Moyen-Orient

Ordre d’expulser le président palestinien élu démocratiquement

Nouvelle escalade du gouvernement israélien

15 septembre 2003

Au 21ème siècle, des colonialistes peuvent encore décidé d’expulser le président élu du pays qu’ils occupent. C’est ce qui se passe en ce moment au Moyen-Orient, avec une décision prise par les plus fidèles alliés de George Bush dans la région. Elle a suscité des protestations, mais elle se situe dans la continuité d’une escalade permanente pratiquée par le gouvernement d’Ariel Sharon, qui cherche par tous les moyens à maintenir un état de guerre favorable à son maintien au pouvoir.

« Yasser Arafat est un obstacle absolu à tout processus de réconciliation entre Israël et les Palestiniens. Israël s’emploiera à se débarrasser de cet obstacle de la façon et au moment de son choix ». Ces deux phrases, formulant une décision de principe pour l’expulsion du président palestinien hors de son pays, ont été publiées par les onze membres du cabinet de sécurité israélien réunis sous la présidence d’Ariel Sharon, jeudi soir. Entendues davantage comme un feu vert donné à l’armée pour élaborer un plan de neutralisation de Yasser Arafat au moment opportun que comme un ordre immédiat. Dans la matinée, une unité de l’armée israélienne avait d’ores et déjà pris le contrôle du dernier étage du ministère de la Culture, un bâtiment faisant face à la Mouqata’a, en guise de "message" à Yasser Arafat, avaient fait savoir les occupants.
Le président palestinien, bien que bloqué depuis de nombreux mois dans sa résidence de Ramallah, n’a pas tardé à réagir. Devant plusieurs milliers de personnes, Yasser Arafat a exhorté les Palestiniens à la résistance. « Personne ne me chassera », a-t-il insisté. « Vous êtes un peuple brave, le peuple que j’aime. Abou Amar reste ici ! », a-t-il lancé à travers un mégaphone, en utilisant son surnom.
« Vous êtes ceux qui sont capables de répondre à cette menace israélienne », a-t-il continué, avant de réciter un passage du Coran et d’ajouter : « Nous sommes sur une terre sacrée et nous protégerons les lieux saints chrétiens et musulmans. Nous envoyons un message aux détenus, aux prisonniers : tous ensemble jusqu’à Jérusalem », un slogan dont il ponctue ses discours fréquemment depuis plusieurs dizaines d’années. La foule a repris le mot d’ordre : « À Jérusalem ! À Jérusalem ! ».

Le jeu des extrémistes

Dans la nuit, des milliers de Palestiniens ont investi les rues de la bande de Gaza et de Ramallah. Certains, masqués, tiraient des balles traçantes vers le ciel, tandis que la radio diffusait en direct un flot de coups de téléphone de soutien. Le nouveau Premier ministre palestinien Ahmed Qoreï s’est interrogé sur l’opportunité, pour lui, de constituer un gouvernement dans ce climat.

Alors que le projet du gouvernement d’Ariel Sharon semble renforcer la détermination des Palestiniens, le peuple israélien risque de payer cher la décision prise par les colonialistes au pouvoir à Tel Aviv. Les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, un groupe extrémiste palestinien, ont menacé vendredi de « frapper partout » en Israël si l’État hébreu bannissait le dirigeant Yasser Arafat.
« Nous proclamons à haute voix que si cette décision est mise à exécution, nous allons nous en prendre à tout Israël et frapper partout sans exception. Il n’y aura pas de ligne rouge et nous ne ferons pas la distinction entre grands et petits », affirme le communiqué de ce groupe. « Nous disons au criminel Sharon que ton peuple va payer cher car il y aura une vague de kamikazes qui fera exploser tout être vivant en Israël », ajoute le communiqué.

Protestations

Au sein de la communauté internationale, la menace a été prise au sérieux. Pour le chef de la diplomatie américaine, principal allié d’Israël, une telle décision n’est pas bonne : « les conséquences ne seraient pas bonnes. Je pense qu’on peut anticiper qu’il y aurait une fureur dans tout le monde arabe, le monde musulman et dans de nombreuses autres parties du monde. Et je ne vois pas comment, en cette période délicate, cela pourrait servir la cause de la feuille de route ».
Le président égyptien Hosni Moubarak a estimé qu’une expulsion du président palestinien serait « une monumentale erreur » pouvant « conduire à une situation très dangereuse ». Le Haut représentant européen pour la politique étrangère Javier Solana a très vite exprimé sa « vive inquiétude ». La diplomatie russe a, elle, estimé qu’un exil du président palestinien serait une « sérieuse erreur politique ». La Ligue arabe a mis en garde contre les « conséquences désastreuses » qu’une telle initiative pourrait avoir, peu avant que la Chine exhorte Israël à la « prudence ». Le président français Jacques Chirac a enfin rappelé que Yasser Arafat était « le représentant légitime de l’Autorité palestinienne » et que ce serait « une grave erreur de chercher à l’éliminer du champ politique ».

L’A.N.C. appelle une « intervention décisive » des Nations-Unies
Le Congrès national africain (ANC) s’est dit choqué par la décision de principe prise par le gouvernement israélien, en vue de l’expulsion du président palestinien, Yasser Arafat de sa terre natale. L’ANC reconnaît le président Arafat comme leader élu du peuple palestinien. Le parti a déclaré que toute tentative de diviser ledit peuple et de lui imposer des chefs doit être rejetée par le reste du monde avec le mépris qu’une telle initiative mérite. « Cette dernière initiative d’Israël est une claire démonstration de sa réticence à épouser la cause de la paix et à promouvoir le processus de paix. Le monde doit agir pour contraindre Israël à respecter les résolutions des Nations Unies qu’elle continue d’ignorer en toute impunité », affirme l’ANC dans un communiqué rendu public vendredi.

L’ANC accuse le gouvernement américain d’avoir failli dans sa mission de médiateur du processus de paix du Moyen-Orient et de n’avoir pas su faire preuve d’impartialité, ajoutant que « ce serait une erreur que de s’attendre à ce que le monde approuve les incursions militaires dans les pays opposés à la politique étrangère de Washington et à ce qu’il ferme l’œil sur la situation qui prévaut dans ceux qui sont considérés comme ses alliés ».

L’ANC qui s’est aussi dit choqué de l’inscription du Hamas sur la liste des organisations terroristes par l’administration américaine, indique que cette décision montre manifestement que les États-Unis ne sont pas capables de jouer le rôle de médiateur impartial et sans parti-pris, dans la crise du Moyen-Orient. Il exhorte l’Union européenne, l’Union africaine et le Mouvement des pays non-alignés à jouer un rôle significatif dans les efforts visant à instaurer une paix et une stabilité durables dans la région. L’ANC a également appelé à une cessation des hostilités par les deux parties. Il a ensuite mentionné que la direction palestinienne s’est pleinement engagée en faveur de la feuille de route et qu’il espère qu’Israël en fera de même sans aucune condition. « La gravité de la situation au Moyen-Orient est arrivée à un point où l’intervention décisive des Nations Unies ne saurait être retardée davantage. L’ANC réitère son soutien indéfectible au président Arafat et au peuple palestinien ».


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