Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Effets de la guerre déclenchée par Donald Trump
4 avril, par

Invité de France Culture, Pascal Lamy dresse un constat implacable : la guerre déclenchée par Donald Trump provoque une crise énergétique et économique mondiale majeure. Selon lui, seul le pouvoir des marchés financiers peut contraindre le président américain. Il dénonce un capitalisme « plus méchant », concentré, corrompu, et appelle à taxer les superprofits pour financer la transition écologique.
Sur les ondes de France Culture, Pascal Lamy, à propos de la guerre qui embrase le Golfe, parle d’un conflit « catastrophique » déclenché par un « psychopathe narcissique mégalomane ». Le dirigeant visé : Donald Trump.
un constat : le monde façonné par quarante ans de mondialisation libérale n’est pas armé pour absorber un choc guerrier de cette ampleur. Résultat immédiat : une crise énergétique mondiale qui nourrit l’inflation, comprime la croissance et aggrave la pauvreté. Les travailleurs paient, les actionnaires spéculent, les profits flambent.
Pascal Lamy avance une thèse glaçante : la seule autorité susceptible de freiner Trump ne serait ni le Congrès, ni les institutions internationales, mais les marchés financiers. « La seule autorité qu’il reconnaisse », dit-il, ce sont eux. Dans un capitalisme financiarisé à l’extrême, le centre de gravité du pouvoir s’est déplacé. Il ne réside plus dans le suffrage universel mais dans les salles de marché, à Wall Street.
Les précédents parlent d’eux-mêmes : droits de douane erratiques, menaces contre le Groenland… À chaque emballement, la Bourse vacille et rappelle Trump à l’ordre.
Quand surgissent les soupçons de conflits d’intérêts et de délits d’initiés, Pascal Lamy ne feint pas la surprise. Le capitalisme a toujours produit ses barons voleurs : Cornelius Vanderbilt, John D. Rockefeller, Andrew Carnegie. Mais la nouveauté tient à la vitesse et à l’opacité. Les fuites précédant certaines annonces présidentielles permettent à des initiés de se placer avant la tempête. « Une des premières mesures de Trump a été de quasi démanteler le système que les États-Unis avaient mis cinquante ans à construire pour lutter contre la corruption. Ils ont été les leaders mondiaux en la matière. Aujourd’hui, ce système est corrompu »
Pour Lamy, la gauche européenne s’est trompée d’époque. Le capitalisme actuel n’est plus celui théorisé par Adam Smith ou Joseph Schumpeter. Avec l’exemple de Nvidia, géant des puces : « Ils font 350 milliards de chiffre d’affaires par an dont 170 milliards de profits. Donc le profit, c’est la moitié de leur chiffre d’affaires » La concentration du capital atteint des sommets inédits. Quelques géants accumulent des marges colossales, imposent leurs normes, influencent les États.
Cette brutalité systémique rend les crises plus explosives. Pourtant, Pascal Lamy rappelle que nos économies sont deux fois moins dépendantes des énergies fossiles qu’en 1974. Autrement dit : si le choc est rude, il aurait été pire hier. Et dans la tourmente, une lueur : l’accélération possible de la décarbonation.
Face à la flambée énergétique, Lamy rejette le blocage des prix, qu’il compare à un thermomètre cassé. Dans une économie de marché, dit-il, le signal-prix peut orienter les comportements. En revanche, il plaide pour une taxation des superprofits afin de redistribuer les gains indécents et financer la transition.
Le message est limpide : si les compagnies pétrolières ne veulent pas subir, qu’elles anticipent et contribuent. À défaut, la colère sociale s’amplifiera.
Au fond, l’intervention de Pascal Lamy sonne comme un avertissement. Le capitalisme mondialisé, livré à la toute-puissance financière, engendre des monstres politiques et des crises en chaîne. La question n’est plus seulement économique. Elle est démocratique. Qui gouverne vraiment ? Les peuples, ou les assistés de luxe dépendant du travail des autres et de la spéculation ?
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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