Témoignages - Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

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Attention aux mises en scène

Irak

À propos de la "libération" de Bagdad

vendredi 18 avril 2003


Un article paru dans ’Le Courrier’ démontre que l’événement symbolique de l’occupation de Bagdad par les soldats américains n’est en fait qu’une nouvelle manipulations orchestrée par Washington.


Cette image, tout le monde l’a vue : une statue monumentale de Saddam Hussein abattue, rompue, traînée dans la poussière de la place Al-Ferdaous - en arabe : le Paradis - à Bagdad. C’était le 9 avril dernier, journée décisive de la guerre. Une image montrée en boucle sur toutes les chaînes de télévision, publiée par tous les journaux, "Le Courrier" compris. Le symbole de la chute du régime baasiste, mais, surtout, le symbole de la joie du peuple "libéré".
Sur la chaîne française TF1, comme sur toutes les autres, le commentateur s’emballe. Il perd tout sens critique, tout recul, pour décrire ce qu’il considère comme « la première image-symbole de cette guerre ». Il vibre avec ces jeunes irakiens qui s’attaquent à mains nues à l’effigie du tyran, avant « d’aller demander de l’aide aux soldats américains ». « Un symbole à l’intérieur du symbole », ajoute-t-il. Eh oui ! Même pour s’attaquer à l’image inerte du dictateur, les Irakiens ont besoin de la puissance des États-Unis !

Les images, elles, sont cadrées serré. Que des plans rapprochés. Combien de personnes y a-t-il sur cette place ? Impossible de le dire. Pourquoi les soldats se mêlent-ils à la foule, alors qu’un terroriste pourrait parfaitement s’y être glissé ? Le jour précédent, pourtant, ils tiraient sur tout ce qui bougeait - et même sur ce qui ne bougeait pas, comme les journalistes de l’Hôtel Palestine tout proche ou les locaux d’Al-Jazeera. Le lendemain, un GI sera tué par un kamikaze. Mais là, place du Paradis, alors que la ville est loin d’être "sécurisée", les soldats se joignent à la liesse populaire...
L’image symbolique de la prise de Bagdad est à l’évidence une manipulation, une mise en scène tournée avec la complicité des journalistes "incorporés". Peut-être n’était-il pas inutile d’éloigner - voire d’éliminer - "préventivement" les autres, et en particulier ceux de la chaîne qatariote.
Une photo d’ensemble (publiée dans la version papier de "Témoignages) montre clairement les conditions du "tournage" du clip publicitaire du Pentagone. Tous les accès à la place sont barrés, surveillés par des blindés. Au centre, une petite foule à l’abri du dispositif militaire s’agite autour de la statue. Combien sont-ils ? Une centaine, tout au plus, selon le correspondant du "Monde".

Étanchement séparé de la population de Bagdad, laquelle n’afflue pas. Parmi les personnes les plus démonstratives, un homme qui, trois jours plus tôt, figurait déjà sur une photo prise à l’aéroport de Nassiriyah. C’est lui que l’on aperçoit derrière Ahmed Chalabi, la créature du Pentagone fraîchement débarquée d’exil avec ses lieutenants. On sait ainsi d’où venait l’un des "libérés" de la place Al-Ferdaous : directement sorti des bagages des GI’s !
Cette manipulation grossière montre que la plupart des médias, en raison des exigences du direct et de la nécessité de montrer des images fortes, tombent à chaque fois dans le panneau de la propagande.
Il faudra s’en souvenir lorsque les États-Unis exhiberont dans un show bien réglé les prétendues armes de destruction massive, armes dont ils ont été jusqu’à présent incapables de prouver l’existence. Comme les Bagdadis de la place du Paradis, il n’est pas impossible que ces pièces à conviction attendent dans leurs bagages.


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