Monde

Un « crime contre l’humanité » au 21ème siècle

Roger Orlu / 12 octobre 2007

Le numéro d’octobre 2007 de “Philosophie magazine” consacre sa couverture et un dossier à « la bombe écologique » et à la nécessité de « changer le rapport de l’Homme à la nature ».
« Les abeilles disparaissent, le désert avance dans les zones subtropicales, les sols s’érodent, l’eau potable se raréfie. Les phénomènes météorologiques inhabituels ou violents se multiplient. La croissance économique, celle du nombre d’habitants que porte la planète font peser de graves menaces sur les équilibres environnementaux », écrit la revue, qui ajoute : « Non seulement une catastrophe écologique se dessine à l’horizon, mais celle-ci risque d’être accompagnée de tensions géopolitiques de plus en plus violentes pour l’appropriation des ressources naturelles, notamment le pétrole ».
Pour le rédacteur en chef Alexandre Lacroix, « nous savons aujourd’hui que, pour sauver la planète, une réforme en profondeur de la politique, de l’économie et des comportements individuels est indispensable, et pas une simple protestation de bonnes intentions ».

Le capitalisme fait « des humains des marchandises »

Le philosophe Jacques Bidet, qui a coprésidé le 5ème Congrès Marx International au début du mois à Paris (voir “Témoignages” de vendredi dernier), se veut plus concret et met directement en cause le capitalisme : « Depuis 5 siècles, ce système a organisé la destruction des civilisations hors de l’Europe : esclavage, famine, colonisation, exterminations. Et cela continue, en passant par tout un réseau de régimes satellites, et à travers des immensités privatisées et militarisées. Le monde est en train de devenir un marché. Et faire du monde un marché suppose que l’on fasse des humains des marchandises ».
Pour Jacques Bidet, interrogé dans “l’Humanité” du 2 octobre, « ces marchandises sont disputées selon la loi du plus fort, entre des puissances financières qui sont aussi les puissances politiques et militaires ». Ces puissances « sont en train d’instaurer une sorte d’État-monde, dont la loi serait l’appropriation privée de toutes choses et la logique de profit ».

Un enfant meurt de faim toutes les 5 secondes

Dans l’émission “Complément d’enquête” diffusée le mardi 9 octobre à La Réunion sur Tempo, Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, a rappelé que ce système fait que « 854 millions de personnes dans le monde, soit 1 être humain sur 6, souffrent gravement et en permanence de la faim », et qu’« un enfant de moins de 10 ans meurt de faim toutes les 5 secondes ».
« Ce massacre quotidien de la faim », provoqué par « la maximalisation des profits de quelques dizaines de sociétés multinationales qui dirigent les circuits alimentaires mondiaux », est « un véritable crime contre l’humanité », a déclaré le sociologue suisse. Si l’on veut en finir avec cette horreur de chaque jour, « la politique agricole mondiale doit être décidée par les peuples et non plus par les multinationales », a-t-il ajouté.
N’est-ce pas le défi numéro un du 21ème siècle ?

Roger Orlu

* Envoyez vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble...!
temoignages@wanadoo.fr