Réhabilitation du rôle de l’Etat ?

21 octobre 2008

On entend cette affirmation depuis quelques mois dans la bouche de ceux qui n’ont jamais juré que par le tout marché. Et on entend parmi ceux qui ont toujours défendu le rôle fort de l’Etat en économie dire qu’enfin leur position est reconnue, qu’on s’aligne sur leur avis.

Ce qu’il faut rappeler est que le recours à l’Etat, plus exactement à ses ressources financières a toujours été la position des tenants du tout marché pour se sortir des mauvaises passes. Cela n’a jamais été de leur part un changement de doctrine fondamentale, mais le comportement de ceux qui considèrent que le pouvoir leur appartient et utilisent un levier à leur portée pour résoudre des difficultés momentanées, à charge d’inverser les choses par la suite. Lorsque le moment difficile est passé ou, plus simplement, lorsque les pertes ont été épongées par "l’Etat" c’est-à-dire reportées sur la communauté dans son ensemble.
Ainsi, on les entend par exemple - tendez l’oreille ! - affirmer qu’il faut tailler sur les interventions dites sociales de l’Etat pour assainir les comptes. Comptes qui ont été préalablement plombées par l’actions spéculative et économiquement inadéquate de quelques acteurs, tous dans leurs rangs. C’est un leurre de croire que l’argumentaire de ceux qui aujourd’hui font semblant de changer d’habit uniquement pour transférer sur d’autres épaules leurs problèmes est à prendre au sérieux ou viendrait appuyer une reconversion favorable aux défenseur d’un rôle fort de l’Etat dans l’économie.
La réhabilitation de l’Etat ne peut en aucune manière se fonder sur cette espèce d’emploi saisonnier de pompier pour maisons de luxe en cours de délabrement à la demande des ses habitants.
L’économie dite « administrée » plus exactement l’économie du « tout administré » s’est déconsidérée au XXe siècle. Elle n’était pas seulement inefficace, mais liberticide du fait entre autres de la concentration démesurée de pouvoir économique entre les mains d’une filière unique qui accumulait également le pouvoir politique et le pouvoir militaire. Et qui finalement s’exonérait des règles de fonctionnement économique qu’auraient dû imposer ses choix politiques.
L’économie du « tout marché » c’est la jungle ou progressivement les forts mangent les moins forts jusqu’à ce que l’indigestion les tue eux aussi. Elle assèche l’idée de société pour devenir l’aire de jeu de quelques uns où celui qui gagne garde toute la mise et celui qui perd presse les faibles pour en tirer de quoi se refaire et recommencer à jouer. L’Etat auquel ils font alors appel est le presse-citron en question.
Il faut par ailleurs rappeler qu’il n’y a pas des "lois" économiques au sens ou il y a des lois physiques. En économie il y a des règles de fonctionnement qui elles correspondent à des choix préalables, politiques au sens le plus profond de ce qualificatif, comme par exemple : 
quel équilibre entre les intérêts des acteurs ? 
Quel type et quel niveau d’engagement de la communauté envers la totalité de ses membres et principalement envers les plus faibles ?
 Quel équilibre entre la marche quotidienne de la communauté et ses besoins à moyen et long terme ?
 Etc...
En situation de crise il faut, plus que jamais, tenir compte de ce questionnement : 
 faut-il sauver la mise à ceux qui ont conduit au désastre ou s’occuper de leurs victimes et prendre des dispositions pour que cela ne se reproduise plus ? 
Les actions à entreprendre doivent-elles servir à "sauver" un choix politique précédent ou, au contraire, mettre en place un choix nouveau ?

Jorge Castro, Betablog


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