Enfants dans la ligne de mire de Snipers

11 avril 2008

En juin 2005, Chris McGreal, journaliste au Guardian, écrit un reportage sur l’assassinat par balle d’enfants palestiniens dans les territoires occupés. Ci-après, de larges extraits de son récit.

« Ce fut le tir sur Asma Mughayar qui a balayé tous les derniers doutes que j’avais sur la façon dont les soldats israéliens tuaient tant d’enfants et de civils palestiniens.
Asma, 16 ans, et son plus jeune frère, Ahmad, ramassaient le linge sur le toit de leur maison au sud de la bande de Gaza au mois de mai l’an dernier quand ils ont été abattus par un sniper de l’armée israélienne. Ni l’un ni l’autre enfant n’était armé ou ne menaçait le soldat, qui a tiré, invisible, par un trou percé dans le mur d’un bloc d’appartements voisins.
L’armée a dit que les enfants avaient sauté sur une bombe palestinienne plantée intentionnellement dans le sol pour tuer des soldats israéliens. Les cadavres à eux seuls démentaient cette version.
A la morgue de Rafah, Asma était étendue avec une seule blessure par balle dans la tempe ; son frère 13 ans avait un seul impact de balle au front. Il n’y avait aucune autre blessure, aucune trace d’explosion.
Confrontée à cela, l’armée a changé de version et a prétendu que les enfants avaient été tués tous les deux par un Palestinien, bien que tout indiquait que ce tir provenait du repaire du sniper israélien.
À aucun moment les chefs militaires n’ont cherché à savoir pourquoi leurs soldats avaient établi un faux rapport sur les causes de ces décès, à aucun moment ils n’ont tenté de parler aux parents des enfants ou aux autres témoins.
Quand les journalistes se sont emparés de cette affaire, l’armée a promis une enquête complète, mais quelques semaines plus tard cette enquête a été purement et simplement abandonnée. (...)
Comme l’ont fait remarquer les parents de Tom Hurndall après la condamnation, le 28 juin 2005, d’un sergent israélien pour l’homicide involontaire de leur fils, le soldat n’a été jugé que parce que la famille britannique avait les moyens d’exiger des réponses quant à la mort de leur fils.
Par contre il n’y a jamais eu aucune justice pour les parents des centaines d’enfants palestiniens tués par des soldats israéliens.
En 2004, selon le groupe des Droits de l’Homme israélien, B’Tselem, l’armée israélienne a tué 1.722 civils palestiniens - plus d’un tiers d’entre eux étaient des mineurs - ainsi que 1.519 combattants, puisque l’Intifada a commencé il y a presque cinq ans ; les chiffres israéliens comparables sont 658 civils tués - dont 17% de mineurs - et 309 militaires.
L’armée israélienne n’a enquêté que sur seulement 90 décès palestiniens seulement, et, comme d’habitude, elle ne l’a fait qu’en raison de pressions extérieures. Sept soldats ont été condamnés : trois pour homicide involontaire, aucun pour meurtre.
Le mois dernier (mai 2005), un tribunal militaire israélien a condamné un soldat à 20 mois de prison pour avoir abattu un palestinien qui ajustait son antenne de TV. Il s’agit de la plus longue peine édictée jusqu’à présent pour la mort d’un civil, et pourtant cette peine est inférieure aux peines d’emprisonnement frappant les objecteurs de conscience israéliens refusant de servir dans l’armée.
Pour B’Tselem, cette absence de responsabilité et de règles permettant d’ouvrir le feu « encouragent une attitude de gâchette facile parmi des soldats » et ont créé une « culture d’impunité » - une opinion partagée également par le groupe des Droits de l’Homme basé à New-York. Human Rights Watch a décrit récemment la plupart des enquêtes des meurtres de civils comme une « imposture... qui encourage les soldats à penser qu’ils peuvent échapper aux conséquences de leurs meurtres ».
(...) Bien d’autres sont morts - enfants jouant au football, assis à l’extérieur de la maison, rentrant de l’école à pieds, tirés par des snipers qui ne pouvaient ignorer ce qu’ils voyaient dans leur viseur. (...)
La police militaire israélienne n’a lancé une enquête sur la mort d’Iman al-Hams, une fillette, en octobre 2004 seulement après que des soldats ont rendues publiques les circonstances dans lesquelles leur commandant avait vidé son arme sur la gosse de 12 ans. Ses propos, alors qu’il disait à ses hommes que cette fillette devrait être tuée même si elle n’avait que trois ans, ont été enregistrés.
Le colonel Pinhas Zuaretz était commandant au sud de Gaza il y a deux ans lorsque je l’ai interrogé sur le nombre des meurtres commis par les soldats israéliens.
Le colonel, qui a ré-écrit les règles d’engagement afin de permettre aux soldats de tirer sur des enfants de 14 ans, a reconnu que les versions officielles de plusieurs meurtres étaient fausses, mais a justifié la stratégie comme étant le prix de la lutte pour la survie d’Israël « contre un second Holocauste ». (...) »


International solidarity Movement (ISM)

L’affaire Tom Hurndall, mort pour la Paix

Tom Hurndall était un militant de la Paix d’origine britannique, mort d’une balle dans la tête alors qu’il essayait de soustraire aux balles des tireurs de l’IDF (Israel Defense Forces) Salem, un enfant de 9 ans, à Rafah, pendant une manifestation dans la bande de Gaza, en avril 2003. Il avait 21 ans.

Formé au journalisme et à la photographie à la Manchester Metropolitan University, il militait avec l’ISM, un mouvement palestinien, non violent, luttant contre l’occupation des territoires palestiniens par Israël.
En février 2003, il s’était rendu en Irak pour un reportage photographique sur les boucliers humains, des militants pacifistes protégeant de leurs corps des civils iraquiens des attaques anglo-américaines. C’est pendant ce reportage qu’il entendit parler de Rachel Corrie, militante pacifiste américaine de 23 ans mortellement écrasée par un bulldozer israélien alors qu’elle tentait de protéger de la démolition la maison d’une famille palestinienne à Rafah. Tom Hurndall se rendit ensuite dans la bande de Gaza pour enquêter sur les faits. Le jour de la manifestation, il portait le gilet orange des boucliers humains et tentait d’enlever des enfants de la ligne de feu lorsqu’il a été atteint à la tête. Selon le jugement, il a été établi que le tir était intentionnel.
Le tireur, un sergent israélien, Taysir Hayb, est un Arabe de la tribu des bédouins (Certains rejoignent l’armée israélienne pour améliorer leur statut social). Il a été convaincu de meurtre en juin 2005 et condamné en août à 8 ans de prison mais les hauts responsables de l’armée israélienne conduisant les opérations n’ont pas été inquiétés. Les caméras de surveillance placées à cet endroit étaient toutes dirigées vers la partie égyptienne de la frontière et n’ont pas permis d’en apprendre plus sur l’origine du tir, et le procès a été très controversé.

P. D.

* Le livre écrit par la mère de Tom Hurndall, Jocelyn, est intitulé Defy the stars (défie les étoiles, une phrase tirée de Shakespeare - Roméo et Juliette - que son fils s’était fait tatouer sur le poignet)
(http://www.tomhurndall.co.uk/)


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