Nouvelles d’Afrique

Explosion dans une usine pétrochimique à Durban

Une illustration du mépris occidental et du capitalisme sauvage

Mathieu Raffini / 10 décembre 2020

Durban, grande ville de l’est de l’Afrique du Sud a été touchée par une explosion d’une usine pétrochimique, qui a fait de nombreux blessés. S’il est évidemment heureux qu’il n’y ait eu aucun mort lors de cette explosion, il est maintenant temps de se poser les bonnes questions.


Tout d’abord, comment se fait-il qu’il n’y ait aucun relai de ce drame s’étant déroulé dans un pays proche du notre à l’exception des médias sud-africains ?

Pourtant, lorsqu’il y a un événement comparable dans un pays occidental, qu’il s’agisse de la France ou des Etats-Unis par exemple, le monde entier s’émeut de la situation.
Vous n’avez sous vos yeux que le 4e article francophone traitant de cette explosion au niveau mondial, sachant qu’aucun média de France n’en parle. Si vous voulez une illustration du mépris des occidentaux sur le reste du monde, et en particulier les pays africains, vous en avez le meilleur exemple ici.

Deuxièmement, comment est-il possible qu’une usine pétrochimique dont les risques sont connus explose ?

En effet, les syndicats avaient depuis longtemps alerté sur les risques que les travailleuses et travailleurs encouraient en allant travailler dans cette usine pétrochimique, qui appartient au grand groupe de l’industrie pétrolière Engen posait notamment question depuis de nombreuses années.
En effet, âgée de 66 ans, elle avait déjà connu deux autres incendies depuis 2007, ce qui montre qu’il y avait un problème de fond sur la sécurité des travailleuses et travailleurs dans cette usine.
Par ailleurs, on peut constater qu’elle appartient à une multinationale, à savoir Engen, qui est la filiale d’un groupe encore plus important, Petronas.

Et c’est sans doute là où se situe le fond du problème : s’il ne fait aucun doute qu’il y a eu un manquement de la part des autorités sud-africaines sur la surveillance du respect des normes de sécurité dans cette usine, avec cette usine pétrochimique nous avons très certainement un symbole du capitalisme sauvage mondialisé.
En effet, un grand groupe comme Petronas n’a aucun intérêt à respecter les droits et la sécurité des travailleuses et travailleurs d’une usine en Afrique du Sud. Leur objectif n’est en effet pas d’assurer leur bien-être, mais bel et bien de maximiser les profits de ses actionnaires (l’Etat malaisien en majorité en l’occurrence). Il est alors tout à fait cohérent pour ces derniers que les travailleuses et travailleurs ne soient que partie négligeable et que leur sécurité n’est pas importante. Ce qui l’est, par contre dans cette logique capitaliste c’est la rentabilité de l’usine, ce qui implique donc de continuer à la faire tourner et ce malgré les risques évidents encourus par les travailleuses et travailleurs. Par cette logique, on peut ainsi voir comment un tel drame a pu arriver.

Enfin, cette explosion, en plus d’avoir fait de nombreux bléssés pose également problème d’un point de vue environnemental. En effet, si ce n’est déjà pas une bonne nouvelle pour l’environnement qu’il y ait, de base une usine pétrochimique dans les environs, son explosion a libéré de nombreux gaz et particules nocifs pour l’environnement, et il existe également un risque que des éléments massivement toxiques pour la population aient été libérés par l’explosion, ce qui est particulièrement inquiétant lorsque l’on sait que cette usine se situe en pleine agglomération.

Mathieu Raffini