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Le monde a changé et les institutions internationales doivent changer avec lui
14 septembre, par

Adoptée à l’issue du XVIIIe sommet des BRICS, réuni les 12 et 13 septembre à New Delhi, la déclaration des chefs d’État porte une contestation de plus en plus affirmée de l’ordre international hérité de la Seconde Guerre mondiale. Réforme de l’ONU, remise en cause de la domination des institutions de Bretton Woods, coopération en monnaies nationales, dénonciation des sanctions unilatérales : les BRICS entendent donner au Sud global les moyens de peser plus sur les décisions qui engagent l’avenir de la planète.
Vingt ans après la création des BRICS, la Déclaration de New Delhi marque une nouvelle étape. Derrière les nombreux domaines de coopération technique, le message politique est clair : le monde a changé et les institutions internationales doivent changer avec lui.
Les chefs d’État revendiquent la construction d’un monde multipolaire et d’un système multilatéral « plus juste, équitable » et représentatif des réalités contemporaines. La déclaration rappelle à plusieurs reprises la nécessité de renforcer la place des économies émergentes et en développement dans la gouvernance mondiale.
Le choix de New Delhi est aussi l’occasion de renouer avec une histoire politique née du combat contre le colonialisme. La déclaration fait explicitement référence à la conférence de Bandung de 1955 et à son affirmation de l’égalité entre les nations, de l’indépendance, de la non-intervention et du bénéfice mutuel.
Les BRICS présentent cet héritage comme une référence pour construire un multilatéralisme débarrassé des rapports de domination. Ils soutiennent également les aspirations africaines à une meilleure représentation au Conseil de sécurité de l’ONU. La Chine et la Russie réaffirment leur soutien à une présence renforcée du Brésil et de l’Inde dans cette instance.
Cette orientation s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer la voix du Sud global. Les BRICS considèrent que le poids économique croissant des pays émergents doit désormais se traduire par un pouvoir de décision correspondant dans les institutions internationales.
C’est l’un des passages les plus significatifs de la déclaration. Les BRICS réclament une réforme des institutions de Bretton Woods afin que leur gouvernance reflète la transformation de l’économie mondiale depuis leur création.
FMI et Banque mondiale sont directement concernés. Les pays émergents et en développement réclament une représentation correspondant à leur poids économique ainsi qu’une procédure de désignation de leurs dirigeants plus transparente et plus ouverte à la diversité régionale.
La contestation porte également sur les règles du commerce mondial. Les BRICS dénoncent la multiplication des droits de douane, des mesures non tarifaires et des politiques protectionnistes. Ils condamnent aussi les sanctions économiques et les sanctions secondaires imposées unilatéralement, estimant qu’elles frappent particulièrement les populations les plus vulnérables et portent atteinte au droit au développement, à la santé et à la sécurité alimentaire.
La déclaration du sommet des BRICS confirme une orientation stratégique : réduire les obstacles aux échanges entre les pays membres et développer l’utilisation de leurs monnaies nationales.
Les travaux engagés portent sur l’interopérabilité des systèmes de paiement et sur la possibilité de régler davantage de transactions commerciales et d’investissements en monnaies nationales. L’objectif affiché est de disposer de paiements transfrontaliers moins coûteux, plus rapides, accessibles et sûrs.
La Nouvelle Banque de développement doit devenir l’un des instruments de cette autonomie. Les BRICS souhaitent accroître sa capacité à financer les infrastructures et le développement du Sud global, notamment en monnaies locales, et à mobiliser des ressources en faveur de projets réduisant les inégalités.
La question palestinienne occupe également une place importante dans la déclaration. Les BRICS réaffirment leur soutien aux droits du peuple palestinien et à la création d’un État palestinien indépendant, dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.
Le texte condamne également les politiques conduisant au déplacement forcé des Palestiniens et appelle au respect du droit international.
Cette position s’inscrit dans une conception du monde où les règles internationales doivent s’appliquer à tous les États et non être utilisées à géométrie variable.
Sur le climat, les BRICS reprennent une revendication centrale des pays en développement : la transition écologique ne peut être dissociée de la question des moyens financiers.
La déclaration souligne que le poids élevé de la dette limite fortement les capacités d’investissement des pays en développement dans l’adaptation et la lutte contre le changement climatique. Elle réclame donc une action internationale sur la dette, l’élargissement des marges budgétaires et davantage de financements climatiques.
Les BRICS s’opposent parallèlement aux mesures commerciales unilatérales présentées comme environnementales lorsqu’elles pénalisent les économies en développement, notamment les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières.
La Déclaration de New Delhi ne constitue pas encore un programme de rupture avec le système international existant. Les BRICS continuent de défendre l’ONU, l’OMC, le G20 et les accords multilatéraux. Mais ils veulent profondément modifier les rapports de force au sein de ces institutions. Il ne s’agit pas de sortir du multilatéralisme, mais de mettre fin à un multilatéralisme dans lequel quelques puissances disposent historiquement d’un pouvoir disproportionné.
Avec l’élargissement des BRICS et le renforcement des liens avec les pays émergents et en développement partenaires, cette stratégie prend une dimension nouvelle. La Chine prendra en 2027 la présidence du groupe et accueillera le prochain sommet.
Pour les pays du Sud, l’enjeu dépasse donc la seule coopération entre gouvernements. Il s’agit désormais de savoir si l’essor économique de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine pourra se traduire par une nouvelle répartition du pouvoir mondial. À New Delhi, les BRICS ont clairement affirmé qu’ils entendaient accélérer ce mouvement.
M.M.
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