Événement

Un Chinois dans l’espace : départ imminent

La Chine s’apprête à devenir une grande puissance spatiale

15 octobre 2003

Sauf retard ou accident, un Chinois voyagera dans l’espace entre aujourd’hui et après-demain, faisant de la Chine le troisième pays à réaliser cet exploit scientifique, technique et humain. C’était hier que devait être désigné le premier taikonaute qui montera à bord de Shenzhou V.

Un unique taikonaute -nom des spationautes chinois- devrait prendre place à bord de Shenzhou V (Vaisseau divin) lancé par une fusée Longue Marche 2F depuis un pas de tir de Mongolie Intérieure, en plein désert de Gobi, à plus de mille kilomètres à l’Ouest de Pékin.
La Chine a annoncé que ce vol historique, quarante-deux ans après ceux effectués par l’Union soviétique et les États-Unis, aurait lieu entre le 15 et le 17. L’événement ne sera finalement pas télévisé en direct, a indiqué mardi la télévision nationale. « Les responsables du lancement n’ont pas voulu », a précisé un membre de la direction de la chaîne anglaise de la CCTV (China central television). « C’est la même chose pour toutes les chaînes de CCTV », a précisé ce responsable sous couvert d’anonymat, ajoutant pourtant que « tout avait été préparé pour le direct ».
« Nous diffuserons des images dès que nous pourrons », a encore déclaré ce responsable. Citant un quotidien régional de la province du Gansu (nord-ouest) dont dépend le Centre spatial chargé du lancement, le site internet du "Quotidien du peuple" a également affirmé mardi que la télévision ne retransmettrait pas en direct « afin d’assurer le succès du vol ».
Selon le "Wen wei po", journal de Hong Kong, le président chinois Hu Jintao devait se rendre dès hier au Centre spatial de Jiuquan, placé sous haute sécurité, afin de rencontrer les responsables du vol et les spationautes entraînés pour cette mission.
D’autres hauts responsables chinois pourraient assister au lancement, dont l’ancien président et actuel chef de l’armée, Jiang Zemin, promoteur acharné du programme.

Perspectives

Shenzhou V devrait effectuer 14 fois le tour du monde, à une altitude de 343 kilomètres, durant environ 21 heures, avant d’atterrir dans une des vastes plaines en Mongolie Intérieure. Avec ce vol, la Chine compte bien poser la première brique d’une station orbitale et accroître ses moyens militaires, estiment les experts. Dans un commentaire publié lundi, le "Quotidien du peuple", journal du Parti communiste chinois, a d’ailleurs rappelé que les « implications militaires » du programme spatial Shenzhou, développé depuis 1992 sous contrôle de l’armée, ne pouvaient « être ignorées ». Le journal a encore évoqué « les missions de reconnaissance et de surveillance » et les « satellites militaires qui pourront suivre les activités des forces militaires sur terre ».
L’ambition avouée de la Chine est également d’explorer la Lune et, plus globalement, de devenir une grande puissance dans tous les domaines, y compris spatial.

Visible depuis la Terre

« Un programme de vols habités favorise le développement de la technologie (...) c’est aussi une preuve de la puissance d’un État qui renforce le prestige national », a indiqué le "Quotidien du peuple". En cas d’échec, le programme Shenzhou ne sera pas remis en cause, soulignent les experts.
Les dernières prévisions météorologiques font état de beau temps sec et ensoleillé sur la région de Jiuquan aujourd’hui, avec des températures comprises entre -5 et +12 dégrés celsius. Des conditions idéales pour le lancement et pour l’observation du vol. D’ailleurs, il sera possible au public d’assister au premier départ d’un vaisseau habité chinois vers l’espace.
« Shenzhou V sera visible depuis l’Europe et les États-Unis par ciel clair », a précisé James Oberg, un ancien responsable de la NASA à Houston, prévoyant une bonne observation du vaisseau lors de la dernière orbite, avant le retour sur terre, lorsqu’il volera au-dessus de la péninsule coréenne et du Nord-Est de la Chine.

Le port spatial chinois de Jiuquan
Le centre de lancement de satellites de Jiuquan de Chine, situé sur le cour inférieure de la rivière Heihe, est fondé le 20 octobre 1958. Il est aussi l’unique centre de lancement de vaisseau spatial habité du pays et une des grandes bases de lancement de satellites dans le monde. Jusqu’à présent, il a déjà lancé avec succès 33 satellites, 4 vaisseaux spatiaux, en plus de 1.000 lancements expérimental des divers types de fusées.

Ce centre a lancé avec succès en septembre 1960 le premier missile à courte portée de fabrication soviétique à combustible chinois, en novembre 1960, le premier missile de fabrication chinoise. Il a procédé pour la première fois en octobre 1966 à l’expérimentation de la bombe atomique et de la bombe à hydrogène. Il a lancé en avril 1970 le premier satellite artificiel Dongfanghong, en novembre 1975, le premier satellite de reconnaissance de photographie récupérable, en mai 1980, la première fusée porteuse à longue portée, en septembre 1981, trois satellites à l’aide d’une fusée. Ce centre a lancé pour la première fois en août 1987 un satellite étranger et le premier vaisseau inhabité Shenzhou le 20 novembre 1999. Jusqu’en décembre 2002, 4 vaisseaux inhabités y ont été lancés.


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