de blessés et peut-être deux morts. Le chef de l’Etat, Abdullah Gül, a jugé « inquiétant » le climat, et le vice-Premier ministre, Bülent Arinç, a appelé au dialogue « plutôt que de tirer du gaz sur des gens ». Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a déploré les dommages causés et la « réputation » du pays entachée, selon lui, par les manifestations.
Après les réactions de son gouvernement, Recep Tayyip Erdogan a consenti en déplorant la brutalité de la police, qui a « agi dans certains cas de façon extrême. Il est vrai qu’il y a eu des erreurs et des actions extrêmes dans la réponse de la police ». Mais ce dernier a annoncé qu’il ne céderait pas et que le projet d’aménagement urbain contesté de la place Taksim sera mené jusqu’à son terme.
Face au reproche d’islamisation de la société turque, Recep Tayyip Erdogan a confirmé dimanche qu’une mosquée serait bâtie sur la place Taksim, lieu traditionnel de toutes les contestations à Istanbul. « Oui, nous allons aussi construire une mosquée. Et je ne vais pas demander la permission du président du CHP (Parti républicain du peuple, principal parti d’opposition) ou à une paire de pilleurs pour le faire », a-t-il déclaré à la presse.
Face à cette annonce, la tension pourrait perdurer, d’autant qu’avec les réformes réalisées auprès de la Constitution et les évolutions faites vers un régime présidentiel, les Turcs craignent « un nouveau tour de vis » .
Céline Tabou
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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