Moyen-Orient et Afrique du Nord

Les occupants ne sont pas tranquilles à Bagdad

Irak

Témoignages.re / 27 octobre 2003

L’hôtel Rachid qui héberge les responsables américains a été visé très tôt le 26 octobre par des tirs de roquettes. Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone y séjournait. Il en est sorti indemne quelques heures après l’attaque pour une conférence de presse improvisée.

L’administration Bush a admis être surprise par l’intensité de la résistance en Irak, après l’attaque qui a visé dimanche un hôtel de Bagdad où logeait le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz. Un soldat américain y a perdu la vie.
« Nous ne nous attendions pas à ce que ce soit si intense et si long ». L’aveu est celui de Colin Powell, dimanche sur la chaîne NBC, en réaction à l’attentat le matin même contre l’hôtel Al-Rachid, où un soldat américain a perdu la vie et 15 autres personnes, dont 11 Américains, ont été blessées. « Nous sommes dans une période très difficile », a reconnu le chef de la diplomatie américaine.
Le choc à Washington est d’autant plus fort que Paul Wolfowitz, le n°2 du Pentagone, logeait dans les lieux visés par l’attaque à la roquette. Un haut responsable militaire américain estimait néanmoins hier soir que le secrétaire adjoint à la Défense n’avait pas pu être la cible de l’attaque en préparation depuis « un ou deux mois » car « son emploi du temps n’était pas connu », pas plus que « l’itinéraire de son voyage ».
Il était 3 heures du matin (heure GMT), lorsque la première bombe est tombée sur l’hôtel Rachid, un établissement de prestige, destiné à recevoir des responsables étrangers, des hommes d’affaires et des journalistes, sous le règne de Saddam Hussein. Une pluie de roquettes, une trentaine au total, s’est abattue sur l’imposant hôtel de 14 étages et de 400 chambres. Les secours ont pu relever 15 blessés et un soldat américain tué. Selon des témoignages recueillis sur place, sept civils et quatre militaires sont Américains et quatre autres blessés sont des étrangers.
L’hôtel Rachid a été construit en 1983 pour abriter les invités du sommet des pays non-alignés. Pendant la guerre du Golfe en 1991, il avait été occupé par les journalistes américains et surtout par la télévision CNN qui montrait, du sommet de cet établissement, les images de guerre et de bombardements nocturnes de la capitale irakienne. Aujourd’hui l’hôtel Rachid est occupé par la coalition américano-britannique qui y reçoit ses hôtes. Il est situé non loin de l’ancien palais présidentiel et du centre de conférence. En face de l’hôtel se trouve aussi le zoo de Bagdad. Pour protéger cet hôtel l’armée d’occupation a fait ériger un mur en béton, il y a tout juste un mois.
Paradoxalement, les assaillants ont profité de cette installation pour organiser leur attaque. La nuit aidant et à la faveur de la première nuit de levé du couvre-feu, ils ont remorqué un coffre vide de générateur électrique des travaux publics, dans lequel le lanceur de roquettes a été installé. Ils ont ainsi déposé leurs équipements au pied du mur, à l’abri du regard des sentinelles américaines en faction de l’autre côté du mur. Selon un officier américain, 29 roquettes ont été tirées sur l’hôtel sur les 40 portées par le lance-roquettes. Les sources militaires américaines affirment également que le lanceur multitubes de roquettes était de « fabrication locale ».
Paul Wolfowitz, qui a improvisé une conférence de presse quelques heures plus tard, est sorti indemne de cette attaque mais est apparu tout de même un peu choqué. Il a aussi salué le courage des Américains qui travaillent actuellement en Irak, civils ou militaires qu’ils qualifient de « héros ». Pendant ce temps, le "Washington post" publie un entretien avec Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense, qui semble bien dubitatif sur l’efficacité des méthodes jusque là utilisées pour combattre les actes terroristes. « Pour gagner la guerre contre le terrorisme, nous devons aussi gagner la guerre des idées : la bataille des esprits de ceux qui sont recrutés par les réseaux terroristes dans le monde. Il est impossible de défendre chaque cible potentielle à toute heure et à n’importe quel endroit et contre toute forme d’attaque », déclare-t-il au moment où le magazine "Newsweek" publie pour sa part un sondage dans lequel apparaît un scepticisme de l’opinion publique américaine sur la situation en Irak. Selon "Newsweek", « 56% (des Américains) pensent que les Etats-Unis devraient réduire leur présence militaire en Irak ».