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Parti Juwa : « nous demandons le respect des Accords de Fomboni »

Crise aux Comores : l’ancien président Sambi arrêté

Manuel Marchal / 23 août 2018

L’arrestation de l’ancien président Sambi a créé une vive émotion aux Comores et ailleurs dans le monde. c’est un nouveau signe de la dégradation de la situation politique de l’archipel. Le Dr Adam Jimmy, porte-parole international du parti Juwa, propose une analyse.

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Dr. Adam Jimmy.

Le pouvoir a organisé le mois dernier un référendum qui change le cadre constitutionnel des Comores et rend possible le maintien à son poste du président Azali, qui devait normalement céder la place en 2021 à un représentant de l’île d’Anjouan. C’est un des principes actés dans les Accords de Fomboni, conclus en 2002 qui ont permis de résoudre une grave crise politique marquée par la tentative de sécession de l’île d’Anjouan dirigée par un ancien officier de l’armée française. Ces accords prévoient une présidence tournante de l’Union des Comores, avec des mandats répartit dans le temps entre des représentants des îles qui constituent l’archipel.
Face à cette situation, l’opposition s’organise. « Le parti Juwa, de l’ancien président Sambi, avait décidé d’appeler au boycott du référendum, car il estime que toutes les décisions prises depuis le 12 avril 2018 par le gouvernement sont nulles et non avenues », dit en substance Adam Jimmy. C’est en effet ce jour-là que le pouvoir a transféré les compétences de la Cour constitutionnelles à la Cour suprême, ce qui rendit alors possible l’organisation d’un référendum revenant sur les Accords de Fomboni.

Psychose dans la population

La semaine dernière, Adam Jimmy avait prévu de se rendre aux Comores. Lors de son escale à La Réunion, il en a été dissuadé par ses amis, car il risquait d’être mis en prison à sa descente d’avion.
Adam Jimmy dénonce un climat de répression qui a suivi le référendum avec l’arrestation de tous les dirigeants du parti Juwa. L’ancien président Sambi a été arrêté, inculpé et placé en résidence surveillée à son domicile. Les conditions de cette assignation sont très dures, car le pouvoir considère qu’Abdallah Sambi ne doit pas avoir plus de droit que n’importe quel autre prisonnier. En conséquence, sa maison est devenue une annexe de la prison, ses meubles lui ont été retirés et il dort sur un matelas posé sur le sol.
Cette situation entraîne une psychose dans la population : « nul n’a confiance en l’autre, montrer son appartenance à Juwa peut conduire en prison ».
Pour Adam Jimmy, ce climat est sans précédent depuis la période 1975-1978, quand le président de l’époque avait voulu changer trop rapidement la société.

L’ONU et l’UA en visite

L’attitude de la communauté internationale semble pour le moment favorable à une évolution positive de la situation, souligne-t-il. L’ONU et l’Union africaine se sont emparées de la question, et appellent à la tenue de négociations. Le président Azali a écrit à l’UA pour dire qu’il est prêt à discuter avec l’opposition. Une délégation conjointe de l’ONU et de l’UA est attendue aux Comores avant la fin du mois.
Pour sa part, la SADC demande en substance au président Azali de changer de politique. Ceci permettra de sortir d’une crise où une des principales explications réside dans le manque de représentativité du chef de l’État. Adam Jimmy rappelle que depuis les Accords de Fomboni, les premiers présidents étaient élus avec plus de 60 % des suffrages, alors qu’Azali n’en a obtenu que 43 %. Ceci l’a amené à entreprendre des actions pour asseoir sa légitimité, allant jusqu’à la provocation comme « quand il fait entrer dans une mosquée l’ambassadrice de France, c’est pour montrer qu’il n’a rien à faire des critiques car c’est lui le président », dit en substance Adam Jimmy.
« Le parti Juwa est prêt à discuter, nous demandons le respect des Accords de Fomboni », conclut-il.

M.M.