Outre-mer

Les Ultramarins sont-ils solubles dans la diversité ?

Témoignages.re / 9 novembre 2007

Au centre des débats lors de la dernière campagne présidentielle, la diversité apparaît, aujourd’hui, comme une notion qui fait son chemin au sein de la société française. Mais cette prise en compte nécessaire des minorités visibles semble prendre corps au détriment de la communauté ultramarine, sacrifiée sur l’autel de la diversité. Explications.

Sont-ce les premiers effets de la discrimination positive prônée par Nicolas Sarkozy ou tout simplement quelques barrières qui s’effondrent à l’aune d’une nouvelle ère ? Toujours est-il que la diversité et l’égalité des chances sont des notions qui commencent à se distiller dans la société française d’aujourd’hui. Certes, cette évolution des mœurs et des mentalités françaises dans ce domaine n’est pour l’instant qu’embryonnaire, voire hésitante, et beaucoup de chemins restent encore à parcourir, mais l’on sent une indéniable volonté des autorités publiques et des corps constitués de promouvoir la diversité et l’égalité des chances. Toutefois, ce mouvement qui va dans le bon sens a ses revers, et parfois même ses travers. Car ce début de prise en compte des minorités visibles qui composent la société française semble se dessiner aux dépens de la communauté ultramarine.

Une tradition républicaine non respectée

Cette tendance a commencé à s’esquisser dès la composition du gouvernement Fillon. Aucune personnalité issue de l’Outre-mer n’a été retenue pour faire partie de ce gouvernement, alors que trois de ses membres sont issus de la diversité. Pourtant, la nomination d’un originaire de l’Outre-mer était une sorte de tradition républicaine et revêtait un caractère symbolique. Une manière de montrer sa "considération" à l’égard de l’Outre-mer français. Cette évolution s’est poursuivie avec France Ô, une chaîne originellement ultramarine, visible maintenant sur la TNT, qui s’est muée en chaîne dite de la diversité et de partage. Aujourd’hui, cette chaîne, poussée par ses dirigeants et son autorité de tutelle, voit sa spécificité et ses identités ultramarines se diluer dans le fatras de la diversité culturelle et devenir une télé fourre-tout où l’on diffuse tout ce que les autres chaînes du groupe ne veulent ou ne peuvent pas montrer. Bref, une vraie télé poubelle.

La reculade de Borloo dans le surprenant parachutage de Patrick Lozès

C’est encore la surprenante décision de Jean-Louis Borloo, Ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, de confier à Patrick Lozès, le Président du CRAN, une mission sur l’environnement aux Antilles, dans le cadre du Grenelle de l’Environnement. Une mission confiée en dépit du bon sens à un personnage qui n’a non seulement aucune compétence en matière d’environnement et d’écologie, mais qui, de plus, ne possède aucune connaissance de la réalité du terrain sur lequel il est censé intervenir. Ce que n’ont pas manqué de déplorer nombre d’associations et de personnalités ultramarines aussi bien aux Antilles que dans l’Hexagone. Ainsi, Raphaël Confiant et Louis Boutrin - auteurs du pamphlet "Chronique d’un empoisonnement annoncé - Le scandale du chlordécone aux Antilles", et responsables de l’association "Pour une écologie urbaine" -, se sont élevés bruyamment contre cette nomination et ont fait état de leur volonté de ne pas rencontrer Patrick Lozès. Ce sont aussi le collectif DOM et de nombreuses associations ultramarines de l’Hexagone qui sont montés au créneau pour dénoncer le parachutage du président du CRAN et marquer leur défiance à l’égard d’un homme qui, outre son « incompétence en matière d’environnement », « ne saurait en aucun cas représenter le monde antillais ». Cette levée de boucliers des associations a eu pour effet de faire reculer le ministre qui a parlé de « malentendu ».

L’argument fallacieux du communautarisme

Et ce n’est pas fini. Le pire est à venir avec la composition des listes pour les Municipales de mars 2008 où, à droite comme à gauche, des têtes de liste doivent échoir à des candidats issus de la diversité. En revanche, la part faite aux ultramarins est d’ores et déjà réduite à la portion congrue. Il faut dire, comme l’a sous-entendu un dirigeant politique de l’UMP - pour expliquer cette représentativité au rabais promise à la communauté ultramarine - que cette dernière semble plutôt « bien intégrée » et n’est guère « remuante ». Reste cette propension de certains à voir dans cette démarche des relents de communautarisme, voire de l’apparenter à un combat d’arrière-gardes. C’est véritablement un argument fallacieux qui ne tient pas la corde, puisque le prétendu lobbying exercé par les associations ultramarines est monnaie courante dans les autres communautés. Avec autrement plus de moyens et d’entregents. Incontestablement, la communauté ultramarine est désormais sacrifiée sur l’autel de la diversité, avec un risque certain de dilution. Insidieusement, mais inexorablement. En dépit des déclarations du chef de l’Etat qui assurait vouloir « combler le déficit de reconnaissance des ultramarins ». Mais c’était pendant la campagne électorale, et les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.

Erick Boulard - “DomHebdo”