Présentation générale du récif de Tromelin

25 septembre 2008

Des cinq îlots français dispersés dans la grande banlieue de Madagascar, Tromelin est assurément la terre la plus isolée dans le bassin occidental de l’Océan Indien. C’est d’ailleurs la seule qui soit ancrée à l’extérieur du chenal de Mozambique.

Dépourvu de plateau continental au sens géographique du terme et entouré de fonds abrupts très proches (de l’ordre de 4.000 mètres de profondeur), ce caillou désertique émerge par 15 °53’ 01" de latitude Sud et 54°30’ 54" de longitude Est au large de la côte orientale malgache et au nord-ouest de l’archipel des Mascareignes. Plus précisément, le récif est situé à moins de 560 kilomètres dans le Nord nord-ouest de la ville de Saint-Denis (La Réunion) et à quelque 450 kilomètres à l’Est sud-est du village d’Antalaha (Madagascar).
Pendant très longtemps, le récif est resté à l’écart des lignes principales de navigation. Aussi n’a-t-il été repéré que tardivement par rapport aux autres îlots français de la région, dispersés dans le canal de Mozambique. Il a été officiellement découvert le 11 août 1722 par Briand de La Feuillée - commandant du vaisseau français "La Diane" - qui lui donna son nom originaire et approprié d’Isle de Sable. Mais l’îlot n’a été exploré pour la première fois que le 29 novembre 1776 et dans des circonstances particulièrement tragiques par le commandant du vaisseau français "La Dauphine" - le Chevalier Jean-Marie Boudin de Tromelin - qui devait par la suite lui donner son nom définitif.

Le récif de Tromelin est probablement un lagon comblé par des dépôts coralliens qui a prospéré sur un haut-fond découvrant d’origine volcanique, vieux de trois millions d’années. Ce minuscule point sur les cartes marines se présente comme une base sablonneuse exiguë. Il s’étend sur moins de 1.700 mètres du nord-ouest au sud-est dans sa plus grande dimension - une longueur toutefois variable au gré des apports réalisés par les vagues, les remous, les courants et les vents cycloniques - tandis que sa largeur extrême est toujours inférieure à 700 mètres. Autant dire que l’océan est pratiquement visible de n’importe quel point du récif. La superficie de cet accident de la nature est de l’ordre d’un kilomètre carré avec quelques ares en plus ou en moins selon les saisons, les marées et le passage des tempêtes tropicales. L’îlot étant dépourvu de lagon protecteur, il est dangereux de se baigner à Tromelin dans la mesure où la mer environnante est toujours agitée et, de surcroît, infestée de requins.

Vu du ciel, l’îlot a la forme d’une "amande" (1). Bas et sans relief, ce mini désert inhospitalier se confond facilement avec les nuages évoluant à basse altitude sur l’océan. Il est par suite difficile à repérer à l’œil nu par le marin comme par l’aviateur : autant chercher une tête d’épingle dans une botte de foin. L’île Tromelin est par ailleurs ceinturée par une barrière de récifs coralliens particulièrement dangereux qui rendent le mouillage des navires et le débarquement du matériel toujours délicats. Situé à une centaine de mètres du seul point possible de débarquement - une petite anse sablonneuse située au nord-ouest - par très beau temps et uniquement pour des embarcations légères, le sommet de l’îlot culmine à moins de sept mètres au-dessus des flots. Au temps des lampes à huile et de la marine à voile, corvettes, flûtes, frégates et autres vaisseaux redoutaient fort de le rencontrer sur leur route.

Le conflit franco-mauricien sur Tromelin ne présente, en vérité, qu’un intérêt mineur lorsqu’on envisage uniquement le territoire terrestre du récif et sa consistance. Grand comme "un mouchoir de poche", ce territoire a en effet une assise franchement dérisoire : à peine un kilomètre carré. En outre, par manque d’eau douce et en raison des vents alizés du sud-est qui soufflent pendant une grande partie de l’année dans la région de l’Océan Indien occidental, le récif est impropre à l’agriculture et à l’élevage. Enfin, le sous-sol de Tromelin ne renferme aucune richesse particulière : jusqu’à preuve du contraire, il ne contient ni ressources énergétiques fossiles (charbon, gaz naturel, hydrocarbures) ni minerais.

En vérité, cette plate-forme madréporique au climat tropical maritime n’a guère intéressé, pendant très longtemps, que les spécialistes et amoureux d’une faune et d’une flore terrestres et marines sans doute très limitées sur le plan quantitatif en raison de son exiguïté mais certainement originales (2).

Recouvert essentiellement de pourpiers, de veloutiers de mer et autres arbustes chétifs et peu denses, atteignant rarement deux mètres de hauteur, ce "confetti de l’Empire" est un sanctuaire pour de petites colonies d’oiseaux de mer installées à demeure : frégates noires, fous à masques noirs (nichant à même le sol) et fous à pieds rouges (perchés sur les veloutiers). Le récif est enfin connu pour être un lieu de ponte privilégié pour les tortues marines à tête ronde de l’espèce chelonia mydas, une des cinq espèces de tortues marines qui croisent dans les eaux de l’Océan Indien occidental, plus couramment appelées tortues franches ou tortues vertes. Des rongeurs (rats et souris), des crabes et des pagures - crustacés décapodes encore appelés bernard-l’ermite - complètent la faune du récif.

La simple présentation physique de Tromelin permet ainsi de comprendre pourquoi il a été aisé pour la France d’assurer une protection efficace de l’environnement terrestre et marin de ce récif en l’érigeant en réserve naturelle intégrale au cours de la décennie "70".

André Oraison

(1) Voir HOARAU (A.), Les îles éparses. Histoire et découverte, Azalées Éditions, La Réunion, 2002, p. 182.
(2) Voir notamment PAULIAN (R.), "Faune et flore d’un « désert »" (Tromelin), Revue de Madagascar, 1954, premier trimestre, pp. 50-54 et HAMEL (I.), "Tromelin. Le grain de sable des amours franco-mauriciennes", Le Quotidien de La Réunion, vendredi 22 mars 1985, p. 39.


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