Le spectre des exactions de la guerre civile qui détruisit la Yougoslavie ressurgit en Europe

Ukraine : l’OTAN et l’extrême droitisation du gouvernement ukrainien responsables de l’escalade

22 février 2022, par Manuel Marchal

La volonté de Washington de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN pour menacer directement les régions les plus peuplées de Russie et la glorification des collaborateurs du nazisme en Ukraine expliquent pourquoi les habitants des Républiques de Donetsk et de Lougansk se sentent sérieusement menacés. Cette menace est d’autant plus grande que la plupart des gouvernements européens ont pris le parti du gouvernement de l’Ukraine qui bombarde une population qu’il ne considère pas comme ukrainienne et qui vit depuis des siècles dans les frontières de l’Etat créé en 1991. Le spectre des exactions de la guerre civile qui détruisit la Yougoslavie ressurgit en Europe à cause de l’OTAN.

Char de l’armée ukrainienne lors de l’offensive de Kiev dans le Donbass en 2014.

Le conflit dans l’Est de l’Ukraine est une conséquence de la destruction de l’URSS. En 1991, les anciennes Républiques socialistes soviétiques se sont autoproclamées États indépendants avant d’être reconnues internationalement. Cela a donc créé des États et des nationalités qui, la plupart du temps, n’avaient jamais existé. C’était notamment le cas de l’Ukraine qui est un des éléments fondateurs de la Russie et qui, avant la création de l’URSS, était pleinement intégrée à l’Empire des tsars. L’Union soviétique était un pays composé de peuples ayant des cultures différentes. Mais après sa destruction, ses peuples sont devenus des nationalités, avec pour conséquence l’existence de minorités linguistiques et culturelles à l’intérieur des nouveaux Etats.
En Ukraine, l’Est et le Sud de l’Etat créé en 1991 est majoritairement peuplé de russophones. Entre 1991 et la première décennie 2000, il n’y avait pas eu de tensions pouvant déboucher sur une guerre sur le territoire de la minorité russophone d’Ukraine. Cela signifie que durant cette période, le gouvernement de Kiev devait considérer que tous les Ukrainiens avaient les mêmes droits.
Mais au début des années 2010, la situation a changé. Les positions se sont radicalisées à un point tel que le vote à l’élection présidentielle se déterminait d’abord par des critères linguistiques. L’Occident présentait d’ailleurs les candidats de la manière suivante : le candidat « pro-européen » contre le candidat « pro-russe ». Les résultats par régions montraient une division du pays entre l’Est industriel, moteur de l’économie du pays et la Crimée d’une part et l’Ouest agricole majoritairement peuplé d’ukrainophones d’autre part, qui fut longtemps une région du Royaume de Pologne-Lituanie.

L’enjeu des richesses du Donbass russophone

Or, comme dans l’ex-Yougoslavie, ce sont les régions « pauvres » qui avaient la supériorité démographique et qui obtinrent la mainmise sur l’État et l’armée. Si dès le début de la guerre civile en Yougoslavie, Washington et l’OTAN prirent parti pour les sécessionnistes slovènes et croates, en Ukraine, ce sont les ukrainophones qui furent l’objet de toutes les attentions des capitalistes occidentaux, attirés par la richesse économique et l’Est et du Sud. La promesse du parapluie militaire américain en échange d’une adhésion à l’OTAN donna des ailes au gouvernement de Kiev. Il s’en est suivi une politique d’ukrainisation forcée, avec la volonté de diminuer les droits de la minorité russophone afin notamment pour enjeu le contrôle des richesses du Donbass. Dans le même temps, pour justifier un rejet de la composante russe de l’Ukraine, Kiev a laissé se développer un culte des collaborateurs ukrainiens du nazisme anti-soviétiques et donc pour l’opinion anti-russes, considérés comme des héros de la Nation, alors que les Ukrainiens étaient majoritairement des patriotes soviétiques convaincus, qui participèrent à la victoire de l’URSS contre le nazisme.

La Crimée protégée de la guerre par la base de Sébastopol

Dans un pays où les traces des exactions des nazis et de leurs collaborateurs sont encore bien présentes dans les mémoires, l’extrême droitisation du gouvernement ukrainien a soulevé la crainte des russophones d’une épuration ethnique, comme celle pratiquée par les protagonistes de la guerre civile en Yougoslavie.
Les russophones ne se sont pas laissés faire. En Crimée, il n’y a pas eu de guerre. La raison est simple. Après la destruction de l’URSS, la base militaire soviétique de Sebastopol est devenue une base de l’armée russe. Sa présence a dissuadé le gouvernement ukrainien d’utiliser l’armée pour soumettre la Crimée. Pour en finir définitivement avec la menace du gouvernement de Kiev, la population a choisi d’intégrer de nouveau la Russie, dont elle avait été séparée par une réforme administrative de la direction de l’URSS en 1954.

La volonté d’adhérer à l’OTAN donne-t-elle tous les droits ?

Mais dans le Donbass, il n’y a pas de base militaire russe, et l’armée ukrainienne est passée à l’offensive depuis 2014, se heurtant à la résistance des russophones.
Malgré tout, une relative stabilité avait pu être trouvée, avec une reconnaissance de fait de l’autonomie administrative des Républiques de Donetsk et Lougansk vis-à-vis du pouvoir central ukrainien. Cette stabilité est rompue depuis la semaine dernière par le gouvernement ukrainien qui masse des troupes à la frontière des Républiques du Dombass et bombarde sa population.
Alors que la logique voudrait que les Européens appellent Kiev à cesser les hostilités, le président ukrainien est reçu en grandes pompes à la conférence sur la sécurité de Munich car il veut accélérer l’adhésion de son pays à l’OTAN.
Les russophones constatent qu’ils ne peuvent compter sur l’Occident pour assurer leur sécurité. Ils se tournent donc vers la Russie.

M.M.

A la Une de l’actuUkraine

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?

Messages

  • « S’il existe des groupes néonazis en Ukraine, leur popularité et leur influence ne sont pas plus importantes que dans d’autres pays européens. Ils n’ont aucune représentation à la Rada et aucun poids au sein du gouvernement ukrainien. Au printemps 2019, les Ukrainiens ont porté M. Volodymyr Zelensky au pouvoir avec plus de 73% des voix, ce qui témoigne de la vigueur du sentiment démocratique dans le pays. Les activités des organisations néonazies en Ukraine ne reflètent donc aucunement une tendance globale du pays. Le conflit dans l’Est de l’Ukraine a effectivement mobilisé certains groupuscules extrémistes violents, mais la plupart ont, depuis, disparu. Les actes antisémites y sont moins fréquents que dans d’autres pays européens. Néanmoins, la France continue d’exercer la plus grande vigilance sur ce sujet. C’est pourquoi notre ambassade à Kiev s’associe aux actions mémorielles importantes. Ainsi, une attention toute particulière sera portée aux commémorations des 80 ans du massacre de Babyn Yar, en septembre prochain. »M.le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères au Sénat le 22/07/2021.
    Le poids des néonazis dans le gouvernement de M.Zelensky est loin d’être négligeable (ministères clés).Quant au rôle des milices et autres bataillons ouvertement néonazis il est déterminant :ce sont des unités d’élite de l’armée régulière ukrainienne.C’est pourquoi tout (ou presque)est FAUX dans les affirmations de ce ministre.Soit ce ministre et son gouvernement sont totalement incompétents soit il est un complice parfaitement conscient de ses propos mensongers et il ferme les yeux sur une abjection (au cœur de l’Europe),le néonazisme ukrainien,à l’origine d’un conflit dont la gravité n’aura échappé à personne.


Témoignages - 82e année


+ Lus