Un parti néo-nazi largement en tête des sondages d’une élection régionale en Allemagne

Saxe-Anhalt : l’extrême droite risque de revenir au pouvoir dont elle fut chassée par les Soviétiques

7 septembre, par Manuel Marchal

Dans un pays ravagé par le nazisme, la possible victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt résonne comme un terrible avertissement. Voir l’extrême droite redevenir la première force politique d’une région allemande montre que, malgré des décennies de dénazification, le poison raciste n’a pas disparu. Il a changé de vocabulaire, de dirigeants et de stratégie, mais une partie des thèmes fondamentaux demeure : nationalisme, rejet de l’étranger, désignation de boucs émissaires

Cette réalité vaut aussi pour la France. Là encore, l’extrême droite est aujourd’hui en tête des sondages pour la prochaine présidentielle. Et là encore, il faut rappeler l’histoire : les forces politiques qui ont collaboré avec l’Allemagne nazie ne sont pas apparues de nulle part, elles se sont réjouie de la défaite militaire de 1940 pour prendre le pouvoir et détruire la République. Elles ont participé à la persécution des Juifs, à leur exclusion de la société et à leur spoliation. Des familles ont été contraintes à la clandestinité tandis que des profiteurs, des trafiquants et des petits délinquants volaient leurs biens. Une partie de cette pègre a d’ailleurs constitué un relais concret de la politique de persécution. Elle a servi sous l’uniforme allemand contre l’URSS et a participé à des exécutions de résistants soviétiques avant d’appliquer ces méthodes en France au sein de la Milice contre les résistants au nazisme. Plusieurs de ces criminels, anciens SS français, ont fondé avec Le Pen, tortionnaire de résistants anti-colonialistes algériens, un parti d’extrême droite aujourd’hui en tête des sondages pour la prochaine présidentielle.
Il existe donc une filiation politique entre cette extrême droite historique et celle qui prétend aujourd’hui accéder démocratiquement au pouvoir. Prétendre qu’elle serait devenue soudainement étrangère à son propre passé revient à effacer l’histoire.

Mais le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Pourquoi des millions de personnes confrontées aux difficultés de la vie peuvent-elles être convaincues que l’extrême droite réglera leurs problèmes ? La frustration, le sentiment de déclassement, la jalousie envers ceux que l’on croit mieux lotis constituent un puissant carburant électoral.

L’extrême droite transforme alors cette souffrance en ressentiment. Au lieu de s’attaquer aux inégalités, aux salaires insuffisants, au coût de la vie ou à la concentration des richesses, elle désigne des responsables : immigrés, étrangers, minorités, pauvres ou institutions européennes.
C’est précisément là que se trouve le danger. La colère sociale est réelle, mais l’extrême droite lui propose de mauvaises cibles et de fausses faciles solutions.
De l’Allemagne à la France, le retour électoral de cette famille politique rappelle ainsi une leçon de l’Histoire : lorsqu’une société laisse s’accumuler les injustices et les frustrations, le nationalisme peut revenir occuper l’espace abandonné par la démocratie sociale.
Le résultat de Saxe-Anhalt ne concerne donc pas seulement l’Allemagne. Il concerne toute l’Europe.

M.M.

A la Une de l’actu

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus