APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Laurent Bicchierelli
7 février 2009

Laurent est à Madagascar depuis pratiquement 2 ans. Volontaire du progrès à l’île Sainte-Marie, il participe chaque jour à la vie de cette petite île de 600 kilomètres carrés. Réunionnais d’origine, il est le Directeur de l’Alliance Française et fait partie d’un groupe de 15 jeunes volontaires qui travaillent sur l’ensemble du territoire malgache.
La question qu’on lui pose souvent c’est : « Comment tu es arrivé là ? ». L’histoire est un peu longue. En fait, Réunionnais natif, malgré son patronyme italien, il a commencé à avoir la bougeotte à 20 ans après un Bac sans prétention et 2 années d’études à la Fac. Parti pour l’Espagne dans le cadre d’échange universitaire balbutiant, c’est là-bas qu’il s’est découvert une véritable passion pour le voyage et la découverte. Après cela, les déplacements se sont multipliés, il a eu, comme dit un de ses amis, la « fringale du globe-trotter », et effectivement, il a enchaîné sur le Costa Rica, la France, le Canada, l’Allemagne, le tout saupoudré des États-Unis, du Guatemala, du Nicaragua, de la Pologne et des Pays-Bas. Il a vécu de divers expédients et ce qui comptait pour lui était de se forger une expérience originale et assouvir sa passion pour les langues. Aujourd’hui, il en parle presque cinq.
Puis Laurent se confie et il nous dit qu’à un moment donné, on se rend compte que quand on vient d’une île, et a fortiori de La Réunion, eh bien, le sentiment identitaire est très fort… De même que la nostalgie qui en ressort. Bref, au bout de cinq années à vadrouiller, il fallait qu’il rentre à la kaz pour revoir la famille, les dalons, Mafate et surtout regagner le « gou d’in ti rougail boukané ! ».
Pour dire toute la vérité, il s’est pris comme un électrochoc. En cinq années, La Réunion avait énormément changé, encore plus d’embouteillages, de problèmes liés à la violence et à la modernité. Bref, il était revenu pour fuir tout ça et voilà qu’il le retrouvait, avec le soleil de son île comme seule consolation.
Quand il a eu vent d’une association s’appelant les Volontaires du Progrès qui proposait des missions de deux ans dans la zone et surtout à Madagascar, il n’a pas hésité un instant. L’affaire fut réglée en un mois. Ils cherchaient des jeunes Réunionnais avec au moins une expérience à l’internationale, plusieurs années d’études universitaires et si possible en F.L.E. pour aller occuper le poste de Directeur dans une des trente Alliances Françaises (centre pédagogique et culturel) que compte Madagascar.
Aujourd’hui, cela fait presque deux ans qu’il se démène entre la comptabilité, la pédagogie, la communication, le management du personnel, le culturel, l’administratif, l’intendance, et quand il lui reste un peu de temps, le montage de projets entre La Réunion et Sainte-Marie. Car être Volontaire du Progrès à Madagascar, c’est aussi promouvoir les échanges entre les deux îles.
Très formateur et prenant comme travail, il nous confie aisément que celui-ci est parfois usant. Être à Madagascar, et de plus à Sainte-Marie, cela signifie par exemple attendre un mois pour remplacer le disque dur que les sautes de tensions de la JIRAMA (EDF locale) auront grillé, être sûr de “remettre cent fois sur le métier son ouvrage”, ne jamais être sûr à 100% de la parole qu’on vous aura donnée car ici, les gens ignorent le « non », cela ne se dit pas, ce n’est pas poli, alors il faut savoir s’adapter et reconnaître un “oui” qui veut dire “non”…
Au début, ce fut difficile car les responsabilités sont nombreuses et le budget d’appoint du M.A.E, peu encourageant, n’est jamais en hausse, ce qui l’oblige à produire un maximum de ressources propres. Ils ont actuellement 50 enfants inscrits en maternelle, 138 étudiants en langue française, des cours en entreprises et diverses autres activités culturelles. Heureusement que pour l’aider dans sa tâche, il est entouré de 15 employés (tous de nationalité malgache) et d’un comité qui forme une sympathique équipe.
Depuis son arrivée en mai 2007, il a donc doublé le nombre des inscrits, créé 6 postes de travail fixes, une chorale, un cinéma de plein air, fait venir quelques artistes de La Réunion et surtout suivre la construction d’un bâtiment de 400 mètres carrés aux normes européennes dans des conditions souvent hasardeuses (cyclone Yvan).
Il croit que chaque volontaire sur Madagascar ressent une fierté non feinte à propos de son travail. Le pays est neuf et il est beaucoup plus facile de bâtir, de créer, de fonder. Cependant, il croit que tous, ils ont aussi en commun la terrible incertitude de la pérennité de leurs actions. Madagascar est un pays relativement neuf et jeune, la conception du travail n’est vraiment pas perçue de la même manière qu’à La Réunion et, de plus, il y a la corruption sous sa forme virulente et endémique. Alors la question qu’ils se posent tous est : « Est-ce que ce que j’ai construit ici arrivera à survivre, et toute cette énergie que j’ai consacrée servira-t-elle ? Ne sera-t-elle pas dissipée une fois que je serai parti ? ».
Cependant, il reste positif car Madagascar change. Les consciences s’éveillent, et malgré les déconvenues, il se rend bien compte que son travail sert, que les gens qui l’entourent et l’accompagnent dans sa mission entrevoient la possibilité d’une alternative. Il faut pour cela que les échanges se multiplient, que les populations de nos îles puissent être à nouveau proches et qu’elles n’aient pas peur de l’être…
Hefhache
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Messages
13 février 2009, 02:43, par Père ROUSTIT André
Bonjour
Je suis heureux d’avoir trouvé par hasard le récit de l’expérience que tu vis à Sainte Marie. Je m’y retrouve en ce qui concerne la "mentalité" spécifique malgache. Je suis venu 5 fois un mois dans cette île habitée par une population charmante. Avec l’Association "Tarn-Madagascar" nous avons travaillé avec le centre de formation du bois, l’orphelinat et l’école Saint Joseph, ainsiqu’avec la Mission Catholique.
Ces temps-ci je suis les évenements troublés, bien que l’île soit calme. Où en est l’approvisionnement alimentaire de l’île ?
Bonne continuation et peut-être en 2010 si tu es encore là-bas.
Veloma !
André Roustit