Outre-mer

« Des besoins sociaux sans commune mesure avec ceux de la métropole »

“Le Monde” s’intéresse aux R.O.M.

Témoignages.re / 4 mai 2004

Dans un article intitulé « Majoritaire outre-mer, la gauche devra répondre à la détresse sociale », “Le Monde” daté du 2 mai analyse la situation des quatre Régions d’outre-mer après les dernières élections. Le quotidien parisien souligne notamment que, malgré des appartenances politiques différentes, les présidents de ces collectivités « refusent tout transfert de compétence qui ne serait pas financé par l’État. Leur priorité reste de remédier aux handicaps persistants en matière d’emploi, d’infrastructures et d’éducation ».
Dans cette même édition, Paul Vergès répond à trois questions du “Monde” sur la politique menée par la Région Réunion.

Dans un article intitulé "Majoritaire outre-mer, la gauche devra répondre à la détresse sociale", “Le Monde” analyse la situation des quatre Régions d’outre-mer après les dernières élections. Le journal revient sur les événements ayant vu l’élection de Victorin Lurel en Guadeloupe et la réélection des présidents sortants Alfred Marie-Jeanne pour La Martinique, Antoine Karam pour la Guyane et Paul Vergès pour La Réunion. "À la tête d’un large rassemblement, Paul Vergès, à La Réunion, a bénéficié pareillement d’une large victoire. "Le mécontentement est tel que même l’UMP a fait campagne contre la politique du gouvernement Raffarin pour tenter de limiter les dégâts, observe malicieusement l’ancien président du Parti communiste réunionnais. Les proches des députés UMP ont été les plus sévèrement sanctionnés et, depuis l’élection, les maires de droite se replient sur leurs communes" écrit le journal
Il explique ensuite : "C’est par exemple le cas de Jean-Luc Poudroux, qui a renoncé à la présidence du conseil général pour mieux se consacrer à sa mairie de Saint-Leu. Son successeur à la tête de l’assemblée départementale, Nassimah Dindar-Mangrolia, elle aussi UMP, a commencé à hausser le ton contre le projet de décentralisation proposé par le gouvernement. "De façon ferme, définitive et sans retour en arrière, la majorité du conseil général se prononce contre le transfert des techniciens et ouvriers de service de l’éducation nationale vers les collectivités territoriales", a-t-elle affirmé aux syndicats".
Le journal renchérit : "Sur la même longueur d’onde, le conseil régional de la Réunion a adopté, lors de sa première séance, une motion d’urgence demandant au gouvernement de "suspendre la procédure d’adoption du projet de loi" relatif aux responsabilités locales. Que ce soit à La Réunion ou en Guyane, la pression démographique est telle qu’elle place les collectivités concernées en face de besoins sociaux sans commune mesure avec ceux de la métropole".
Le journal conclut : "Chacun à sa manière, les présidents des régions d’outre-mer estiment que les mécomptes de la période coloniale n’ont toujours pas été soldés. "Nous avons un retard structurel au niveau des infrastructures. Il faut un plan d’urgence que nous réclamons à l’État depuis 1997", affirme le président du conseil régional de Guyane (...). En dépit de l’éloignement, les quatre présidents de région se sont déjà rencontrés à plusieurs reprises au cours du mois d’avril".


Trois questions à... Paul Vergès

Dans son édition datée du 2 mai, Jean-Louis Saux, pour le journal “Le Monde” interroge Paul Vergès. Intégralité de l’entretien.

o Quelles sont vos priorités pour la région Réunion ?

- Elles découlent de ces chiffres : 70.000 foyers dépendant du RMI, 100.00 chômeurs, 330.000 personnes relevant de la couverture maladie universelle et 120.000 illettrés pour une population évaluée à 750.000 habitants.

o De quelle manière le Conseil régional peut-il remédier à une pareille situation ?

- Toutes les mesures prises par le gouvernement tombent à côté de la plaque. Nous n’avons toujours pas rattrapé les retards hérités de la colonisation ou liés à la pression démographique. Songez que le Département doit livrer un collège par an, la Région un lycée tous les dix-huit mois ! Nous en sommes à 42 lycées aujourd’hui, dans les 24 communes de l’île.
Compte tenu de la faiblesse du potentiel fiscal et des problèmes de trésorerie des communes, nous sommes contraints de sortir du champ des compétences obligatoires : c’est ainsi que nous avons rénové 444 groupes scolaires au cours des six dernières années.
Dans un tout autre domaine, l’élargissement de l’Europe constitue pour nous une épée de Damoclès. Par un effet mécanique, nous sommes menacés, à terme, d’être privés des aides prioritaires accordées par l’Union aux régions les plus défavorisées.
Par ailleurs, nous sommes très attentifs aux évolutions du marché régional. La Réunion peut servir de base à la Chine ou à l’Inde pour pénétrer sur le marché européen. Figurent encore parmi nos objectifs l’autonomie énergétique de l’île en 2025 et une plus grande diversification de l’activité agricole.

o Comment jugez-vous les transferts de compétence envisagés par le gouvernement en direction des régions dans le cadre de la loi sur la décentralisation ?

- Nous sommes pour la décentralisation, au maximum, mais sous réserve de conditions spécifiques. Un seul exemple, le transfert éventuel des techniciens et ouvriers de service (TOS) de l’éducation nationale. Il y a actuellement 470 salariés à la région, autant de TOS à La Réunion et presque encore autant de contrats emploi-solidarité. Indépendamment du triplement de l’effectif, cela nous contraindrait à gérer trois statuts différents. Ce n’est pas possible.


L’UNATOS-FSU lance un appel
aux députés Audifax, T.A.K. et Victoria

Avant-hier, l’UNATOS-FSU (Union nationale des ATOS - Fédération syndicale unitaire) appelait la population à durcir le mouvement contre le transfert des TOS, vu que le gouvernement continue à faire "la sourde oreille" aux revendications légitimes de ces personnels de l’Éducation nationale. De même, le syndicat demande aux députés de La Réunion qui ont "oublié le cri de la population" le 28 mars d’écouter ses revendications et de se battre à ses côtés. Le communiqué est publié ci-après :
"La mobilisation du 1er mai montre que les travailleurs sont toujours en lutte contre la politique antisociale et ultra-libérale du gouvernement Raffarin, qui s’obstine à faire la sourde oreille aux revendications de l’ensemble des travailleurs publics, privés et des chômeurs.
Alors que tous les présidents de Régions - dont celui de La Réunion - ont publiquement dit leur refus du transfert des TOS, le gouvernement continue à provoquer l’ensemble des personnes (personnels et usages) en faisant la sourde oreille et en campant sur sa position.
Si nous voulons que ce projet de loi déjà voté en première lecture soit amendé en seconde lecture, il faut impérativement dès à présent organiser des manifestations dans la rue et rester mobilisé dans l’unité syndicale, car seuls et isolés, les TOS ne pourront imposer ce retrait au gouvernement. Il faut durcir le mouvement en mai, sinon il sera trop tard. Il faut mettre certains de nos élus locaux face à leurs responsabilités car malgré la déroute des élections, certains continuent à soutenir Raffarin.
L’UNATOS lance un appel aux députés Thien Ah Koun, Victoria et Audifax pour qu’ils n’oublient pas le cri de la population exprimée le 28 mars. Et surtout leurs engagements à soutenir et entendre nos revendications, pour qu’ils soient à nos côtés. Pour les TOS, ce sera maintenant ou jamais".


Erratum
Dans notre édition d’hier, nous avons donné la composition des commissions sectorielles. Deux erreurs se sont glissées. D’une part, dans la commission du développement humain (éducation,formation professionnelle, insertion, enseignement supérieur, recherche, mobilité), la présidente est Annick Letoullec et le président suppléant est Raymond Mollard. D’autre part, dans la commission des appels d’offres, comme dans la commission de délégation de service public, il n’y a pas de président en titre. Il y a un vice-président délégué par le président du conseil régional. Il s’agit de Raymond Lauret.
Avec toutes nos excuses.