Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Christiane Taubira à Stella Matutina
17 mai 2005

Samedi matin, Christiane Taubira était l’invitée d’Alain Armand, vice-président du Conseil régional, à l’auditorium du Musée Stella Matutina La sociologue a abordé l’histoire de l’esclavage puis a invité les Réunionnais à lire attentivement ce projet de Traité constitutionnel. Elle a notamment appelé les intellectuels, les artistes et les acteurs culturels à se mobiliser pour défendre la dignité et la responsabilité des peuples d’Outre-mer dans le vote du 29 mai.
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À l’occasion de sa visite, Christiane Taubira a notamment mesuré l’importance de la filière canne à La Réunion. "On ne peut pas sous-estimer cette industrie. Ce patrimoine est un fil qu’il faut transmettre", dit-elle.
En lien avec le projet de Traité constitutionnel, elle note que le mot "veiller" a été choisi à la place de "s’engager" pour "sauvegarder la diversité identitaire". Avant de se poser la question, sur le plan européen, de la place de la diversité culturelle, "la France doit accepter sa diversité culturelle", souligne-t-elle.
Les générations ne doivent plus porter ce fardeau
Ensuite, le public a sollicité la députée. Nathalie Dompy admire "le combat" de Christiane Taubira et encourage les femmes réunionnaises "à lever la tête pour affronter cette Europe". Cette agricultrice de Saint-Leu s’inquiète de la puissance des lobbies : "on est des petits planteurs de canne et on ne pourra pas faire face à la puissance européenne".
Un autre participant a pris la parole et a demandé à la députée de soutenir le projet pour que le 20 décembre soit un jour férié. Elle lui a répondu : "il ne faut pas en effet que ce jour se banalise et devienne une fête commerciale, que la population oublie".
L’histoire de la canne est étroitement liée à l’esclavage. À ce sujet, la sociologue milite "pour des politiques publiques de réparation". Elle veut que les descendants des esclaves "cessent de porter ce fardeau de génération en génération". L’histoire de l’esclavage en Guyane ressemble à celle de La Réunion. Lorsque l’esclave décidait de retrouver sa liberté, les maîtres lançaient des molosses à sa poursuite. En Guyane, des esclaves arrivaient à se fondre dans la forêt tropicale, mais à La Réunion, la mer était un obstacle infranchissable.
Ce texte n’est pas négociable
Engagée tout autant dans ce combat pour le respect des opprimés d’hier que dans celui contre le projet de Traité constitutionnel, elle invite les personnes à le lire ou à se le faire lire pour que chacun prenne en main son destin. Elle s’étonne car "ce texte n’est pas négociable" et se demande "si ce qui est bon aujourd’hui, le sera encore demain. Les auteurs de ce texte n’ont pas envisagé qu’un pays pourrait dire “non”", dénonce-t-elle.
Alain Armand enfonce le clou : "nou dwa toujours dire “oui” au grand maître blanc". Pour Christiane Taubira, il est clair que le 29 mai, les Réunionnais décideront de leur avenir et de la place de leur île dans l’Europe.
Jean-Fabrice Nativel
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