Moyen-Orient

Irak, Palestine : deux pays occupés, deux actes désespérés meurtriers

Le colonialisme de Washington et de son allié israélien provoque la mort de dizaines d’innocents

21 août 2003

Mardi, deux attentats perpétrés par des extrémistes ont tué plus de 40 personnes au Moyen-Orient. Au-delà de la violence extrême de ces actes qui frappent des innocents, il est dramatique de constater qu’ils ne sont que le résultat d’une politique colonialiste menée par Washington et son plus fidèle allié dans la région : le gouvernement israélien.
Après avoir provoqué la mort de milliers d’enfants Irakiens en imposant un embargo meurtrier, la Maison-Blanche a lancé l’invasion militaire de l’Irak dans le but de s’emparer des richesses pétrolières du pays. Ce terrorisme d’État pratiqué avec des armes de destruction massives se poursuit quotidiennement dans l’impunité.
Pour leur part, les différents gouvernements de "droite" et de "gauche" qui se sont succédés à la tête d’Israël mènent sans le cacher une politique d’occupation teintée d’apartheid, marquée par des massacres et l’implantation de colonies de peuplement sur les meilleures terres palestiniennes. Contemporain de la création de l’État d’Israël, ce terrorisme est aussi impuni. Ces injustices ne peuvent que nourrir le camp des extrémistes. Les Irakiens commencent à subir ce que les Palestiniens connaissent depuis des années : l’occupation militaire et la riposte violente des extrémistes. Et mardi, dans un cas comme dans l’autre, ce sont des innocents qui ont payé le prix de la politique coloniale menées par des gouvernements qui pensent que la loi du plus fort doit régir les relations entre les peuples.

Une cible facile

Le premier attentat a dévasté les bâtiments de l’ONU à Bagdad, tuant son représentant en Irak, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, et au moins 24 autres personnes. L’explosion a également fait 86 blessés. Cet attentat est survenu quelques heures après l’annonce de la capture de l’ancien vice-président irakien, Taha Yassine Ramadan.
Le siège de l’ONU constituait une cible facile pour les extrémistes. Il était en effet beaucoup moins bien protégé que les casernes de l’armée d’occupation ou le ministère du Pétrole. Et certains auraient pu être tenté de faire l’amalgame entre Nations-Unies et États-Unis.
L’organisation internationale a vivement réagi à l’attentat commis contre sa représentation en Irak : « Rien ne peut excuser cet acte de violence gratuite et meurtrière contre des hommes et des femmes qui sont allés en Irak avec un seul but : aider le peuple irakien à recouvrer son indépendance et sa souveraineté », a déclaré le secrétaire général de l’ONU. Pour sa part, le Conseil de sécurité a dénoncé « cette attaque abominable qui visait à saper le rôle vital de l’ONU en Irak ».
D’autres réactions ont condamné cet acte, notamment de la part de ceux qui ont transformé le pays en champ de bataille : les dirigeants qui ont déclenché la guerre contre le peuple irakien pour s’approprier ses richesses naturelles. C’est ainsi que George Bush a de nouveau employé des mots dangereux qui ne peuvent qu’attiser la haine des extrémistes. Il a parlé d’un acte d’intimidation contre « le monde civilisé » et a promis de continuer sa « guerre contre le terrorisme ».
Plusieurs fidèles soutiens du gouvernement américain ont exprimé également leur compassion. Pour Tony Blair, empêtré dans un scandale où il est accusé d’avoir menti pour entraîner son pays dans la guerre, un tel acte ne peut que « réaffirmer l’importance de notre présence dans le pays ».
Quant à José Maria Aznar, Premier ministre espagnol qui a été confronté à des manifestations de plusieurs millions de personnes opposées à son suivisme de Washington, il a estimé que « la communauté internationale doit faire face avec fermeté et détermination au terrorisme sous toutes ses formes ».
D’autres pays ont également légitimement condamné cet attentat. Pour sa part, le président français a exprimé son « indignation » et sa « condamnation sans réserve ».

Les innocents paient

Mais, le soir de cette triste journée, dans un autre pays occupé, un autre acte irraisonné commis par une personne que le désespoir a poussé dans l’extrémisme. Un kamikaze s’est fait sauter dans un autobus bondé qui ramenait des fidèles juifs de la prière au Mur des Lamentations à Jérusalem. Dix-huit passagers, dont quatre enfants, ont trouvé la mort dans l’explosion et 120 personnes ont été blessées.
Le gouvernement israélien a profité aussitôt de l’émotion suscitée par un tel acte pour revenir sur les quelques engagements pris ces dernières semaines : suspension des négociations avec l’Autorité palestinienne qui visaient à alléger l’occupation subie par les habitants de Jéricho et Kalkiliya, blocus des territoires palestiniens. Des décisions qui ne manqueront pas de renforcer les arguments des extrémistes qui s’adressent à un peuple confronté depuis des dizaines d’années à la colonisation de son pays. Le porte-parole du gouvernement israélien a même accusé l’Autorité palestinienne de porter une responsabilité dans l’attentat. Il a estimé qu’elle refuse de « désarmer et démanteler les organisations terroristes ».
Pourtant, le Premier ministre palestinien a condamné l’attentat suicide : « c’est une action terrible qui vise les civils israéliens et qui ne sert pas les intérêts du peuple palestinien ». Mahmoud Abbas a par ailleurs décidé de rompre le contact avec les groupes radicaux du Hamas et du Jihad islamique, a indiqué tôt hier matin un haut responsable palestinien. Ces deux organisations ont revendiqué l’attaque de mardi soir.
Ces nouvelles attaques ont montré à nouveau que la loi du plus fort en général et le colonialisme en particulier ne peuvent que conduire à l’impasse. Cette politique provoque des réactions de désespoir de colonisés qui s’en prennent très violemment à ceux qu’ils estiment être des colonisateurs. Mais les victimes de ces réactions sont souvent des innocents. Les dirigeants des puissances occupantes sauront-ils un jour en tirer des leçons ?


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus