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Vague xénophobe en Afrique du sud

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Témoignages.re / 4 septembre 2019

Cinq personnes ont été tuées et près de 200 autres arrêtées dans les émeutes xénophobes depuis le 1er septembre en Afrique du Sud. Ces émeutes ont été qualifiées de "totalement inacceptables" par le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Le 3 septembre, la police a tiré des balles en caoutchouc dans le centre de Johannesburg afin de disperser des centaines de personnes, dont certaines armées de machettes et de haches. Les forces de l’ordre ont aussi repoussé des petits groupes dans le township d’Alexandra, proche du quartier financier de Sandton, pour éviter de nouveaux pillages de commerces tenus par des étrangers.

Depuis le 1er septembre, cinq personnes ont été tuées dans la région de Johannesburg, épicentre des violences, a annoncé la police, qui a fait état de 189 arrestations. La police a déployé des renforts dans les points de tension de la capitale économique.

"Le plus grand nombre" de victimes sont des Sud-Africains, a précisé le ministre de la Police, Bheki Cele. D’après un témoin, cité par l’Agence France Presse, "le propriétaire d’un magasin est sorti et a tiré dans la foule (...). Il a tiré sur un Noir en plein visage".

Ces violences sont le résultat d’une contestation récurrente en Afrique du sud, où les étrangers sont accusés de "prendre" les emplois des Sud-Africains. En 2015, sept personnes avaient été tuées au cours de pillages visant des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg et à Durban. Et en 2008, des émeutes xénophobes avaient fait 62 morts dans tout le pays.

En plus du bilan humain, les dégâts économiques sont déplorables. Des dizaines de magasins ont été vandalisés à Johannesburg et dans la capitale Pretoria, et des poids lourds soupçonnés d’être conduits par des étrangers incendiés dans la province du KwaZulu-Natal (nord-est).

Face à l’ampleur du phénomène, le président Cyril Ramaphosa a dit "condamner dans les termes les plus forts" ces violences xénophobes. "Les attaques visant des commerçants étrangers sont totalement inacceptables", a-t-il insisté dans une vidéo postée sur Twitter.

Les pays voisins inquiets

"Il ne peut y avoir aucune justification pour qu’un Sud-Africain s’en prenne à des gens d’autres pays", a insisté le président. De son côté, le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a dénoncé des attaques "abjectes".

Le chef de l’Etat nigérian Muhammadu Buhari s’est dit "très inquiet" de ces violences contre les immigrés africains, notamment ceux venus de son pays. Il a annoncé l’arrivée d’un "envoyé spécial" en Afrique du Sud.

De nombreuses personnalités nigérianes ont appelé au "boycottage total" des entreprises sud-africaines, telles que le fournisseur de programmes télévisés DSTV ou le géant des télécoms MTN.

La Zambie a, elle, annoncé le report d’un match de football amical qui devait opposer samedi son équipe nationale à celle de l’Afrique du Sud "pour des raisons de sécurité", a indiqué le secrétaire général de la fédération, Adrian Kashala.

Les sud-africains face à la gangrène du chômage et de la pauvreté

Première puissance industrielle du continent, l’Afrique du sud fait face régulièrement à des violences xénophobes, dues au fort taux de chômage et à la pauvreté. Entre 2011 et 2015, 3 millions de Sud-Africains ont basculé dans la pauvreté, selon la Banque mondiale, même si le taux d’extrême pauvreté, de 16 %, a été réduit de moitié en vingt ans.

Le chômage continue de gangréner et touche actuellement 27% de sa population active, contre 20% en 1994. « On ne peut pas être une nation libre tant que les fonds destinés aux pauvres sont gaspillés, perdus ou volés », a ajouté le chef de l’État et président du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994.

25 ans après la fin de l’apartheid, les inégalités ont augmenté en Afrique du Sud, au point d’en faire une des sociétés les plus inégalitaires au monde, toujours selon la Banque mondiale. D’ailleurs, 20% des foyers noirs vivent dans une extrême pauvreté contre 2,9% des foyers blancs, selon l’Institut sud-africain des relations entre les races (IRR).

Les violences des derniers jours ont causé une vive inquiétude dans les communautés immigrées de Johannesburg. Pour le chef du principal parti d’opposition, Mmusi Maimane, à la tête de l’Alliance démocratique (DA), "notre nation brûle et saigne".