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Liberté de la presse
La télévision publique espagnole contrainte à l’autocensure par le gouvernement
21 mai 2003

Le syndicat Commissions ouvrières (CCOO) a porté plainte contre TV1, dénonçant une "manipulation de l’information" lors de la grève générale de juin 2002. La couverture de la chaîne pendant le conflit en Irak et lors de la marée noire du "Prestige" fait aussi l’objet de critiques, signale un article paru dans "le Monde" du 16 mai dernier.
« Le CCOO reproche à TV5 d’avoir traité avec partialité la grève pour épargner le gouvernement de José Maria Aznar et pour saper le soutien populaire dont elle bénéficiait », indique "le Monde". Une étude réalisée par un groupe d’universitaires révèle un parti pris flagrant dans la présentation des faits lors du journal télévisé du soir de la chaîne publique espagnole : « Sur les quinze minutes qui ont été consacrées à la grève, deux minutes seulement montraient des informations en faveur de la mobilisation. Les treize autres présentaient des "nouvelles sur les piquets de grève, des scènes de violence, des sondages ou des opinions contraires à la grève" ». Par ailleurs, le rapport « parle aussi d’"intoxication" et de "manipulation", car le journal s’est ouvert sur de "supposées actions de violence des piquets de grève", et la mobilisation a été présentée "comme une initiative des socialistes" », poursuit l’étude citée par "le Monde".
Cette remise en cause de l’objectivité des chaînes publiques espagnoles est également mise en exergue avec le traitement de l’affaire du "Prestige", un pétrolier à l’origine d’une marée noire sans précédent sur les côtes de la Galice (Nord-Ouest de l’Espagne), et qui continue encore à polluer les côtes du littoral atlantique en France. Il s’agissait de minimiser les conséquences de l’irresponsabilité du gouvernement espagnol dans la gestion de la crise. « Dans le cas du "Prestige", le collège des journalistes de Galice a publié dans un communiqué son soutien aux journalistes de la télévision publique de Galice et de TVE. Ceux-ci étaient en effet obligés d’obéir à "des consignes". Ils ne pouvaient, par exemple, employer le mot "marée noire" », souligne "le Monde".
« Le rejet massif des Espagnols de la guerre en Irak n’a fait qu’accentuer le malaise », relève notre confrère. Le Premier ministre espagnol est un des rares chef de gouvernement à soutenir le pillage par la force des puits de pétrole irakiens par les armées aux ordres de George Bush. Cette prise de position de Jose Maria Aznar n’a pas été étrangère à la présence de plusieurs millions d’Espagnols dans les rues des grandes villes du pays dans de grandes marches pour la paix. Or pour ne pas déplaire au conservateurs au pouvoir à Madrid, la chaîne publique espagnole a dû pratique l’autocensure : « Alors que toutes les chaînes de télévision retransmettaient, par exemple, en direct, les grandes manifestations contre la guerre du 15 février, et que la chaîne publique de la communauté de Madrid (gouvernée par le PP) n’avait pas hésité à interrompre un match de football, la télévision publique nationale avait attendu le journal du soir pour en rendre compte ». D’autre part, le seul débat consacré à la guerre par la télévision du service public TVE a eu le 29 avril, bien après le début de l’invasion de l’Irak.
Devant la multiplication de ces atteintes au droit des Espagnols à une information objective, les journalistes du service public se mobilisent. Au mois de décembre, suite à la catastrophe du "Prestige", les journalistes de la rédaction de la chaîne régionale publique de Galice ont créé un comité interentreprise de la radio et de la télévision de Galice. Il demande la démission du directeur général et dénonce « la "manipulation" mise en évidence lors de la couverture de la catastrophe ». Plus récemment, avec la mise au pas des médias publics par le gouvernement à l’occasion des manifestations pour la paix, la rédaction de la chaîne publique nationale s’est mobilisée « avec la création, le 6 mars, d’un Comité des travailleurs contre la manipulation de l’information sur TVE, dénonçant le déséquilibre entre les informations pour ou contre l’intervention militaire en Irak ».
Cette dégradation du service public se ressent auprès des téléspectateurs souligne "le Monde" : « Pour TV1, la facture est lourde. En perdant de sa crédibilité, la chaîne laisse peu à peu échapper des téléspectateurs. En 1992, TV1 réalisait 32,6% de part d’audience, contre 24,7% en 2002. Symbole de cette hémorragie, le journal du soir de TV1 a perdu près d’un million de fidèles, passant de quelque 4 millions de téléspectateurs en février à 3,1 millions en avril ».
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