Moyen-Orient et Afrique du Nord

L’opinion publique européenne hostile à la guerre pour le pétrole

Irak

Témoignages.re / 1er février 2003

En France, selon un sondage CSA publié le 23 janvier, 73% des Français sont contre une guerre en Irak, en progression par rapport aux 66% de personnes interrogées hostiles à une intervention militaire deux semaines auparavant.

En Grande-Bretagne, un sondage ICM publié vendredi par le quotidien "Daily Mirror" indique que 84% des Britanniques sont opposés à une intervention militaire contre l’Irak sans nouveau mandat du Conseil de sécurité et 43% des personnes interrogées y sont hostiles quelles que soient les circonstances.

En Allemagne, un sondage Forsa publié il y a une semaine concluait que 69% des Allemands voulaient que leur pays vote au Conseil de sécurité contre toute résolution autorisant une guerre contre l’Irak. Selon un sondage Emnid publié par "Der Spiegel", 72% des Allemands sont opposés à ce que leur armée participe à une guerre.

Oui unanime à la paix

En Espagne, d’après un sondage réalisé en janvier par le journal "El Mundi", 80% des Espagnols sont opposés à une guerre pour le pétrole tandis que, selon un sondage réalisé le même mois par une station de radio, ils ne sont que 6,6% à estimer qu’il existe des raisons d’engager une guerre.

Aucun sondage officiel n’a été mené depuis septembre. Les deux-tiers des Espagnols étaient alors opposés à une guerre. Rappelons que le Premier ministre espagnol a engagé son gouvernement à soutenir les projets de conquête de George Bush.

En Italie, un sondage SWG publié le 29 janvier indique que 72,7 % des Italiens désapprouveraient une guerre préventive contre l’Irak alors que 18,8% y seraient favorables. Pourtant, Silvio Berlusconi soutient ouvertement George Bush et à sa disposition de nombreux médias pour relayer son message ultra-conservateur.

Au Danemark, si l’on en croit un sondage Vilstrup Research publié le 25 janvier, 79% des Danois sont hostiles à une guerre sans mandat de l’ONU et 57% y sont opposés même avec un mandat.

En République tchèque, en cas de mandat de l’ONU, 67% des Tchèques resteraient hostiles à une intervention contre l’Irak et 24% y seraient favorables selon un sondage publié jeudi de l’agence à financement public CVVM. En l’absence de mandat, il ne reste que 13% de personnes interrogées favorables à une intervention armée tandis que 76% y sont opposées.

En Hongrie, selon un sondage Gallup publié le 27 janvier, 82% des Hongrois sont hostiles à une guerre quelles que soient les circonstances. Sur les 18% restant, seul un tiers accepterait une intervention militaire sans mandat de l’ONU.
En Pologne, d’après un sondage TNS-OBOP, 63% des Polonais sont opposés à la participation de troupes à une intervention contre l’Irak, mais 52% estiment que leur pays devrait accorder son soutien politique aux États-Unis en cas de guerre.

Au Portugal, aucun sondage officiel n’est disponible, mais selon une consultation réalisée par "Diario Digital", près des deux tiers de l’opinion publique souhaiterait que le Portugal s’abstienne de donner son appui à une intervention militaire lancée par les États-Unis.

Mobilisation générale en Turquie pour la paix

« Non à la guerre du pétrole », « Nous ne deviendrons pas des soldats américains », « Du budget pour l’éducation, pour la santé, et non pour la guerre »... ces devises résonnent de plus en plus fort d’un bout à l’autre de la Turquie, pays membre de l’OTAN qui partage une frontière commune avec l’Irak.

90 % du la population s’oppose à une attaque militaire contre l’Irak. Ces deux derniers mois, manifestations, meetings, arrêts de travail ont été quotidiens, notamment dans la fonction publique. Le week-end dernier, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans des villes comme Adana, Mersin, Malatya, Diyarbakir, Iskenderun, que les Américains veulent utiliser comme bases militaires et ports.

Centrales syndicales, organisations civiles et professionnelles, partis politiques de gauche et de droite, islamistes et laïcs se prononcent contre une guerre qui serait désastreuse pour une économie nationale déjà très fragilisée. Lorsque, le 3 novembre dernier, les électeurs ont voté massivement AKP (Parti de justice et du développement), la volonté de refus de la guerre avait déjà pesé lourd.

Mais le nouveau gouvernement s’est engagé dans une politique d’alignement sur les États-Unis ; même si, confronté à une opinion publique demeurée pacifiste, il a dû, ces derniers temps, revoir quelque peu son vocabulaire. Au point de se prononcer pour une nouvelle décision du Conseil de sécurité et de ramener de 80.000 à 15.000 le déploiement annoncé de soldats américains, ou encore de parler d’utilisation « limitée » des bases et ports mis à la disposition des militaires américains.

Ce qui ne l’empêche pas de rester sensible aux sirènes de Washington, recourant au chantage aux aides militaires et financières et douanières, ou encore utilisant le problème kurde pour persuader Ankara de prendre part active dans l’intervention annoncée.

En Turquie, pays de l’OTAN, tout le pays se mobilise pour préserver la paix.

An plis ke sa
Bertrand Delanoë soutient un appel pour la paix
Le maire de Paris Bertrand Delanoë a annoncé jeudi qu’il s’associait à l’appel contre la guerre en Irak lancé par Walter Veltroni, le maire de Rome.
Le maire de Londres Ken Livingstone, le maire de Berlin, Klaus Wowereit, le maire de Vienne Michael Haupli, le maire de Bruxelles Freddy Thielemans, et le maire de Moscou Youri Loujkov figurent parmi les premiers signataires de cet appel qui a été rendu public mardi, précise la Mairie de Paris dans un communiqué.

Le texte sera envoyé au président de la Commission européenne, Romano Prodi, au secrétaire général de l’OTAN et à l’ONU, selon le communiqué.
Les maires des capitales européennes entendent réaffirmer leur engagement en faveur de la paix, estimant que le travail des inspecteurs de l’ONU doit être poursuivi et que la guerre ne saurait être une solution. Un nouveau conflit risquant d’élargir le fossé entre l’Occident et le monde arabe, ajoute le communiqué.
Lionel Jospin dit non à la guerre
Dans une tribune publiée par "Le Monde" daté d’aujourd’hui, l’ancien Premier ministre a pris clairement position pour le camp de la paix.
Il dénonce la position « incertaine et ambiguë » des autorités françaises qui « s’abritent de façon formelle derrière ce que décidera l’ONU ». Une issue guerrière serait, selon l’ancien Premier ministre, « déstabilisatrice ».
« Aucune évidence d’un lien entre l’Irak et Al-Qaida n’a été apportée, et une guerre au Proche-Orient risquerait de rendre plus difficile la lutte contre le terrorisme. On nous avertit qu’on ne peut faire confiance à Saddam Hussein en ce qui concerne la détention d’armes dangereuses. Cela est sûr. Mais, alors, que les inspecteurs de l’ONU continuent leur travail et que les Américains fournissent au Conseil de sécurité les preuves qu’ils prétendent détenir au lieu de les garder cachées !
Je laisse la diplomatie française faire son travail mais je souhaite donner ma position pour le moment ultime. La France n’a pas d’intérêt dans une expédition militaire en Irak. La France n’a pas vocation à être transformée en supplétif. Si cette guerre a lieu, elle ne doit pas y participer. Je souhaite qu’avec l’Allemagne nous convainquions nos partenaires européens d’adopter cette position. Sinon, décidons pour la France »
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Conseil de guerre à Camp David
Les dirigeants britannique et américain se retrouvaient hier à Camp David, près de Washington, pour un sommet qui ressemble à un conseil de guerre, malgré l’opposition des opinions britannique et américaine.

Ce mini-sommet est, selon la presse britannique, destiné à mettre au point une stratégie commune en Irak, un calendrier et même un ultimatum au président Saddam Hussein. Une dernière chance donnée à Saddam Hussein pour coopérer pleinement avec les inspecteurs de l’ONU permettrait à George Bush et Tony Blair de donner l’impression qu’une guerre peut être évitée et conforterait des opinions publiques très réticentes.

Le temps imparti au président irakien (jusqu’au 1er mars, écrivait lundi le "Times") permettrait en fait aux armadas américaine et britannique d’achever leur déploiement dans le Golfe, souligne la presse. Huit dirigeants d’Europe ont signé, la veille de ce sommet, une lettre commune affichant le soutien qu’ils apportent à Washington face à Saddam Hussein, provoquant une belle cacophonie diplomatique européenne le jour du départ de Tony Blair pour les États-Unis.

L’initiative, une claire rebuffade pour la France et l’Allemagne, partisanes d’un discours moins va-t-en-guerre sur l’Irak, a semé la pagaille jeudi en Europe.
Avant de partir pour Camp David, Tony Blair a d’ailleurs pris le soin de fixer des rencontres avec les chefs de gouvernement italien Silvio Berlusconi, et espagnol José Maria Aznar, deux partisans européens de la fermeté face à l’Irak, le second étant même à l’origine de la lettre commune des huit dirigeants européens.