Monde

Rova d’Antananarivo et Notre-Dame de Paris : destins croisés

Quelques jours après le lancement des travaux de réhabilitation du Palais de la Reine détruit par un incendie, le monument le plus visité de France ravagé par les flammes

Manuel Marchal / 16 avril 2019

À cause de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Emmanuel Macron a reporté la présentation des mesures qui devaient être annoncées en réponse au mouvement des gilets jaunes. Les dégâts infligés à cet édifice ont suscité une grande émotion en France et dans le monde. En 1995, les Malgaches avaient été victimes d’une catastrophe d’une ampleur comparable avec l’incendie qui détruisit l’intérieur du Rova, Palais de la Reine, symbole de l’indépendance malgache et de l’unité nationale. Jeudi dernier, les travaux de réhabilitation du Rova ont été officiellement lancés. L’objectif est de redonner d’ici l’année prochaine au Palais de la Reine sa splendeur.

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Hier en fin d’après-midi, un incendie s’est déclaré dans les combles de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le feu a pris dans la charpente vieille de 800 ans. Au bout de deux heures, une grande partie du toit et la flèche se sont écroulés. Les dégâts sont considérables. Selon un responsable de la Fondation de l’Oeuvre de Notre-Dame de Strasbourg, il faudra des décennies pour tout reconstruire. Cet incendie a été vu en direct par des millions de personnes dans le monde.
L’émotion était grande. Dans les regards de Parisiens ou de touristes, des larmes coulaient. Le président de la République a décidé de reporter la diffusion de l’allocution qu’il venait d’enregistrer. Elle avait pour thème les mesures prises suite à la crise des gilets jaunes et ne comportait donc aucune référence à l’incendie de ce qui est considéré comme un patrimoine national.

L’Occident fait front avec la France

Dans le monde, de nombreuses réactions ont souligné que la renommée de cet édifice dépasse les frontières de la France. C’est en effet un des monuments les plus visités au monde, une étape obligée pour les millions de touristes qui foulent le sol de Paris chaque année.
Manifestement, l’édifice sera reconstruit au plus vite, le chef de l’État en a fait une exigence, soutenu par une certaine union nationale sur ce sujet en France. Ces déclarations ne peuvent faire oublier la réduction constante des budgets alloués à la préservation des monuments historiques en France. C’est ainsi que les joueurs du Loto ont été mis à contribution pour financer la conservation de patrimoines. Sans cette austérité, cet incendie aurait-il eu lieu ?

L’incendie d’un symbole d’unité nationale malgache

Le drame vécu par des Occidentaux a été subi voici près de 25 ans par les Malgaches. Le 6 novembre 1995, un incendie a détruit le Rova, Palais de la Reine, à Antananarivo. Tout l’intérieur du bâtiment et le mobilier sont partis en fumée. Ce fut une perte considérable avec des destructions irréversibles, une catastrophe nationale dans un pays dont sont originaires bon nombres d’ancêtres des Réunionnais.

A Madagascar, le Rova est un symbole de l’unité nationale au sommet duquel flotte le drapeau malgache. C’est en effet là que vivaient les derniers souverains de Madagascar, c’était le siège du pouvoir d’une Grande Île unifiée à la veille de l’invasion française. Quand l’armée coloniale est arrivée aux portes d’Antananarivo, elle prit pour cible le Rova. Un coup de canon fut tiré et l’obus détruisit un édifice situé à quelques dizaines de mètres du Palais. Face au déséquilibre des forces, le drapeau blanc fut hissé. Ce fut le point de départ du pillage de Madagascar par la France, durant les 60 ans d’annexion de la Grande île par l’ancienne métropole coloniale.

Au moment de cet incendie, sans doute aurait-il été moral que la France débloque des millions d’euros d’aujourd’hui pour reconstruire au plus vite. En effet, si Madagascar se trouve dans une situation difficile actuellement, cela est dû notamment à la colonisation française et à ses conséquences. Cela n’a pas été le cas, et les Malgaches ont dû se débrouiller. Quelques travaux de consolidation ont eu lieu afin de sauver l’édifice. Mais beaucoup restaient à faire.

Le Rova relevé de ses cendres

Jeudi a eu lieu un grand événement : le lancement solennel des travaux de reconstruction du Rova par le président de la République Andry Rajoelina. Il s’agit de donner les moyens aux Malgaches de mieux connaître leur histoire, et de renforcer la souveraineté nationale. La fin des travaux est programmée pour l’année prochaine, date du 60e anniversaire de l’indépendance malgache. Cela promet une émouvante célébration, car les Malgaches auront réussi à relever le Rova de ses cendres.

Certains esprits chagrins dénoncent le fait que les fonds consacrés au Palais de la Reine ne sont pas affectés à d’autres fins. Mais pourquoi ne regardent-ils pas vers la France ? Car toute proportion gardée, l’argent public utilisé pour réhabiliter Notre-Dame de Paris ne sera pas destiné à la lutte contre la pauvreté. Et qu’attendent ces personnes pour demander à la France de rembourser à Madagascar sa dette due au titre du pillage colonial ?

Le Rova d’Antananarivo et Notre-Dame de Paris voient se croiser leur destin. Au moment où un des symboles de l’ancienne puissance coloniale occupant Madagascar partait en fumée, débutaient les travaux pour relever le Rova de ses cendres, un symbole de l’unité nationale malgache retrouvera sa splendeur dès l’année prochaine.

M.M.