Le PCR alerte sur les conséquences dramatiques d’un APE UE-Afoa ouvert aux services
8 juin, parCommuniqué du Parti communiste réunionnais
Rafles d’enfants “clandestins”
5 mai 2007

28 avril 2007, je prends la barge pour me rendre à Petite Terre et rentrer à La Réunion. La veille, avec les Mahorais, j’ai participé à la commémoration de l’abolition de l’esclavage évoquant dans ma conférence la question de la Traite des Africains dans le Canal de Mozambique après l’abolition de l’esclavage, déportation clandestine de milliers de personnes à partir d’Anjouan ou de Mohéli à destination de Mayotte à la demandant des grosses sociétés sucrières qui s’étaient installées à Mayotte depuis l’abolition de l’esclavage...
Des travailleurs, il en fallait car la main-d’œuvre était devenue rare et donc des boutres arabes acheminaient des Africains du Mozambique - Makoas, Makondé et autres ethnies bantoues - pour les plantations de Kangani et la sucrerie de Dzoumogné... Ils arrivaient alors enchaînés, subissant le mépris des libres mahorais et l’exploitation des 22 grosses sociétés de plantations qui “employaient” près de 3.000 Africains achetés pour les besoins de l’activité sucrière en plein essor dans la deuxième moitié du XIXe siècle...
Anne Lebel, conservatrice et directrice des Archives de Mayotte participe à cette matinée de réflexion sur l’histoire des esclaves de Mayotte, restituant au public un document inédit sur l’histoire du boutre arable - le Fatal kaher, battant pavillon français et se livrant en 1874 au trafic des esclaves dans le Canal du Mozambique à destination de Madagascar et de La Réunion qui accueille ce qu’on qualifie alors de « travailleurs engagés » de Madagascar, en réalité des esclaves déportés d’Afrique avec la complicité des autorités françaises. Ali Said Attoumani, historien mahorais et directeur du service culturel, insiste sur la réalité de la traite arabe et l’importance de ce trafic méconnu avant l’arrivée des Européens...
Qui sont-ils ces Africains qui ont peuplé les Comores et qui ont fait l’objet d’un commerce d’esclaves avant l’arrivée des Français ? Comment la traite moderne s’est-elle substituée à la traite des marchands swahillies ? Le débat est vif et les Mahorais présents dans la salle de cinéma du Conseil Général expriment leur soif de savoir, de comprendre et d’assimiler une histoire de l’esclavage qui n’est pas encore aujourd’hui reconnue et qu’on déforme allègrement en racontant que l’esclavage comorien n’a pas existé ou était un esclavage “doux”... Et puis le modérateur du séminaire, le comédien-écrivain, Alain Kamal Martial, jeune talent de ce pays nous entraîne dans une expérience théâtrale unique, faisant revivre à chacun des participants les drames des navires négriers et aujourd’hui ceux des clandestins anjouanais arrivant par milliers sur l’Ile de Mayotte... Le texte des acteurs est rude, presque surréaliste évoquant les odeurs d’urine, les peurs, les angoisses, l’horreur d’un environnement inhumain qu’on a dû mal à imaginer... Les plus sensibles des spectateurs et ceux qui ont mauvaise conscience quittent alors la salle... Il n’y a plus qu’une dizaine de spectateurs à la fin du spectacle et je sors remué, ébranlé, marqué par ce rapport passé-présent à travers des drames qui ne cessent de se répéter... Dehors la réalité reprend ses droits et je croise des enfants, des femmes et des hommes qui semblent très loin de mes préoccupations philosophiques...
Mais le lendemain de cette commémoration, sur le chemin du retour, mon sang se glace : 4 paniers à salades de la gendarmerie nationale française dans lesquels s’entassent une centaine d’individus, des enfants en bas âge, des femmes et des hommes aux regards vides, ternes et apeurés pour certains, montent sur la barge en direction de Petite Terre. Qui sont-ils ? Ce sont “les clandestins”, ceux que la gendarmerie française ramène à Anjouan le 28 avril 2007, 155 ans après l’abolition de l’esclavage et qui attendront leur tour, au lendemain de cette commémoration, dans un camp militaire sous surveillance des gendarmes, matraques à la ceinture, avant le retour pour les Comores... Mon regard croise celui d’un enfant à travers les grilles du camion de la gendarmerie française. J’ai l’impression qu’il m’interpelle, qu’il appelle au secours, qu’il a peur... Je ne peux rien faire : c’est la loi française qui expulse, ce sont des « Clandestins »...
Je promets de témoigner et de crier le désarroi de cet enfant dans mon Île de La Réunion qui a connu elle aussi la souffrance des déportations d’esclaves et je le dis aujourd’hui : le pays des Droits de l’Homme, cette France de 1789, celle des valeurs républicaines se comporte dans cette île de Mayotte comme au temps des colonies. A-t-on le droit de traumatiser des enfants, de les humilier derrière les barreaux des prisons de transit, de les traiter comme des criminels ? Quelle haine auront-ils à jamais pour ceux qui les ont brisés ? J’étais venu fêter la liberté à Mayotte, je rentre à La Réunion le cœur convaincu que le combat pour la dignité des êtres humains n’est pas pour qu’un nouveau jour se lève : celui de la dignité et du respect des êtres humains...
Sudel Fuma, professeur des Universités...
Communiqué du Parti communiste réunionnais
Mézami mi koné pa si étan pti marmaye zot l’avé la shanss an avoir dann zot lanvironeman in vyé méssyé otroman in vyé madam téi gate azot dizon (…)
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