Pourquoi on s’engage ?

22 février 2008, par Roger Orlu

L’actualité politique, avec en particulier l’approche des élections municipales et cantonales du 9 mars, incite à réfléchir sur les raisons qui amènent des milliers de personnes à être candidates à ces scrutins.
Déjà, la question (et les réponses) changent si la personne a l’espoir ou non d’être élue. Si elle est plus ou moins sûre d’avoir un mandat, pourquoi - et pour quoi - s’engage-t-elle ? Est-ce avant tout pour satisfaire des besoins personnels ou bien plutôt pour servir - réellement - les autres et d’abord les intérêts des plus démunis ?
Si elle est quasiment sûre de ne pas être élue, pourquoi se présente-t-elle devant les électeurs ? Pour se faire connaître et se valoriser ? Pour rendre service à une personne physique ou morale, en attendant ou pas un retour ?

La question du sens de l’engagement politique est complexe. Car derrière la politique, il y a toujours une part de pouvoir. Et donc la question de savoir pour qui, pour quoi et comment on exerce ce pouvoir.
Mais n’y a-t-il du pouvoir que dans la fonction politique ? Les propriétaires de capitaux industriels, commerciaux ou financiers, les patrons des médias ou les journalistes, les magistrats ou les chefs des administations, les hiérarchies religieuses et leurs agents ne détiennent-ils pas aussi des pouvoirs ? Et qu’en font-ils ?
En effet, il y a les paroles et les discours ; et puis il y a les actes. Il y a les belles idées auxquelles on croit ou que l’on proclame et il y a ce que l’on en fait. Et dans ce que l’on fait, tout n’est jamais parfait ; on commet tous des erreurs. La question est de savoir si, globalement, la cause que l’on défend va dans le bon sens et donne des résultats positifs dans la construction d’un monde autre que celui dominé par la loi du profit et du marché.

À ce propos, un autre événement d’actualité - le renoncement de Fidel Castro à diriger son pays pour cause de santé - donne à réfléchir sur cette question. Aux yeux des tenants du système capitaliste, le dirigeant cubain est coupable d’avoir inventé et construit avec son peuple une forme de développement économique, social et culturel différente du modèle dominant. Ceci est impardonnable aux yeux des dirigeants nord-américains et de leurs complices cubains et occidentaux.
Fidel Castro et ses amis ont bel et bien réussi à faire progresser leur peuple dans des domaines aussi importants que ceux de la formation, de la santé etc... Ils ont résisté depuis près de 50 ans à de multiples tentatives de renversement, d’attentats et à un embargo criminel des États-Unis. Bien sûr, les atteintes du régime castriste aux droits humains et à la démocratie font qu’il n’y a pas à être fasciné par cet État et à en faire un modèle absolu. Mais la force de résistance du peuple cubain à l’impérialisme constitue en elle-même une victoire exemplaire.

Cela ne veut pas dire qu’il faut sombrer dans le dogmatisme révolutionnaire. Le combat démocratique, social et environnemental doit rester fidèle aux principes et aux valeurs fondamentales des luttes du mouvement anti-capitaliste afin de créer « un autre monde, meilleur ».
Dans un entretien avec “l’Humanité”, Samir Amin, économiste renommé et grand militant de l’altermondialisme, dit qu’« il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que la convergence de ces luttes se cristallise dans des stratégies cohérentes et efficaces, capables de mettre en déroute les projets de contrôle militaire de la planète par les États-Unis et leurs alliés, d’ouvrir des voies nouvelles au socialisme du 21ème siècle, un socialisme plus authentiquement démocratique que celui de la vague du 20ème siècle ». (1)
Et de conclure : « Associer le combat démocratique au progrès social, reconstruire sur cette base l’internationalisme des peuples face au cosmopolitisme du capital, tel est le défi auquel la gauche est confronté dans le monde entier ».
Un bel engagement, non ?

Roger Orlu

* Envoyez vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble...! [email protected]

(1) voir le site www.humanite.fr à la date du 1er février 2008.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus