Monde

Pourquoi cette situation ?

“Alon filozofé” ... !*

Roger Orlu / 25 mai 2007

Tous les jours, on entend dénoncer mille et une situations inacceptables voire révoltantes. In bon zafèr...! Mais trop rarement on s’interroge sur les causes de ces situations. On dénonce un fait sans s’intéresser à ce qui l’a provoqué.
Or « l’un des axiomes les plus fondamentaux de la pensée est le principe de causalité, dont l’énoncé le plus usuel est celui-ci : tout phénomène a une cause ». (1) Selon le philosophe allemand Leibniz (1646 - 1716), « rien n’arrive sans qu’il y ait une cause ou du moins une raison déterminante », ce qui permet de savoir « pourquoi cela est existant plutôt que non existant et pourquoi cela est ainsi plutôt que de toute autre façon ». (2)
D’où l’intérêt de réflexions comme celles du sociologue Laurent Médéa, président du Cercle philosophique réunionnais, sur les causes de la délinquance juvénile à La Réunion.
Ce genre d’étude mérite d’être poursuivi, approfondi et généralisé à l’ensemble de nos problèmes. Car la moindre recherche sur les causes d’un phénomène nous amène à poser la question : ...mais quelles sont les causes de ces causes ?
Autrement dit, si l’on veut mettre un terme à une situation inacceptable, on peut toujours prendre des mesures immédiates et urgentes mais cela ne suffira pas si l’on ne s’attaque pas aux raisons profondes et multiples de cette injustice.

Prenons un exemple parmi beaucoup d’autres, hélas : une organisation humanitaire britannique vient de calculer qu’au moins 1 milliard de personnes dans le monde vont migrer d’ici 40 ans, en conséquences (indirectes) du réchauffement climatique ; elle déclare que « la migration forcée est désormais la menace la plus pressante contre les populations pauvres dans les pays en voie de développement ».
Tous les experts expliquent que la crise écologique et sociale entraînant tant de malheurs sur la Terre est causée par les activités humaines. Le journaliste Hervé Kempf, auteur du livre “Comment les riches détruisent la planète”, précise que l’accumulation des profits par une minorité d’humains, leur pillage des ressources naturelles et leur surconsommation entraînent la destruction de la biosphère et des inégalités insupportables. (3) Et de citer un indice de ce crime contre l’humanité : « le revenu des 500 personnes les plus riches du monde est égal à celui des... 416 millions d’humains les plus pauvres ». (4)
Pour inverser le cours des choses et éviter un chaos universel, Hervé Kempf affirme qu’« il faut remettre la question de la justice au premier plan des préoccupations. (...) Il ne s’agit pas d’être dans un esprit de contrainte, mais au contraire de libérer des marges de manœuvre pour répondre aux besoins sociaux réels (et moins consommateurs de matières et d’énergies) tels que la santé, l’éducation, la culture, une autre urbanisation, l’efficacité énergétique, les transports collectifs etc... Résumons la démarche : il nous faut aujourd’hui apprendre à consommer moins pour répartir mieux ».
Nana pou fé isi La Réunion...!

Roger Orlu

(1) André Lalande, “Vocabulaire technique et critique de la philosophie”, p. 126.
(2) ibid., p. 127.
(3) www.reporterre.net
(4) rapport mondial du PNUD sur le développement humain (2005 - p. 40)

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