Manifestations contre la fraude, le chômage et la corruption

Tanzanie : des centaines de morts après une élection contestée

3 novembre 2025

En Tanzanie, la tension est montée à l’occasion des élections présidentielles et législatives du 29 octobre. Des milliers de manifestants occupent les rues, certains ont pris possession de l’aéroport de Dar es Salaam pour empêcher l’élite politique de fuir le pays. La présidente Samia Suluhu Hassan, accusée de dérive autoritaire, briguait un nouveau mandat après avoir écarté ses principaux opposants de l’élection. Officiellement, elle a obtenu 98 % des suffrages exprimés.

Dès le soir du scrutin, les violences se sont multipliées. Des commissariats ont été incendiés, plusieurs villes étaient sous couvre-feu et Internet était mis hors-service. Le parti d’opposition Chadema évoque une répression sanglante : près de 700 morts auraient été recensés depuis mercredi, selon ses délégués envoyés dans les hôpitaux. Les forces de sécurité, déployées massivement, sont accusées de tirer à balles réelles sur des civils.

« Des gens se font abattre dans la rue ou devant leur maison », dénonce Boniface Mwabukusi, président de la Tanganyika Law Society. Il décrit une situation « pire que tout ce que le pays a connu depuis des décennies ». Amnesty International rapporte que les autorités tentent de contrôler la communication autour du nombre de victimes, alors que les hôpitaux restent muets sous la pression du pouvoir.

Ras-le-bol face au chômage, à la corruption et aux disparitions forcées

L’origine de cette colère populaire remonte à l’exclusion de plusieurs figures de l’opposition, notamment du Chadema et de l’ACT-Wazalendo, empêchées de se présenter. Samia Suluhu Hassan, saluée un temps pour son ouverture après le mandat autoritaire de John Magufuli, est désormais accusée de réprimer toute contestation et de museler la société civile.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a exhorté les forces de sécurité à ne pas faire usage d’une « force disproportionnée ». Mais sur le terrain, la situation reste explosive. Pour beaucoup de jeunes Tanzaniens, cette insurrection n’est pas seulement politique : elle exprime un ras-le-bol face au chômage, à la corruption et aux disparitions forcées.

« Le vol du siècle »

Alors que le pouvoir tente de minimiser la crise, les manifestants promettent de maintenir la pression jusqu’à la reconnaissance de ce qu’ils appellent « le vol du siècle ». La Tanzanie vacille aujourd’hui au bord du chaos en raison d’une élection.


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