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Droits humains
Journée internationale de refus de la misère
17 octobre 2003

En cette période de vacances scolaires, la ’bibliothèque de rue’ d’ATD Quart-Monde prend un relief particulier : elle permet à des enfants qui ne partent pas en vacances d’avoir une activité d’éveil, dans des quartiers où les familles restent encore trop souvent à l’écart des bibliothèques centrales et autres activités culturelles. C’est le cas à l’Épuisement (au Port), où plusieurs jeunes seront présents le 17 octobre à Champ Fleuri, pour dire avec les autres : « larg pa lo konba pou war klèr domin ».
Au Port, des permanents du mouvement ATD Quart-Monde animent tous les mercredis une bibliothèque de rue qui permet à des enfants de milieux très défavorisés d’avoir un contact avec la lecture, hors milieu scolaire. Cette rencontre est aussi une occasion d’être avec d’autres enfants et des adultes bénévoles qui ont la confiance des familles.
À deux jours du rassemblement du 17 octobre, les permanents du Mouvement, venus pour la bibliothèque de rue, ont fait d’une pierre deux coups : ils ont réuni les enfants comme d’habitude et rencontré des jeunes, dont Anne-Laure, qui fait partie depuis peu d’un "groupe jeunesse Quart-Monde".
Sylviane Richard, Pascal Gouriou, Anne Thérezo et sœur Célestine installent la bibliothèque toujours plus ou moins au même endroit, sous un arbre en face du lavoir de l’Épuisement. Pendant que deux d’entre eux sortent le matériel, les deux autres partent chercher les enfants. « On pourrait leur donner rendez-vous sous l’arbre, mais c’est mieux de passer… Comme ça, les familles sont sûres qu’ils sont avec nous, sinon ils pourraient traîner dans les rues », dit Sylviane. En un quart d’heure, une dizaine d’enfants -sept filles, quatre garçons- convergent vers le point de rendez-vous. Il faisait chaud ce jour là et beaucoup de petits habitués avaient préféré se rendre dans la darse toute proche pour piquer une tête dans l’eau ! Les enfants sont invités à s’asseoir sur une pièce de tissu posée à même le sol et chacun prend un livre. Plus tard, s’ils le souhaitent, viendra la mise en commun des histoires…
Lieu de prise de conscience
Tout près, sous le lavoir, une quinzaine d’adolescents sont engagés dans une partie de quine. Parmi eux, Anne-Laure quitte le groupe un moment pour venir parler avec Sylviane et Anne, une permanente et une volontaire qui vient "donner un coup de main" de temps en temps, pour préparer les journées familiales organisées deux ou trois fois chaque année.
Anne-Laure est au lycée professionnel du Port, en section bijouterie. Avec une autre jeune fille, Audrey, elle a rejoint le groupe jeunesse du Mouvement, qui prépare le financement d’un voyage en Europe. « Sé pou war in ti pé sété koi (le mouvement - NDLR), pou shanz in ti kou, konèt in pé lé zot… », dit-elle. Elle parle du manque d’activité des jeunes du quartier, très peu nombreux -précise-t-elle encore- à fréquenter la "Maison de Quartier" de Pass’Port, où la seule activité connue est un groupe de percussions. L’absence de l’OMS n’aide pas à structurer les activités sportives. « C’est vrai que, s’il y avait un local ici où les jeunes puissent se retrouver, ce serait super… », indique la permanente d’ATD.
Devant les deux femmes du Mouvement, la lycéenne évoque les discussions qui ont cours dans le quartier, au sujet des transformations apportées par la RHI. « Les gens parlent encore beaucoup en négatif de ce qui change autour d’eux », relève Sylviane Richard. « Ils sont fatigués des lenteurs administratives aussi, à cause de l’approche de la saison cyclonique », ajoute-t-elle.
Le groupe jeunesse, qui sera présent à Champ Fleuri ce 17 octobre, est un lieu de prise de conscience pour les adolescents et de structuration de leurs activités. « Les jeunes des quartiers les plus pauvres réalisent qu’ils n’ont pas les mêmes chances que les autres ; ils analysent le pourquoi de leur situation… En général, ils comprennent. Après ils entreprennent des démarches pour raccrocher avec une formation », déclare Sylviane Richard. « En fin de compte, les jeunes agissent beaucoup. C’est une façon d’agir que de témoigner… », ajoute Anne Thérézo.
« Une chance pour la société »
Après les témoignages et la prise de conscience, vient la recherche d’un positionnement. « Entre 19 et 25 ans, c’est vraiment galère pour eux… Et ils disent quelquefois, parce que c’est ce qu’on dit d’eux, qu’ils sont "un danger pour la société". Il faudrait qu’il y ait plus de gens pour leur dire qu’on a besoin d’eux et qu’ils sont une chance pour la société », confie Sylviane Richard.
Ce sont ces jeunes que le mouvement réunit aujourd’hui autour de la dalle des droits humains. Ils s’exprimeront dans le livre d’Or, donneront des témoignages, lanceront un appel à tous les citoyens, « pour leur demander de s’engager dans la lutte contre la misère, contre la violence et l’exclusion… » Cette journée sera l’occasion de demander au plus grand nombre « de multiplier les petits gestes citoyens ».
Parmi les symboles -ils ne manquent jamais- ATD Quart-Monde a travaillé avec le musicien Thierry Gauliris, qui a composé la musique de la chanson "Ti galé", tandis qu’une balance (symbolisant la justice sociale) verra ses deux plateaux s’éloigner l’un de l’autre dans la répartition des galets "positifs" et "négatifs". À nous de faire pencher la balance du bon côté : c’est le sens de l’appel lancé par le Mouvement.
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