Nouvelles discriminations faites aux femmes

Les femmes victimes de soins maternels irrespectueux souffrent plus de dépression post-partum

26 décembre 2025, par temoignagesceline

La dépression post-partum est un épisode dépressif majeur survenant entre quatre semaines et un an après l’accouchement, et touche entre 10 et 20% des mères. Selon l’Inserm et l’AP-HP, près d’un quart des femmes sondées a déclaré avoir subi des comportements inappropriés au cours de leur maternité. Des incidents qui augmenteraient de 37% le risque de traverser un épisode dépressif après l’accouchement.

Subir des comportements inappropriés et des soins maternels irrespectueux augmenterait de 37% le risque de souffrir de dépression post-partum, selon une récente étude de l’Inserm et l’AP-HP. Cette étude, publiée fin novembre 2025 dans la revue d’obstétrique et gynécologie BJOG, a été onduite par des chercheuses de l’Inserm, de l’AP-HP, de l’INRAE, et des universités Paris Cité et Sorbonne Paris-Nord.

Elle s’appuie sur les données de l’Enquête Nationale Périnatale (ENP), menée auprès de toutes les femmes ayant accouché dans une maternité française au cours d’une semaine de mars 2021. Les participantes ont répondu à plusieurs questions après leur accouchement, puis ont été recontactées deux mois plus tard pour une nouvelle évaluation, particulièrement sur leur état psychologique.

Le premier chiffre constaté par l’étude est inquiétant, car 25% des femmes ont rapporté avoir subi des soins maternels irrespectueux - soit des paroles, gestes ou attitudes qui les ont "choquées, offensées ou mises mal à l’aise".

Ces comportements concernent un large éventail d’atteintes : violences physiques, verbales ou sexuelles, interventions médicales non consenties, non-respect de la confidentialité, négligence, refus de soins, infantilisation, chantage ou encore absence de participation à la prise de décision.

Parmi les sondées, 21% ont rapporté des soins irrespectueux lors de la pose de la péridurale, 38% pendant le travail ou l’accouchement, et 72% durant le séjour en suites de couches. Près de 4% d’entre elles ont été exposées à ces comportements inappropriés à chacune des trois étapes.

Ces soins maternels irrespectueux ont des conséquences

Lors de la seconde sollicitation deux mois après l’accouchement, à laquelle près de 60% des mères (7189 femmes) ont répondu, 17% des femmes présentaient des symptômes de dépression post-partum.

La dépression post-partum est définie comme un épisode dépressif majeur survenant entre quatre semaines et un an après la naissance. Elle touche entre 10 et 20% des mères. Les conséquences de cette dépression postnatale varient selon sa gravité et sa durée.

Toutefois, le rapport de l’étude de l’INSERM et de l’AP-HP rappelle que la principale cause de mortalité maternelle dans l’année suivant l’accouchement est, dans plusieurs pays européens, le suicide.

Les événements stressants de la vie durant la grossesse ainsi que les antécédents personnels de troubles psychologiques et psychiatriques font partie des principaux facteurs associés à la dépression post-partum, a rappelé l’étude.

Les chercheurs ont pourtant établi un lien entre la dépression postnatale et des soins maternels irrespectueux. Au total, 22% des femmes sondées en ayant subi présentaient des symptômes de dépression post-partum, contre 14% chez celles n’y ayant pas été exposées.

Les chercheurs ont aussi confirmé une augmentation de 37% du risque de dépression post-partum associée à ces expériences négatives, lien qui persistait indépendamment des antécédents psychologiques des patientes.

Une étude faite durant le Covid

Les chercheurs reconnaissent les limites de leur travail, car les sondées ont été interrogées pendant la pandémie de Covid, période où la population était notoirement plus déprimée.

"Certaines femmes ont pu percevoir les mesures restrictives temporaires liées à la pandémie dans les maternités (restrictions de visites, port du masque obligatoire, présence réduite d’accompagnants dans certains établissements…) comme un manque de respect, ce qui a pu augmenter la prévalence globale des soins irrespectueux mesurée dans cette étude", a expliqué le rapport.

De plus, seules 59% des femmes interrogées après leur accouchement ont répondu à la seconde sollicitation, ce qui a pu engendrer une "sous-estimation du nombre de femmes déprimées", en particulier celles "souffrant de dépression sévère", moins enclines à répondre.

Enfin, les personnes déprimées ont plus tendance à se souvenir des évènements négatifs que celles en bonne santé psychologique, ce qui a pu conduire à une surévaluation chez les mères déprimées des comportements qu’elles jugent irrespectueux du personnel soignant.

"L’accouchement représente une période particulièrement vulnérable pour la santé mentale des femmes, qui peut être influencée par les compétences relationnelles des professionnels (ou leur absence)", a conclut le rapport.

Les chercheurs insistent sur la nécessité d’un dépistage systématique et d’une prise en charge attentive des patientes à risque. Et appellent "à humaniser les soins et mieux prendre en considération les besoins des femmes", en sensibilisant le public et en fournissant aux professionnels de santé "les ressources nécessaires pour garantir ce respect".


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