Psychologie et société

Une conseillère, parfois mauvaise, mais pas toujours

La colère

16 août 2003

Nous savons, pour l’avoir expérimenté, à quel point la colère peut nous submerger. Des scientifiques nous expliquent qu’il est possible d’en faire bon usage si nous nous montrons capables d’en identifier les signes.

Les indicateurs physiques de cette expression de l’agressivité (froncement des sourcils, tension des muscles, modification de la voix, etc.) sont communs à l’homme et à de nombreux mammifères, rappelle Thomas Hülshoff, professeur de médecine sociale à l’université catholique de Münster en Allemagne, dans le premier numéro de la revue trimestrielle française "Cerveau & Psycho", en reprenant le propos de son livre consacré à l’étude des émotions. D’après lui, la colère tient un rôle de communication au sein des groupes. "Décelée à temps, la colère adoucit paradoxalement les interactions sociales. Elle révèle l’animosité d’autrui et impose une adaptation du comportement à une situation tendue."
L’enfant expérimente très tôt ses pulsions d’agressivité : par des accès de colère, il teste les limites de sa "puissance" autant que celles des adultes. En retour, n’hésitons pas à signifier notre propre colère, affirme Thomas Hülshoff, à condition que ce soit sous la forme d’« une colère au service de la communication ». "Des enfants ou des adolescents réagissant par l’agression, ou ne sachant pas contrôler leur colère, souffrent souvent de carences affectives et d’un sentiment d’insécurité. D’autant que des expositions répétées à la violence peuvent engendrer un comportement agressif, au détriment des liens sociaux".

Dans la revue américaine "Monitor on Psychology", la psychologue Sandra Thomas, de l’université du Tennessee, insiste sur les effets de l’éducation pour différencier le rapport à la colère chez les garçons et les filles. "On a toujours encouragé les hommes à exprimer ouvertement leur colère, dit-elle. Quand les petits garçons se retrouvent dans une situation conflictuelle à la récréation, ils utilisent leurs poings. Les filles, elles, sont priées de refouler leur agressivité. Elles entendent le message selon lequel l’expression de leur colère serait par trop désagréable et contraire à la féminité."
De son point de vue, les hommes comme les femmes doivent se mettre en situation d’exprimer clairement et directement leur colère. Ce qu’ils ne peuvent mener à bien qu’en utilisant les techniques de "résolution de problèmes". C’est en prenant conscience des raisons et des effets de sa colère que l’adulte peut éviter, selon Thomas Hülshoff, les dangers des comportements agressifs récurrents qui peuvent viser inconsciemment à échapper à de nouvelles déceptions et de nouvelles ruptures mal vécues dans le passé.

La colère peut servir de révélateur à un problème sous-jacent. Elle signale alors une insatisfaction ou un conflit, et, dans le meilleur des cas, elle permet d’agir sur le cours des événements. Mais, lorsqu’en dernier ressort la colère nous fait prendre un problème à bras le corps, nous dégageons une énergie considérable, souligne Thomas Hülshoff. "Si la fureur et la colère sont réprimées, elles activent le système nerveux sympathique et le corps est alors dans un état de tension permanente." Or des études ont montré que l’état de tension chronique peut entraîner des troubles cardio-vasculaires et un affaiblissement du système immunitaire.
Dès lors, que faire de sa colère ? L’admettre ! répond Thomas Hülshoff. "Ne bannissons pas de telles émotions faisant partie du répertoire humain. Au contraire, prenons-les comme un indicateur mettant en lumière un conflit ou un risque de conflit imminent. Dans l’idéal, chacun gagnerait à apprendre dès le plus jeune âge à libérer sa colère de façon saine et inoffensive."
De son côté, "Monitor on Psychology" cite l’expérience conduite par le Dr Raymond DiGiuseppe, chercheur à la faculté de psychologie St. John de New York. En observant 1300 personnes âgées de 18 à 90 ans, il a pu construire une échelle de dix-huit niveaux de colère, incluant les expériences personnelles, la durée de l’émotion et ses causes. Il note des différences fondamentales entre les hommes et les femmes dans leurs façons d’exprimer leur colère. Ainsi, les hommes font preuve d’agressivité physique ou d’agressivité passive et d’impulsivité. Les femmes, elles, prolongent leur colère, éprouvent du ressentiment et expriment beaucoup moins directement leur émotion. Il remarque aussi que la colère décroît avec l’âge et que les différences de comportement entre les sexes sont moins perceptibles après 50 ans.
Enfin, Thomas Hülshoff renvoie à notre responsabilité en tant qu’individu : nous savons que notre comportement peut parfois provoquer des réactions de colère chez autrui. Nous savons aussi que dans cette circonstance notre responsabilité est en partie engagée. Nous avons donc tout à gagner en exprimant notre mécontentement à la condition sine qua non de montrer que nous sommes prêts à la conciliation. Nous aurons ainsi mis en place toutes les chances de résoudre un conflit et aurons donné à l’autre l’opportunité de faire de même.


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