Monde

Philosophie et politique

Alon filozofé ! De Roger Orlu

Roger Orlu / 16 février 2007

Pour la plupart des gens, la philosophie et la politique, ce n’est pas la même chose. Ce sont deux pratiques différentes, qui sont dans des logiques différentes. Elles n’ont pas les mêmes fonctions et n’opèrent pas dans le même registre. Un peu comme la culture et la politique, ou le sport et la politique.
Pourtant, peut-on dire qu’il n’y a aucun rapport entre la philosophie et la politique ? Croit-on que si l’on essaie de philosopher, on n’a pas à s’intéresser à la vie politique ni à tenter de tenir un discours philosophique sur la vie de la cité ?

Le mot français “politique” vient précisément du mot grec “polis”, qui signifie “cité”, et donc “société”, “nation”, “État”, “communauté humaine”... La politique est donc avant tout la recherche du meilleur vivre ensemble, tant au plan local et national que mondial.
Si la philosophie c’est la réflexion personnelle et le dialogue avec les autres pour tendre vers le bonheur, pour donner du sens à notre vie personnelle et collective, pour faire vivre la raison et la justice chez nous et sur la Terre, peut-elle être indifférente à la façon dont s’exerce le pouvoir politique et au service de quelles valeurs ? Certainement non.

C’est pourquoi beaucoup de participants au grand rassemblement de l’Alliance dimanche dernier à Saint-Denis ont dû apprécier le début politico-philosophique du discours prononcé par le docteur Catherine Gaud. « La politique, au sens premier du mot, c’est être au service de la cité et des citoyens », a lancé la Vice-présidente de la Région Réunion.
Puis elle a rappelé que pour Aristote, un des pères de la philosophie grecque antique, « toute communauté est constituée en vue d’un certain bien et qu’il en résulte clairement que, si toutes les communautés visent un bien déterminé, celle qui est la plus haute de toutes - et englobe toutes les autres - vise aussi, plus que les autres, un bien qui est le plus haut de tous. Cette communauté, c’est la communauté politique ».

Sur la base de cette philosophie, Catherine Gaud a conclu : « ceux qui portent la politique ne doivent songer qu’à l’intérêt commun, au bien de chacun, en dehors de toute action partisane et de toute promotion personnelle. Tous peuvent s’unir autour de valeurs essentielles, afin de combattre pour elles et de servir l’intérêt général : additionner ses forces, se respecter, s’enrichir des différences de l’autre, oublier les égoïsmes, l’individualité, les rivalités politiques au service de partis ou de personnes et non pas de La Réunion et de ses habitants ».
Un sacré défi pour les politiques. Mais aussi pour les philosophes et pour tous les autres citoyens...!