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11ème Conférence des Régions ultrapériphériques
3 septembre 2005

Les participants à la 11ème Conférence des présidents des Régions ultrapériphériques ont commencé leurs travaux internes hier après-midi : premiers échanges de vue, qui se poursuivent ce matin, sur la situation des RUP, le bilan de 10 ans de solidarité et les perspectives de partenariat consolidé avec une Union européenne en restructuration. La commissaire à la Politique régionale, Danuta Hübner, arrive ce matin.
"L’ultrapériphérie, ça se mérite", a commenté en substance Paul Vergès, président de la Conférence en exercice, devant les traits tirés d’invités dont aucun n’avait fait moins de 11h à 12h de vol. Fatigués sans doute, mais heureux qui, comme Ulysse..., les participants ont tenu à échanger quelques mots sur leur présence dans notre île et le sujet qui les réunit.
Avant cela, Paul Vergès a eu un petit mot d’amitié pour son homologue de Martinique, Alfred Marie-Jeanne qui "bien que touché par un deuil personnel et un deuil national, tous deux récents, a fait l’effort de venir personnellement. C’est un geste de solidarité et d’affection dont je ne lui serai jamais assez reconnaissant", a dit Paul Vergès en remerciement.
"L’Europe se réclame encore de nous"
Antoine Karam, président du Conseil régional de Guyane, est un de ceux dont le président de la Conférence avait dit en l’accueillant qu’il ferait "le tour de la terre en un aller-retour". Cette part d’Amérique caribéenne qu’est la Guyane, adossée au géant brésilien, est aussi aux portes de la Communauté caribéenne (CARICOM), marché commun de la Caraïbe de 15 membres et 5 membres associés, regroupés à partir de 1972 à l’initiative du Commonwealth. Elle est membre de l’Association des États de la Caraïbe (ACS-AEC) - regroupant 28 États qui ont formalisé leurs relations depuis juillet 1994 - et la Guyane espère intégrer cette année l’organisation des pays amazoniens de l’Amérique du Sud (OTCA), qui regroupe actuellement 8 pays. En termes de coopération bilatérale, la Guyane échange déjà beaucoup avec le Brésil et le Surinam et souhaite réaliser une plus grande intégration dans son ensemble géographique.
"La distance n’a pas de prise sur les liens d’amitié créés depuis 1995 près de Basse-Terre", a-t-il dit en faisant référence à la création de la Conférence des Régions ultrapériphériques. Cette 11ème Conférence marque un anniversaire qui n’a rien d’anodin. "Nous ferons un point d’étape dans un contexte difficile", a ajouté Antoine Karam en évoquant la mondialisation, les débats de l’après-29 mai et "la dégradation de la situation sociale dans nos pays", a-t-il dit en notant que l’objectif des RUP était de rattraper à 75% au moins le niveau moyen européen. "Or la Guyane est passée de 60% à 52% de ce niveau moyen", a-t-il ajouté. Un constat qui soulève évidemment bien des interrogations.
Alfred Marie-Jeanne, président du conseil régional de Martinique, a souligné, après les salutations d’usage, que "le concept de RUP [lui] semble attaqué de toute part. L’ultrapériphérie a-t-elle encore un sens aux yeux de l’Europe ?" a-t-il demandé, en observant toutefois que "l’Europe se réclame encore de nous". À ses yeux, le besoin "de solidarité et de coopération" va être croissant dans la période qui s’ouvre pour chacune de nos régions, si “petites” soient-elles. "On a souvent besoin d’un plus petit que soi...", a-t-il conclu sur une citation de moraliste.
Un RUP sans voisin
Un grand saut à travers l’Atlantique Nord et nous voilà aux Açores, Région ultrapériphérique portugaise dont le président, Carlos Manuel Martin Do Vale Cesar, parle français couramment.
Il a salué dans la tenue de cette conférence "l’opportunité d’avoir une stratégie plus forte dans ce moment difficile pour l’Union européenne". Comme les autres RUP, les Açores - un archipel d’environ 250.000 habitants - s’interrogent sur les perspectives financières 2007-2013 et sur son désenclavement. C’est la seule des RUP qui n’a aucun voisin et dont les îles peuvent être 3 fois plus distantes entre elles que ne l’est La Réunion de l’île Maurice. "Nous connaissons une double ultrapériphérie", a déclaré à “Témoignages” M. Do Vale Cesar "de par notre éloignement de l’Europe et de par nos distances “intérieures”. L’important est de renforcer notre accessibilité, par un appui aux transports (aériens, maritimes) et en œuvrant pour s’intégrer dans l’économie des NTIC".
Mais les Açores doivent surmonter pour cela des difficultés de liaisons internes et les problèmes posés par le niveau d’éducation. "Depuis 1998, les Açores ont une croissance supérieure à celle du Portugal et à la moyenne européenne. Le taux de chômage est de 3,9% et nous recevons une immigration des pays de l’Est européen et du Brésil", a-t-il poursuivi. Les liens avec le Brésil sont une vieille histoire de colonies portugaises, mais les arrivants de l’Est européen sont un phénomène récent. La région des Açores a accueilli la 10ème Conférence des présidents des RUP, l’année dernière.
Concept fondamental
Le président du gouvernement des Canaries (Espagne), Adán Martin Menis, a dû, lui aussi, faire d’importantes concessions pour pouvoir participer à cette rencontre, qu’il quittera dès ce soir. Il a tenu à dire que sa présence était "une réponse à l’invitation de Paul Vergès, qui s’est battu pour le statut des RUP". Le président canarien a semblé rejoindre les craintes d’Alfred Marie-Jeanne quant aux incertitudes que les nouveaux textes laissent planer sur nos régions et a fait part de son inquiétude sur la question des perspectives financières pour la prochaine période. Il juge "indispensable de maintenir le concept de RUP comme élément fondamental de notre ensemble. Du fait de leur petite taille, nos régions ont pour enjeux de surmonter les obstacles qui entravent leur développement. Il nous faut maintenir des passerelles pour lutter ensemble", a déclaré en substance le président du gouvernement des Canaries.
2 jours de débat
Le Ministère de l’Outre-mer a envoyé Dominique Vian, l’ancien préfet de La Réunion, pour représenter François Baroin dans cette Conférence, "très importante aux yeux du gouvernement", a-t-il dit. "Les solidarités déjà créées sont quelque chose de vivant, qui apportent un plus dans la construction de l’Europe, dans son élargissement", a ajouté le représentant du gouvernement, en faisant état des efforts du gouvernement pour "développer cette notion de spécificité des RUP".
Ce rapide tour d’horizon donne un aperçu des principaux thèmes de réflexion et de débat qui vont occuper les représentants des 7 régions réunies en cette fin de semaine : situations sociales souvent dégradées ou difficiles, économies fragiles à la recherche de points d’appui - voire de “niches” - dans les mouvements de globalisation du marché ; les questions du sucre et de la banane posent à La Réunion et aux Antilles des problèmes dont les développements vont se faire sentir immédiatement. Mais les RUP ont aussi des atouts pour un partenariat à forte spécificité avec l’Union européenne. De quoi débattre largement pendant ces 2 jours de préparation et pendant les sessions de la Conférence.
P. David
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