Monde

Menace de guerre contre l’Iran : la responsabilité des États-Unis clairement établie

Prises de position de la communauté internationale après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani

Manuel Marchal / 7 janvier 2020

Depuis jeudi, un attentat perpétré par l’armée américaine en Irak a causé la mort de 6 Iraniens dont un responsable militaire de premier plan. Cet acte terroriste a gravement accentué les tensions dans le Moyen-Orient. Partout dans le monde, les membres de la communauté internationale appellent à la désescalade. Les Européens constituent une exception, prenant fait et cause pour les terroristes US. Ils estiment en effet que c’est à l’Iran, et pas aux USA, de se retenir d’agir, alors que c’est tout de même la victime d’une agression US. La conférence de presse du ministre des Armées des USA a accentué la fuite en avant de la Maison Blanche, prête à bombarder 52 sites en Iran, et se targuant du soutien d’une « énorme coalition » dont les protagonistes restent à définir.

JPEG - 54.5 ko
Mike Pompeo a de nouveau justifié hier l’attaque terroriste perpétré par l’armée américaine en Irak contre l’Iran, et a annoncé la constitution d’une "énorme coalition" contre l’Iran.

Le 3 janvier, sur ordre de Donald Trump, l’armée américaine a assassiné 6 Iraniens près de l’aéroport de Bagdad en Irak. Cet assassinat a été commis par une armée d’occupation dans un pays souverain, l’Irak, visant des dirigeants militaires d’un autre pays souverain, l’Iran. Parmi les victimes se trouvait le général Qassem Soleimani, un artisan de la lutte contre la volonté hégémonique de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient. Ces assassinats ont eu lieu quelques jours après un bombardement par l’armée des USA qui a tué des dizaines de personnes, qui avaient déclenché une manifestation de protestation devant l’ambassade des États-Unis en Irak.
Rappelons que l’Irak est un pays occupé depuis l’invasion du pays par les armées des États-Unis soutenues par celles de la Grande-Bretagne et de quelques alliés de Washington. Sous prétexte de lutte contre des armes de destruction massive qui n’existaient pas, le gouvernement des États-Unis voulait faire main basse sur un des plus importants pays producteurs de pétrole. Cette invasion a accentué la déstabilisation de la région, entretenue depuis plus de 60 ans par l’occupation de la Palestine par des colons israéliens soutenus par l’Occident.
A La Réunion, l’aggravation de la crise au Moyen-Orient est présenté sous le prisme occidental, c’est-à-dire selon le point de vue de dirigeants qui ne représentent même pas 20 % de la population mondiale, et qui sont alignés sur la position de Washington. Mais la réalité est bien différente, c’est pourquoi il est important de rappeler les déclarations d’importants acteurs de la politique mondiale.

4 janvier : la Chine pour « désamorcer la situation »

Le 4 janvier, au lendemain de l’assassinat commis par l’armée américaine, un commentaire paru dans “Chine Nouvelle” donnait ce point de vue : « Toutes les parties doivent désamorcer la situation après la mort de Soleimani ». Voici quelques extraits : « les États-Unis sont responsables d’une spectaculaire escalade des tensions au Moyen-Orient avec l’assassinat vendredi à Bagdad d’un haut responsable militaire iranien, risquant d’ouvrir une boîte de Pandore dans cette partie très instable de la planète.(…) Une fin brutale survenue après que des manifestants pro-iraniens eurent envahi mardi le périmètre de l’ambassade des États-Unis à Bagdad en protestation contre les frappes américaines ayant visé les Brigades Hezbollah, une milice chiite irakienne soutenue par Téhéran, tuant des dizaines de ses hommes. (…)
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a réagi en estimant que cet assassinat serait lourd de conséquences pour la paix et la stabilité de la région. Contrairement aux affirmations de M. Trump selon qui la frappe de vendredi visait à « arrêter une guerre » dans la région et pas à en « déclencher une », il semble bien qu’elle accroît les risques de guerre, aggravant les tensions déjà vives nées du retrait américain de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien et de la politique de « pression maximum » de Washington sur Téhéran. (…) La communauté internationale a exhorté à la plus grande retenue toutes les parties concernées afin de désamorcer les tensions dans la région du Golfe. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a notamment appelé celles-ci à « un maximum de retenue », jugeant que le monde ne peut se permettre « une nouvelle guerre dans le Golfe ». Le ministère chinois des Affaires étrangères a exhorté vendredi toutes les parties concernées, en particulier les États-Unis, à rester calmes pour éviter toute escalade de la tension dans la région. (…) L’histoire dans cette région a montré qu’en répondant à la violence par la violence, on n’engendrait que de la violence. Il est désormais impératif pour toutes les parties concernées de s’abstenir de toute provocation et d’apaiser immédiatement la situation via la diplomatie et d’autres moyens pacifiques ».

5 janvier : l’Iran prêt à revenir à ses engagements

Le 5 janvier, le gouvernement des États-Unis a accentué la tension. Donald Trump a en effet indiqué qu’il était prêt à ordonner la destruction de 52 sites en Iran, dont des trésors culturels. Ce n’est pas sans rappeler la volonté des dirigeants US de ramener le Vietnam à l’âge de Pierre en voulant réduire le pays en ruine.
Dimanche 5 janvier, l’Iran annonçait une mesure suite à l’acte criminel ordonné par le président des États-Unis. C’était « la cinquième et dernière étape de son processus de réduction des engagements pris dans le cadre de l’accord historique sur le nucléaire de 2015, a rapporté l’agence de presse officielle IRNA. L’Iran avait précédemment déclaré que son renoncement à ces obligations était avant tout un « signal d’alarme » adressé aux autres signataires de l’accord, dans le but de les amener à mieux protéger les intérêts économiques de l’Iran. « Comme par le passé, l’Iran continuera à coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) », a annoncé dimanche l’Iran. Le gouvernement iranien a souligné que Téhéran était prêt à revenir à ses engagements si les sanctions anti-iraniennes étaient levées et les intérêts économiques de l’Iran mieux protégés ».

6 janvier : l’ONU pour « relancer le dialogue »

Lundi 6 janvier, l’ONU demandait à arrêter l’escalade. « Je suis la récente montée des tensions mondiales avec une grande inquiétude. Je suis en contact permanent avec de hauts responsables du monde entier », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU lors d’un point de presse au siège des Nations Unies à New York. « Mon message est simple et clair : Arrêtez l’escalade. Faites preuve d’une retenue maximale. Relancez le dialogue. Renouvelez la coopération internationale », a-t-il ajouté, sans mentionner spécifiquement l’Iran et les États-Unis. « N’oublions pas les terribles souffrances humaines causées par la guerre. Comme toujours, les gens ordinaires paient le prix le plus élevé. Il est de notre devoir commun de l’éviter », a conclu le Secrétaire général.
Pour sa part, la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a reçu lundi Ahmad Jalali, Ambassadeur d’Iran auprès de l’agence onusienne, et a discuté des tensions au Moyen-Orient, en particulier en ce qui concerne le patrimoine et la culture.
« Cette rencontre a eu lieu après que le Président américain Donald Trump avait menacé ce weekend de frapper 52 sites iraniens, dont des sites culturels, si l’Iran décidait de se venger de la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani tué par un drone américain jeudi à Bagdad, en Irak », précise un communiqué de l’UNESCO. « La Directrice générale a rappelé les dispositions de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé et de la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, deux instruments juridiques qui ont été ratifiés par les États-Unis et l’Iran », a précisé dans un communiqué de presse l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), dont le siège est à Paris. Mme Azoulay a également rappelé les termes de la résolution 2347 du Conseil de sécurité des Nations Unies adoptée à l’unanimité en 2017, qui condamne les actes de destruction du patrimoine culturel.

6 janvier : obsèques des victimes de l’attentat américain

.
Ce 6 janvier en Iran a été marqué par les obsèques des victimes de l’attentat américain perpétré à Bagdad. Voici un extrait d’un article du « Monde » à ce sujet :
« Comme à Ahvaz (sud-ouest) et Machhad (nord-est) la veille, les Iraniens se sont déplacés en masse en ce jour déclaré férié, à Téhéran, noire de monde, pour honorer Ghassem Soleimani, figure charismatique et très populaire en Iran. Dans la capitale, la population a offert le spectacle d’un rassemblement d’une ampleur jamais vue depuis les manifestations et contre-manifestations de la contestation post-électorale de 2009. Retenant difficilement ses larmes, le Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, a présidé une courte prière des morts à l’université de Téhéran, devant les cercueils contenant les restes de Soleimani, d’Abou Mehdi Al-Mouhandis, numéro deux du Hachd Al-Chaabi (paramilitaires irakiens pro-Iran), et de quatre Iraniens.
Estimée à « plusieurs millions » par la télévision d’Etat iranienne, la foule a alterné moments de recueillement et explosions de colère, aux cris de « Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! ». Des drapeaux américains et israéliens ont été brûlés. Hommes et femmes ont pleuré ou appelé à venger celui qui était le chef des Forces Al-Qods, chargées des opérations extérieures des gardiens de la révolution et, à ce titre, l’architecte de la stratégie de l’Iran au Moyen-Orient. « Stupide Trump, symbole de stupidité et un jouet aux mains du sionisme, ne pense pas qu’avec le martyre de mon père, tout est fini », a lancé Zeinab, la fille de Ghassem Soleimani, dont le discours a électrisé la foule.

6 janvier : alignement des Européens derrière les USA

Ce 6 janvier, des dirigeants européens ont pris position dans cette crise déclenchée par les États-Unis. Selon les informations du « Monde », ils ont décidé de soutenir l’agression de Trump en demandant uniquement à l’Iran de ne pas agir. Extraits :
« Dans ce contexte explosif, l’OTAN a appelé, lundi, à la « retenue » et à la « désescalade ». « Un nouveau conflit ne serait dans l’intérêt de personne, donc l’Iran doit s’abstenir de davantage de violence et de provocations », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg,
Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a déclaré, lundi, « regretter profondément » l’annonce de l’Iran sur la levée de toute limite sur l’enrichissement d’uranium. « La mise en œuvre complète de l’accord sur le nucléaire par tous est maintenant plus importante que jamais, pour la stabilité régionale et la sécurité mondiale », a-t-il indiqué sur Twitter. Paris, Londres et Berlin ont appelé « l’Iran à retirer toutes [ses] mesures non conformes » au pacte.
« Nous sommes très préoccupés du fait que l’Iran ait annoncé ne plus se sentir lié par l’accord sur le nucléaire », a déclaré lundi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ajoutant qu’il était « dans l’intérêt de l’Iran et (…) de l’Irak de choisir la voie de la pondération et non la voie de l’escalade ».
Ce 6 janvier, la Russie s’est démarquée de la position occidentale, en demandant à tous les pays impliqués dans l’accord avec l’Iran « de continuer d’en faire une « priorité » ».

6 janvier : Washington évoque une nouvelle « coalition »

La journée d’hier a été conclue par une conférence de presse de Mike Pompeo, ministre des Armées des États-Unis. Voici un extrait de ses déclarations :
« Il est très clair que le monde est plus sûr, Qassem Soleimani ne marchera plus sur cette planète. Le président Trump a pris la bonne décision de stopper la campagne de terreur que Soleimani a engagé contre l’Amérique et de prévenir ses futurs projets.
« Nous avons dit assez au régime iranien. Vous ne pouvez pas mener des opérations ailleurs et penser que votre pays sera sûr et sécurisé. Nous allons répondre contre les décideurs qui ont causé cette menace de la République islamique d’Iran. »
Mike Pompeo a ensuite accusé Qassem Soleimani d’être à l’origine de la mort d’un ressortissant des États-Unis, et de prévoir d’autres attaques qui allaient menacer la vie d’Américains.
« Le président Trump a agi avec résolution. Nous défendrons l’Amérique, le peuple américain doit savoir que nous le défendrons toujours.
Et de conclure : « Nous avons construit une énorme coalition qui partage notre point de vue fondamental qui est que la première menace à la stabilité régionale est la République islamique d’Iran. »
Les propos du ministre US sont donc en décalage avec celui des représentants de la communauté internationale à l’exception des dirigeants des pays de l’OTAN, organisation militaire commandée par Washington. Ils résonnent comme une fuite en avant et ne sont pas de bonne augure pour la suite, étant donnée l’instabilité à la tête des États-Unis depuis le début de la présidence de Donald Trump.
Gageons que la communauté internationale et le peuple américain sauront faire entendre raison aux va-t-en guerre qui sont au pouvoir à Washington.

M.M.



Un message, un commentaire ?

Signaler un abus



Messages






  • Formidable article ! De quoi alerter sur la gravité de ce risque de guerre mondiale. De quoi écouter ‘’Paix sur Terre’’ de Jean Ferrat, qui nous dit notamment :

    « Nous ne voulons plus de guerre
    Nous ne voulons plus de sang
    Halte aux armes nucléaires
    Halte à la course au néant
    Devant tous les peuples frères
    Qui s’en porteront garants
    Déclarons la paix sur terre
    Unilatéralement ».

    Lulu

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • Les USA et leurs alliés ne pourront pas empêcher les autres pays qui ont les moyens d’accéder à l’arme nucléaire ou
    d’autres armes de destruction massive de posséder ces armes et de les utiliser .

    Certains pays considérés comme pauvres tels que le Pakistan et l’Inde possède déjà officiellement des armes nucléaires et sans doute également des armes chimiques ou bactériologiques et c’est probablement le cas des pays comme l’Iran qui veut jouer le rôle de superpuissance dans le moyen orient. Mais ces pays détenteurs de l’arme nucléaires ou de destruction massive ne peuvent pas l’utiliser car ils seraient condamnés unanimement par la communauté internationale . Ce sont les mêmes raisons qui empêchent les grandes puissances qui détiennent ces armes depuis longtemps de le faire ; mais il est clair qu’elles le feront sans hésitation si elles sont attaquées avec ce type d’armes.

    Si bien que l’on peut se demander si la stratégie des USA et de tous ceux qui les soutiennent n’est pas en définitive de pousser les pays qu’ils voudraient contrôler ou conquérir par la force à utiliser les premier l’arme nucléaire ou une arme de destruction massive pour justifier leur intervention de conquête .

    Donald Trump se gardera de riposter de manière disproportionnée tant que l’Iran ou ses alliés utiliseront des roquettes Mais il n’hésitera pas à utiliser ses armes nucléaires ou de destruction massive devant une attaque de ses intérêts par de telles armes ; Il semble bien que les Iraniens ne veulent pas tomber dans ce piège qui consiste à les pousser à utiliser des armes de destruction massive contre les USA mais pendant combien de temps pourront ils résister à cette tentation suicidaire s’ils possèdent déjà ces armes ?

    Il semble bien que la troisième guerre mondiale soit déjà commencée mais qu’elle n’est pas encore entrée dans sa phase apocalyptique apparemment inévitable . Qui veut la paix prépare la guerre mais pour qu’il y ait la paix il faut d’abord passer par la guerre lorsque la peur des armes n’est pas assez dissuasive .L’arme nucléaire est elle encore dissuasive ? certainement pour ceux qui ne peuvent pas l’avoir mais pas pour ceux qui l’ont déjà ou qui ont les moyens de l’avoir et qui rêvent aussi de pouvoir s’imposer au reste du monde par la peur . Est ce que l’Iran fait peur aux américains et est ce que les américains font peur aux iraniens ? certainement mais à quel point ? Il parait que la peur provoque une montée d’adrénaline qui pousse à attaquer . Pour stopper la menace il faut que les intéressés retrouvent leur calme et se mettent autour dune table pour discuter et négocier. Il n’y a pas d’autres solutions .

    Article
    Un message, un commentaire ?