Réchauffement sur les frontières du Kurdistan d’Irak sur un fond de tension américano-turc - 1 -

5 novembre 2007

Bruits de bottes à la frontière du Kurdistan

Depuis l’invasion de l’Irak par la coalition de l’“axe du bien” présidée par les Etats-Unis, les relations bilatérales entre la Turquie et l’administration du Président Bush n’ont pas cessé de se dégrader.

Des points de convergence

Pourtant, les deux pays sont membres actifs de l’OTAN, et les parachutistes turcs se battent en Afghanistan à côté de leurs homologues américains, dans le but de stabiliser et de sécuriser ce pays dont les attentats se sont multipliés depuis le début de l’année d’une manière significative.

Des votes mal acceptés

Plusieurs raisons sont à la base des divergences qui séparent les deux pays, les plus récentes sont les deux résolutions concernant la division de l’Irak en trois entités et la reconnaissance du génocide des Arméniens, votées par le Sénat et la Chambre des Représentants, ouvrant une brèche saignante qui nécessitera beaucoup de temps et d’efforts pour se refermer.
Et pourtant, les hauts responsables turcs n’ont pas ménagé leurs efforts afin d’empêcher ou de reporter la promulgation de ces décisions, notamment celle qui concerne le génocide arménien.

M. Erdogan, le Premier ministre turc, a sollicité les bons offices de M. Shimon Pérès, le Président d’Israël, afin d’utiliser son influence auprès des associations juives aux Etats-Unis et d’essayer de faire plier les membres juifs de la Chambre des Représentants américains, mais apparemment, ses efforts sont restés vains.

La Commission des Affaires étrangères composée de 50 membres dont 8 sont juifs (7 : pour, 1 : contre) a voté en faveur de la résolution reconnaissant la génocide. Umit Enginsoy, journaliste turc à Washington, voit que : « la Turquie a perdu le vote juif et que les avertissements de son pays n’ont impressionné personne ».
En effet, on peut parler d’un échec tout court de la diplomatie turque qui, dans un passé proche, a réussi à avorter cette résolution deux fois, en 2000 et en 2005, à l’aide du Président démocrate B. Clinton et de l’actuel républicain G.W. Bush respectivement. Le spectre des élections l’année prochaine y est également pour quelque chose.

La fin des bonnes relations ?

Après des années d’harmonie et de loyauté envers la politique américaine au Proche-orient (70% des cargos de l’air transportant l’approvisionnement de l’armée américaine passent par les territoires turcs vers l’Irak), les responsables turcs civils ou militaires se sentent trahis et amers.
Pour le moment, la seule réaction turque s’est traduite par la convocation de M. Nabi Sensoy, l’Ambassadeur d’Ankara à Washington, pour 10 jours de consultation, l’annulation de deux visites officielles de M. K.Tozman, Ministre d’Etat du Commerce extérieur, et l’Amiral Mitin Atage, Chef de l’armée de Mer, prévues bientôt vers les Etats-Unis, et, peut-être, selon M. Egeman Bagis, le conseiller du Premier ministre de couper le soutien logistique à l’armée américaine en Iraq et en Afghanistan.

Mme Condoleezza Rice, inquiète de cette détérioration supplémentaire des relations entre les deux pays, a dépêché ses deux principaux adjoints vers Ankara afin de calmer les esprits et d’exprimer le désaccord de l’Administration du Président Bush avec cette résolution.
D’ailleurs, par précaution, les stratèges du Pentagone concentrent leurs efforts à mettre au point des nouveaux moyens d’acheminement des matériels dans le cas où les avions de transport seraient interdits dans l’espace aérien ou empêchés d’atterrir dans la grande base américaine d’Incirlik construite dans le Sud du pays.
En outre, ni les décideurs de l’Administration américaine n’arrivent à accepter la décision du Parlement d’Ankara prise le 1er mars 2003 interdisant l’accès à leur armée aux territoires turcs pour aller vite vers le Nord de l’Irak, ni leurs homologues turcs, notamment l’Establishment militaire (proaméricain de principe), n’arrivent à oublier l’humiliation dont ont fait l’objet plusieurs officiers turcs le 4 juillet 2003 dans le Nord de l’Iraq où ils ont été arrêtés par les forces états-uniennes.

Revoilà le problème kurde

Cependant, la raison profonde sûrement la plus importante qui fait monter la tension entre les deux pays, c’est sans doute l’instauration d’un gouvernement provincial kurde (KRG), puissant dans le Nord de l’Iraq, qui bénéficie d’une autonomie quasi-totale, soutenu par les Etats-Unis. La large autonomie accordée à ce département, en fait, inquiète à la fois les gouvernements de Bagdad et d’Ankara.
Cette question demeure comme un vrai moteur de discorde entre les deux pays, et elle est loin d’être soluble à court terme. Pour les Etats-Unis, cette Province qui jouit d’une marque de stabilité politique et sécuritaire est un modèle de succès à suivre.

Quant à la Turquie, c’est tout à fait autre chose, elle craint que ce mode de succès et de développement économique, compte tenu de sa richesse pétrolière, conduise cette province tôt ou tard vers une indépendance totale et que celle-ci suscite l’envie des citoyens kurdes de la Turquie d’en faire autant.

(à suivre)

Fayez Nahabieh


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