Outre-mer

Donner l’exemple de la réconciliation pour faire triompher l’intérêt général

Polynésie : Discussions entre Gaston Flosse et Oscar Témaru

Manuel Marchal / 2 août 2007

Depuis le début de ce mois, Gaston Flosse et Oscar Témaru discutent pour rendre possible l’impossible au profit de l’intérêt général. Allant au-delà de logiques de parti sectaristes, les deux dirigeants qui étaient auparavant des adversaires irréductibles veulent placer au centre des préoccupations l’avenir de la Polynésie et appeler la population à la réconciliation. C’est le sens du discours prononcé le 25 juillet dernier par Gaston Flosse.

« Je ne vois pas d’autre issue à la crise actuelle et je suis profondément convaincu que les Polynésiens souhaitent que le Tahoeraa Huiraatira et le Tavini Huiraatira donnent l’exemple de la réconciliation et montrent qu’ils sont capables de surmonter leurs rancœurs et leurs divergences pour travailler ensemble au service de notre pays et de tous les Polynésiens » : telle est la conclusion du discours de Gaston Flosse le 25 juillet dernier devant le Grand Conseil de son parti, le Tahoeraa.
Les dirigeants du Tahoeraa et du Tavini, les deux partis les plus importants de la Polynésie, discutent actuellement des conditions d’une plate-forme commune destinée à faire face aux priorités du pays.
Dans un discours tenu le 25 juillet dernier lors du Grand Conseil de son parti, Gaston Flosse a tiré les enseignements de l’impasse dans laquelle mènent les logiques sectaristes de parti.
« Le Tahoeraa Huiraatira et le Tavini Huiraatira sont incapables de se parler, de discuter et de s’accorder sur quoi que ce soit. Regardez la répartition des forces à l’Assemblée aujourd’hui. Le Tahoeraa et le Tavini sont dans l’opposition ».

« J’ai ma part de responsabilité »

« Nous avons à nous deux 43 représentants sur 57, et le premier tour des élections législatives a montré que nous représentions 75,1% des électeurs »,
poursuit Gaston Flosse, « et pourtant, ces 75% d’électeurs ne sont pas représentés au gouvernement. Une minorité impose sa loi à la majorité. Pourquoi ? Parce que le Tahoeraa Huiraatira et le Tavini Huiraatira, profondément divisés sur la question de l’Autonomie ou de l’Indépendance, se combattent sans concession sur tous les sujets ».
« J’ai ma part de responsabilité dans cet affrontement », affirme Gaston Flosse, « c’est pourquoi, j’ai pensé que j’avais le devoir de chercher une issue à la crise qui paralyse et démoralise notre pays. Mais comment trouver une issue ? Comment arriver à faire de ces 75% d’électeurs une force politique ? Comment dialoguer avec Oscar Temaru ? »
« Il y a eu entre Oscar Temaru et moi-même tant de combats, d’accusations, de dénigrements et d’insultes que la confiance ne va pas de soi »
, souligne Gaston Flosse. « Nous avons cependant quelques points en commun qui nous ont permis d’établir un premier contact ». L’amour commun du pays et un attachement partagé « à notre culture, à notre langue » sont les premières raisons invoquées par Gaston Flosse. Ce dernier en vient rapidement à l’essentiel : « Nous étions surtout animés par la même volonté de trouver une issue à la crise que traverse notre pays. Nous avons évidemment tous deux fait le même constat sur la crise politique et ses causes. Nous étions tous deux conscients du fait que notre affrontement permanent était la seule force des quelques politiciens qui font la loi depuis 3 ans ».
Nous sentions tous deux que le peuple aspire à la réconciliation, à la paix dans notre pays ».

« Prendre acte de nos convictions opposées »

Gaston Flosse et Oscar Témaru ne voient pas de difficultés majeures « pour trouver un terrain d’entente dans les domaines économiques, sociaux et culturels ».
La principale divergence de vue concerne l’aspect institutionnel. Le Tahoeraa de Gaston Flosse veut le maintien de l’autonomie, quant au Tavini de Oscar Témaru, il milite de longue date pour l’indépendance.
C’est sur ce point que se cristallisent les oppositions entre les deux partis, et c’est une ligne de fracture qui partage la société polynésienne en deux.
« La seule solution raisonnable était de prendre acte de nos convictions opposées et de donner aux Polynésiens un délai de 20 ans pour faire définitivement leur choix », propose Gaston Flosse.
Les deux anciens adversaires n’oublient pas leurs divergences. Mais ils veulent arriver à une lecture commune de l’évolution politique qui les a menés à la situation actuelle. C’est un appel à la réconciliation.
Les deux dirigeants souhaitent dépasser les logiques de sectarisme de parti pour placer au cœur de leur démarche la défense de l’intérêt général de leur pays. Autrement dit, Gaston Flosse et Oscar Témaru discutent ensemble pour créer les conditions du rassemblement du plus grand nombre des Polynésiens autour d’un projet qui défend l’essentiel : sortir le pays de la crise institutionnelle et économique, créer des leviers capables de mettre le pays sur les rails du développement social, économique et culturel.

Manuel Marchal