Témoignages

Y. marocain, sans papiers : un parmi 90.000

28 août 2008

« Je vis ici, et c’est comme si je ne vivais pas. Ça fait un an que je suis venu pour travailler, gagner de l’argent, m’acheter une voiture... Au début, je suis resté trois mois sans travail. Comment faire ? Demander de l’argent aux parents ? Tu vois dans quoi on vit ! Si j’avais su que la vie était comme ça, je serais resté dans mon pays. Au Maroc, j’ai passé mon bac et étudié pendant deux mois, puis j’ai arrêté et je suis venu pour travailler... Je n’ai pas de temps libre. Ici, tu commences à six, huit heures du matin, tu manges, tu te reposes un peu et tu repars, de quatre heures à huit heures. Pas d’eau, pas de lumière, pas de café... Tu ne fais rien d’autre.

Ici, pas de prière collective, pas de fêtes : tu travailles le samedi, le dimanche, tous les jours ! Dès que tu trouves un travail tu le prends, et c’est difficile à trouver. Je gagne juste de quoi manger, régler les choses quotidiennes. Les seuls espagnols que je connais, ce sont ceux pour qui je travaille. On ne voit personne : pas d’associations, pas de médecins... Seulement la police : quand quelque chose est volé, ils viennent chercher ici. L’autre fois, ils cherchaient deux scooters, qu’ils n’ont pas trouvés.

Ceux qui rentrent au pays ont de l’argent, une voiture ; mais si tu rentres sans papiers et sans argent, qu’est-ce que tu vas dire ? Tu n’es pas un homme ! Je ne veux pas continuer à vivre comme ça : dès que j’ai réglé mes papiers, je veux aller en France, à Paris, j’ai ma soeur là-bas, son mari est un vrai Français. Ici, pour huit heures, tu gagnes 30 euros ; et le patron paie quand il veut : au jour le jour, à la fin de la semaine, ou du mois... et tu ne sais jamais à l’avance combien d’heures tu vas travailler : quatre, six, huit... Le patron peut arriver à midi et te dire : reviens cet après-midi, ou reviens demain, ou dans deux jours. Moi, demain, je sais que je travaille : ce matin, le patron m’a dit que je ne travaillais pas cet après-midi, mais demain, oui. »


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Témoignages - 82e année


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