Outre-mer

Ensemble pour faire avancer l’essentiel : le développement du Pays

Un appel à l’union sans précédent pour sortir la Polynésie de la crise

Manuel Marchal / 31 juillet 2007

Le Sénateur UMP Gaston Flosse, ancien Président de la Polynésie française, a obtenu mercredi soir le feu vert de son parti, le Tahoeraa huiraatira, pour que ce dernier sorte de la majorité de l’assemblée du pays et poursuive les discussions entamées avec le parti d’Oscar Temaru, son adversaire depuis de très nombreuses années. La volonté est d’aller au-delà des divergences pour s’entendre sur l’essentiel : créer un grand rassemblement pour sortir le pays du sous-développement.

Présidé par Gaston Flosse, le Grand Conseil du Tahoeraa s’est prononcé à une large majorité en faveur de la sortie de la majorité et de la plateforme du gouvernement par 262 voix pour et 113 voix contre.
Le Conseil du Tahoeraa s’est également prononcé pour la poursuite de négociations avec le parti indépendantiste Tavini huiraatina de l’ancien président Oscar Temaru autour d’un projet d’accord.
Celui-ci prévoirait un referendum d’autodétermination en 2028 et passerait par le renversement du gouvernement Tong Sang.
Cité par l’AFP, Gaston Flosse s’est dit « convaincu » jeudi que les Polynésiens souhaitent qu’autonomistes et indépendantistes « donnent l’exemple de la réconciliation » et s’est déclaré en faveur de l’organisation d’un referendum sur l’indépendance dans « 20 ans ».

« Nous unirons nos forces »

« Le Tahoeraa de Gaston Flosse et le Tavini d’Oscar Temaru sont désormais ensemble dans l’opposition », a-t-il ajouté, « car nous avons, tous les deux , sentis que le peuple aspirait à la réconciliation et à la paix ».
Au cours de la réunion du Grand Conseil, Gaston Flosse a notamment déclaré que si « une poignée d’individus sans scrupule a la capacité de faire basculer la majorité à sa guise et d’imposer ensuite sa volonté et même tous ses caprices au gouvernement, quel qu’il soit », « c’est aussi parce qu’ils savent que les deux blocs opposés, le Tahoeraa huiraatira et le Tavini huiraatira, sont incapables de se parler, de discuter et de s’accorder sur quoi que ce soit ».
Tirant les enseignements de cette situation, Gaston Flosse affirme qu’il avait « le devoir de chercher une issue à la crise qui paralyse et démoralise notre pays ». Pour l’ancien président de la Polynésie, il faut un dialogue entre le Tahoeraa et le Tavini : « il m’a paru que la seule solution raisonnable était de prendre acte de nos convictions opposées et de donner aux Polynésiens un délai pour faire définitivement leur choix (...). Pendant ces 20 années, le Tavini huiraatira s’abstiendra de réclamer l’indépendance et nous unirons nos forces pour assurer le développement économique, social et culturel de la Polynésie ».
Par ailleurs, Gaston Flosse s’est adressé à l’Etat pour lui demander « son appui » dans les efforts locaux de développement et « sa garantie pour l’organisation d’un referendum en 2028 ».
Cette annonce est un fait sans précédent dans l’histoire politique de la Polynésie. En effet, les partis de Gaston Flosse et d’Oscar Temaru peuvent être qualifiés d’adversaires inconciliables. Depuis de très nombreuses années, ils s’affrontent. La principale divergence étant celle du statut. Gaston Flosse était un partisan farouche de l’autonomie dans le cadre de la République, quant à Oscar Temaru, sa cause est celle de l’indépendance.

Vers un retour aux urnes ?

Cet affrontement a débouché sur une instabilité politique. C’est en effet l’Assemblée de Polynésie qui élit le président du Pays et qui a la possibilité de renverser un gouvernement par le vote d’une motion de censure.
Des renversements d’alliance à l’Assemblée ont fait mentir le verdict des urnes (voir encadré) .
Gaston Flosse propose de s’entendre sur l’essentiel, c’est-à-dire la lutte contre le sous-développement du pays. Il appelle au rassemblement le plus large pour faire face à une urgence. Le Tahoreea appelle également à la tenue rapide d’élections afin de clarifier la situation.
Au lendemain de cette prise de position, s’est tenu un Conseil des ministres exceptionnel, marqué tout d’abord par la démission de 4 ministres membres du parti de Gaston Flosse. Ensuite, le président a annoncé qu’il lance une consultation des forces vives du Pays. Les premières ont débuté hier. Enfin, Gaston Tong Sang n’a pas écarté la possibilité d’un retour aux urnes, mais à condition que cela se fasse « dans les meilleures conditions possibles », pour « ne pas retrouver ensuite la même instabilité », selon les propos rapportés par “Tahitipresse”.
Selon "Tahitipresse" de samedi, « Gaston Tong Sang émet également le vœu d’évoquer avec les présidents des partis le calendrier d’un retour aux urnes et le mode de scrutin ». « Si je pouvais obtenir d’eux de préparer ensemble la venue du Président Sarkozy, puisque nous avons tous des doléances à lui présenter, ce serait l’idéal. Qu’importe, qui sera le président demain à la direction du Pays, je vais essayer de les convaincre de déposer les armes, le temps du séjour du Président Sarkozy », a-t-il déclaré, cité par "Tahitipresse".
Seul le président de la République peut dissoudre l’Assemblée de Polynésie et provoquer des élections anticipées.

Manuel Marchal


Une période d’instabilité

Juin 2004 : l’élection d’Oscar Temaru constitue un changement majeur. Son prédécesseur, Gaston Flosse, était à la tête de la Polynésie depuis 1991, après avoir occupé ce poste de 1984 à 1987.
9 octobre 2004 : le gouvernement d’Oscar Temaru est renversé grâce au passage dans le camp de Gaston Flosse d’une poignée de représentants.
15 octobre 2004 : manifestations sans précédent dans l’histoire de la Polynésie, rassemblant 10% de la population, pour s’opposer à cette manœuvre.
13 février 2005 : élections partielles très largement remportées par l’UPLD d’Oscar Temaru. Ce dernier redevient Président de la Polynésie.
13 décembre 2006 : le gouvernement d’Oscar Temaru à nouveau renversé par une motion de censure : Gaston Tong Sang soutenu par le parti de Gaston Flosse élu président par l’Assemblée.


Le No Oe E Te Nunaa dit « stop à la surenchère institutionnelle »

Le parti autonomiste No Oe E Te Nunaa a tenu une conférence de presse pour commenter l’actualité politique. Prenant acte de la sortie du Tahoeraa huiraatira de la majorité et d’éventuels accords avec le Tavini, Nicole Bouteau s’étonne qu’après avoir diabolisé l’indépendance, Gaston Flosse soit prêt à « fumer le calumet de la paix » avec Oscar Temaru.
Constatant l’instabilité chronique du Pays depuis 2004, le parti No Oe E Te Nunaa veut interpeller l’opinion publique, mais également les responsables politiques. « Aujourd’hui, Gaston Tong Sang n’a plus de majorité à l’Assemblée. Comment fait-il pour gouverner ? », s’interroge Nicole Bouteau. « La dissolution semble incontournable », précise donc l’ancienne représentante non-inscrite, tout en reconnaissant partager avec le président de la Polynésie française sa volonté de consulter les forces vives du pays.
En conséquence, No Oe Te Nunaa, qui dit « stop à la surenchère institutionnelle », appelle de ses voeux « de nouvelles méthodes politiques, une gouvernance novatrice et le renouvellement de la classe politique ». Et de conclure : « Nous appelons les acteurs de la vie politique locale et nationale à la vigilance quant aux risques d’implosion de notre pays ».