Monde

Pierre Laurent réélu à la tête du PCF

Congrès du Parti communiste français

Céline Tabou / 11 février 2013

Du 7 au 10 février, 800 communistes de France se sont réunis en Seine-Saint-Denis, afin de désigner un nouveau secrétaire national. Le 36ème Congrès du parti, sous le thème de “La force du partage”, s’est clôturé avec la réélection de Pierre Laurent.

Dans son discours d’ouverture, Pierre Laurent a insisté sur le devoir de n’ « avoir qu’une seule idée en tête, oui, une seule : être utile à notre peuple, à la France, être utile à toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, en Europe et dans le monde, se battent au quotidien pour une vie meilleure, pour sortir de ce monde d’inégalités et d’injustices, pour ouvrir des chemins nouveaux de liberté et de solidarité, de progrès social, de paix et d’émancipation humaine ».

Il est grand temps de rallumer les étoiles”

Le « congrès de maturité » voulu par le secrétaire national du PCF devait « marquer une étape supplémentaire et significative des transformations du parti » . Ce dernier est appelé à un « communisme de nouvelle génération ». Son texte d’orientation a été adopté par 73% des militants lors des votes préparatoires. Intitulé “Il est grand temps de rallumer les étoiles”, en référence à la formule de Guillaume Apollinaire, l’aval reçu par le texte d’orientation souligne, selon Pierre Laurent, « l’unité très forte » de ses militants et adhérents.

L’objectif de Pierre Laurent et de l’ensemble de son bureau a été de « lancer un appel très fort à la remobilisation des forces du changement » , afin de faire face à la politique socialiste de plus en plus critiquée dans les instances décisionnelles. Face à la clarté demandée par le PS, Pierre Laurent a répondu : « Notre positionnement va être très, très clair : nous n’acceptons pas la perspective d’un échec d’une politique de gauche et nous allons multiplier les propositions pour obtenir des bougés de la politique gouvernementale ». Ce dernier a ajouté que « Personne ne rassemblera la gauche en lui demandant de s’aligner sur une position ».

La fin de la faucille et du marteau

Couac lors du congrès, les cartes d’adhérents ont vu la faucille et le marteau disparaitre. Surprise de la part des adhérents, qui y voient une volonté d’ « inféoder le parti au Front de gauche ». Un Parti de gauche représenté en la personne de Jean-Luc Mélenchon au congrès et de certains cadres du parti. De nombreux militants et secrétaires de section ont dénoncé la tendance des dirigeants du parti à remettre en cause « l’intégrité du parti pour faire avec des Verts, des socialistes et des trotskistes… pour faire une organisation qui soit une social-démocratie bis, qui roule pour la social-démocratie ». « Un gros mot dans l’histoire du Parti communiste qui n’a jamais abandonné sa doctrine marxiste », a cité le “Huffington Post”.

Pour se défendre, le secrétaire national parle de « modernisation » afin de calmer les esprits, qui craignent l’emprise du parti de Jean-Luc Mélenchon. Cependant, la disparition de la faucille et du marteau sur les cartes ne fait que réveiller une crainte après le succès relatif de l’élection présidentielle. André Gerin, ancien député-maire PCF de Vénissieux (Rhône), demandait fin janvier dans un communiqué de presse, cité par le “Huffington Post”, « que l’on nous dise si le Front de gauche va remplacer ou concurrencer le Parti communiste français comme force politique nationale ».

« Les symboles sont porteurs de sens et le nôtre traduit notre ancrage dans l’héritage historique du mouvement politique révolutionnaire. Vouloir le faire disparaître apparaît de manière tout à fait légitime comme une volonté, celle de rompre avec un courant d’idées qui est l’essence même de l’existence de notre organisation », s’est inquiété le chef de file communiste Hervé Poly. Sur certains sites et forums communistes, la préoccupation reste entière, certains demandent un « débat interne », car « sans discussion, sans même l’avis du Conseil national, la faucille et le marteau ont disparu de la nouvelle carte du PCF, remplacés par le logo de l’euro-compatible "Gauche européenne"… Qui peut nier l’effacement communiste et qu’en pensent les adhérents ? ».

Un second mandat pour Pierre Laurent

Secrétaire national du PCF depuis juin  2010, Pierre Laurent n’aura pas eu à faire face à des divisions internes, comme ce fut le cas auparavant. Cette fois-ci, seul candidat, il a obtenu 100% des 624 votes exprimés (92 blancs et nuls) sur les 716 votants. 

Pour « la première fois depuis longtemps », aucune liste alternative ne s’est présentée face à celle de Pierre Laurent, ont précisé les organisateurs du congrès à “L’Humanité”. Fils de Paul Laurent, haute personnalité du parti, Pierre Laurent avait succédé en 2010 à Marie-George Buffet. Qualifié d’homme discret, ce dernier « s’est fait peu à peu sa place médiatique en parallèle de Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche et désigné candidat à la présidentielle de 2012 par le Front de gauche » , a noté le quotidien du parti.

Devenu sénateur en septembre 2012, il prend une dimension médiatique plus imposante, notamment en se positionnant « contre les politiques d’austérité  » en Europe et les mesures prises par François Hollande. « Caillou dans la chaussure du Parti socialiste qui mise sur une division du FG, l’ancien directeur de “L’Humanité” entend continuer le renouveau du Parti communiste », a expliqué le quotidien. A l’occasion de la clôture du Congrès qui s’est voulu « rassembleur, combatif » , Pierre Laurent a rappelé aux socialistes que « personne n’a intérêt à mépriser cette force de gauche » . « Nous ne sommes pas cantonnés dans l’opposition, nous sommes une force en mouvement » a-t-il ajouté.

Céline Tabou