Moyen-Orient et Afrique du Nord

Syrie : l’enjeu de la reconstruction et les bombardements occidentaux

Pourquoi une telle attaque a-t-elle été commise ?

Manuel Marchal / 17 avril 2018

En Syrie, le gouvernement et ses alliés sont en train de gagner la guerre civile. Se pose alors la question de la reconstruction à la suite d’un conflit dont la résolution ne doit rien aux dirigeants occidentaux. Le bombardement de la semaine dernière peut alors apparaître comme le message de dirigeants qui rappellent que les majors occidentales veulent aussi avoir leur part dans les grands chantiers qui se préparent.

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La guerre en Syrie touche à sa fin. Elle va se conclure sur la victoire du gouvernement syrien soutenu par ses alliés : Russie, Iran et Turquie. Une coalition occidentale est également impliquée dans le conflit. Mais manifestement elle n’a pas misé sur le bon cheval. En effet, les pays de l’OTAN voulaient la chute du gouvernement syrien. Ils n’ont donc pas agi en conséquence pour contrecarrer la montée en puissance des groupes terroristes. Sachant que l’État syrien est en première ligne face à cette menace, les dirigeants occidentaux ne l’ont pas soutenu et l’ont combattu.
Ce contexte interpelle sur l’affaire qui a déclenché les bombardements occidentaux. En effet, il s’agit d’une attaque aux gaz de combat sur une population civile. Voici plusieurs années, les armes chimiques sous contrôle syrien ont été démantelés sous contrôle international. De plus, dans les zones reconquises, la retraite des terroristes a été parfois tellement précipitée qu’ils n’ont pas eu le temps de détruire les installations de production d’armes chimiques en leur possession. De quoi instituer un doute suffisamment sérieux pour que le secrétaire général de l’ONU demande qu’une enquête internationale impartiale détermine les responsabilités de l’attaque au gaz contre des civils.
Mais sans attendre le début de cette enquête, la France aux côtés des États-Unis de Trump et de la Grande-Bretagne ont attaqué la Syrie. Plusieurs lieux ont été bombardés par des missiles.
La première réaction concrète de la Russie à cette attaque a été symbolique. Une délégation de chefs d’entreprise russes a atterri le lendemain des bombardements à Damas. Car pour la Russie et ses alliés, l’essentiel est désormais d’aider la Syrie à se reconstruire. Ce sont des chantiers immenses.
Mais cette fois, la situation est bien différente de celle suivant l’invasion de l’Irak par des armées de l’OTAN en 2003. Les entreprises occidentales ne pourront pas se partager le gâteau .
En effet, les pays de l’OTAN ont refusé de soutenir le gouvernement syrien. Il est donc logique qu’au moment de solliciter une aide pour se reconstruire, la Syrie se tourne vers ses alliés. Voilà de quoi inquiéter les majors occidentales qui risquent là de voir leur passer sous le nez d’importants contrats. En effet, les dirigeants de l’OTAN ont voulu profiter du conflit pour rééditer en Syrie l’installation d’un gouvernement pro-occidental comme en Afghanistan et en Irak. Ils se sont donc mis hors-jeu eux-mêmes de la résolution du conflit. D’où la nécessité de revenir dans la course pour rappeler à Damas que les entreprises occidentales veulent aussi leur part du gâteau de la reconstruction. En bombardant de manière aussi précipité, Washington, Paris et Londres n’ont-ils pas voulu rappeler qu’il ne faudra pas les oublier une fois que les engins de chantier auront remplacé les armes ?

M.M.